Sélection livre – Ce que les plantes ont à nous dire – François Couplan

‘Elles sont partout : même en ville, il suffit de descendre dans la rue pour les trouver’, assure cet ethnobotaniste de renom, déjà auteur d’une centaine d’ouvrages permettant d’identifier, cueillir et manger les plantes sauvages. Dans son dernier livre, qui résume 70 ans d’observation végétale, il nous rappelle ‘ce que les plantes ont à nous dire’…

Rédigé par Brigitte Valotto, le 5 Jun 2020, à 8 h 00 min

Délicieuses dans l’assiette, précieuses dans l’armoire à pharmacie, les plantes sont aussi porteuses, selon ce grand amoureux de la nature, d’une philosophie de vie… À découvrir au fil des pages de son dernier livre Ce que les plantes ont à nous dire.

Ce que les plantes ont à nous dire, de François Couplan, l’homme qui parlait à l’oreille des plantes…

« J’en ramasse et j’en mange depuis toujours, c’est une source de nutriments, de bien-être et de plaisir, disponible gratuitement, accessible à tous. On a tendance à l’oublier dans nos sociétés occidentales », explique François Couplan. Un oubli qui serait même volontaire : comme il le rappelle, manger des espèces cultivées et de la viande est devenu un élément de distinction sociale, dès l’époque féodale, pour les seigneurs… se distinguant ainsi des manants qui devaient se contenter de mauvaises herbes cueillies sur le bord des chemins !

Mauvaises, vraiment ?

« Il n’y a pas de mauvaises herbes ! Au contraire, les plantes sauvages sont source de vie ! »souligne l’ethnobotaniste. Alors que le monde entier vient de vivre une pandémie révélatrice de problèmes d’approvisionnement alimentaire, nous aurions tout intérêt à redécouvrir d’urgence ces plantes longtemps méprisées.

L’ail des ours, l’une des plantes sauvages comestibles les plus connues © François Couplan

Une mine d’or inexploitée : elles abondent partout, et peuvent nous apporter quasiment tout ce dont notre corps a besoin – vitamines, oligo-éléments, et même protéines, équilibrées en acides aminées, comme il le rappelle : « Elles sont beaucoup plus riches micronutriments que les plantes cultivées, et j’ai identifié 1.600 espèces comestibles en Europe… contre une soixantaine de fruits et légumes cultivés chez nous ».

Lire aussi du même auteur : Plantes sauvages comestibles – François Couplan

Les plantes sauvages, les aliments de la survie…

« Tous les éléments dont on a besoin se trouvent en particulier dans les feuilles, notamment les protéines végétales. Mélanger quelques herbes sauvages avec des oeufs, ça fait un excellent repas, tant du point de vue gustatif que nutritionnel. On aura moins de micro-carences qu’avec une alimentation citadine ‘normale’. On peut aussi soigner la plupart des maux quotidiens ; quoi de mieux, par exemple, qu’une soupe de mauve quand on est constipé ? »

L’égopode, si commune et pourtant méconnue © Narushevich

Et si on devait n’en connaître qu’une, à part l’ortie, que nous savons tous reconnaître (il suffit de s’y être frotté une fois) et qui apporte de précieux micro-nutriments (à cueillir avec précautions, et à consommer sans modération…) laquelle serait-ce ?

« L’égopode, car elle est très commune, on en trouve dans la plupart des sous-bois, des jardins… et il y a très peu de risques de la confondre avec aucune autre qui ne soit pas comestible ! De plus, elle a une très bonne saveur, crue dans les salades ou cuite, comme l’ortie, dans des soupes, quiches, gratins, omelettes… »

Les plantes font germer… les bonnes questions !

Délicieuses dans l’assiette, précieuses dans l’armoire à pharmacie, ces « mauvaises herbes » sont aussi porteuses, selon ce grand amoureux de la nature, d’une philosophie de vie

Ce ne sont pas des aliments comme les autres : « On ne va pas les acheter à Rungis, pour en profiter, il faut les connaître… et les aimer ! En les observant, on apprend à se poser les bonnes questions… Pourquoi on ne les consomme plus ? Pourquoi les a-t-on sciemment oubliées, dans notre civilisation ? Et pourquoi se casser le dos à les arracher pour donner plus de place à des récoltes dont le surplus finira souvent au compost ? Pourquoi ne pas limiter nos besoins à l’essentiel, apprendre à vivre en harmonie intelligente avec la nature ? Observer les plantes nous amène aussi à revoir notre mode de consommation ».

Elles enracinent notre équilibre…

Non seulement elles peuvent nous nourrir, nous guérir, et nous faire réfléchir, mais elles sont aussi la clé d’un meilleur équilibre sensoriel.

« De la même manière qu’on n’a pas la même relation avec son chien et avec un animal sauvage, on peut adorer les légumes et détester les mauvaises herbes ; mais on se prive de sensations voire de sentiments importants, d’une relation avec l’altérité. Certes, quand on vit dans un certain niveau de confort, on n’a plus l’habitude, il faut s’entraîner un peu. Se poser à côté de la plante, prendre son temps, la regarder, la décrire, la sentir, fermer les yeux. Le côté relationnel passe par nos cinq sens… Les plantes nous apprennent à sortir de notre sphère, à développer une autre vision du monde » !

… Et celui de la planète !

Une vision qui résonne avec d’autant plus d’écho, aujourd’hui, dans notre monde en proie à une crise sanitaire qui a mis en évidence les failles de notre société d’abondance.
Là encore, les plantes sauvages apportent, à qui sait les observer, leur réponse : « Ceux qui vont donner une bonne inflexion au futur sont ceux qui accepteront de les laisser vivre », assure François Couplan.

« Dans la mesure où l’on a suffisamment de place, oui on peut laisser vivre bonnes et mauvaises herbes. Dans la mesure aussi où on limite nos besoins : manger peu, c’est aussi se porter mieux… et le monde ira mieux si on se contente tous de peu ! »

Ce que les plantes ont à nous dire De François Couplan

« Sincèrement, que pensez-vous des plantes ? Vous les aimez ? Vous les détestez ? Vous les mangez ? Elles vous laissent indifférent ? Quoi qu’il en soit, elles sont là, partout autour de vous — et je pense qu’elles peuvent changer votre vie… »

À découvrir sur Cultura.com

 

Illustration bannière : Extrait de l’image de couverture du livre ‘Ce que les plantes ont à nous dire’
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Journaliste free-lance, Brigitte Valotto est notamment une collaboratrice régulière des pages enfants, société, pratique, tourisme et actu de...

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