Savez-vous distinguer arôme naturel et arôme artificiel ?

Quand un emballage mentionne « arôme naturel, » à quel point l’ingrédient est-il naturel ? Que sont les arômes et qu’utiliser en cuisine ?

Rédigé par Alan Van Brackel, le 20 Nov 2019, à 15 h 00 min

Si vous devez choisir entre arômes naturels et arômes artificiels dans une liste d’ingrédients, il y a fort à parier que vous éviterez plutôt les seconds pour privilégier les premiers. La vérité n’est pourtant pas si simple.

Un arôme naturel est-il vraiment naturel ?

Si tout le monde ne scrute pas les étiquettes de tous ses produits, un nombre croissant de consommateurs cherche pourtant à éviter certaines ingrédients comme les OGM, l’huile de palme, ou encore les arômes artificiels.

Aux états-Unis, le Groupe de travail sur l’environnement (Environmental Working Group, EWG) a publié en 2014 un rapport sur les arômes naturels et les arômes artificiels, renouvelé depuis en 2019(1). Et il s’avère que « quand on parle des arômes naturels et artificiels, il y a peu de différence. »

Lire aussi : recette du gâteau au chocolat sans beurre

Arôme naturel de fraise

Il ne s’agit en effet que d’un mot et que ça soit dans la cosmétique ou l’alimentaire, le « naturel » n’est pas un contrat, il ne s’agit que d’une étiquette, non contrôlée. Quand on choisit un « arôme naturel », le produit est peut-être plus attirant mais pas plus… naturel.

D’un point de vue légal, en France, on ne trouvera de toute façon plus « arôme artificiel » ni même « arôme synthétique ». Dans les produits alimentaires, on ne trouvera pas le mot « parfum » dans les ingrédients, mais bien seulement « arôme ». Pour les produits aromatisés, les termes en vigueur sur les emballages sont les suivants : le simple « arôme » l’expression « arôme naturel » ou encore « arôme naturel de ».

Il y a alors une distinction majeure puisqu’un « arôme naturel de fraise » doit être constitué à 95 % d’ingrédients issus de la fraise : « pour que cette dénomination soit utilisable, au moins 95 % de la partie aromatisante de l’arôme doit provenir du produit »(2) tandis que l’ « arôme fraise » est synthétique.

Du naturel pas naturel ?

arome naturel

Dans les produits industriels, les colorants ne sont pas les seules substances à surveiller – © Africa Studio

Au sens strict, un arôme naturel est dérivé d’un ingrédient naturel, qu’il soit animal ou végétal, mais il reste synthétisé en laboratoire. Cela garantit une « sécurité absolue souvent obtenue par des traitements technologiques »(3), mais s’oppose au mythe de l’aliment naturel.

Si l’on a affaire à un arôme naturel, tous les ingrédients de la formule sont naturels, mais cela n’empêche pas la présence de solvants. Les arômes utilisés peuvent potentiellement contenir des solvants, des émulsifiants et des conservateurs, des substances n’ayant pas à être déclarées dans la liste des ingrédients puisque encapsulés sous l’appellation « arôme ».

La différence est la qualité de l’arôme, et sa perception par nos sens. Si l’arôme naturel a des origines naturelles, l’EWG souligne bien que cela n’empêche pas l’arôme d’avoir une structure chimique complexe, plus complexe que l’arôme synthétique. C’est également ce que met en évidence Hubert Richard, professeur émérite à l’école nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA). Un arôme de café est ainsi composé de plus de 800 composés volatils.

Certains produits alimentaires voient leur note aromatique liée à un seul composé, c’est le cas de la menthe poivrée (via le I-menthol). Dans d’autres cas, on va composer une formule pour imiter l’aliment. On utilise ainsi, par exemple, 2-éthyl-butyrate de méthyle, le trans-2-hexènal et l’héxanal pour un arôme de pomme(4).

Arôme naturel : une différence de qualité

Finalement, le seul arôme naturel que vous pourrez trouver est bien celui des ingrédients frais : pourquoi choisir un arôme de fraise quand on peut manger une fraise ?

Eh bien, déjà parce qu’avoir des arômes en cuisine permet de bénéficier des produits hors saison. En outre, le consommateur cherchant à allier sécurité alimentaire et naturel, l’industrie alimentaire trouve des stratégies. Les plantes sont plus ou moins transformées de manière à obtenir des produits finis aux qualités variables(7).

Les extraits naturels bruts de plantes

arome naturel

Un ‘arôme naturel d’abricot’ est issu de l’abricot : sans cette mention, c’est un mélange – © Oksana Mizina

D’où le choix d’utiliser des extraits de plantes plutôt que des produits. Prenons l’exemple des plantes aromatiques : il sera plus sûr et plus facile d’utiliser les extraits dans la chaîne de production.

Pour les épices et les aromates on parle toutefois d’ « extraits naturels bruts ». Cela pourrait paraître plus sûr, mais, une fois encore, la qualité sera inhérente aux conditions de production. Selon Hubert Richard, « Selon l’origine des plantes (espèce, variété), l’écologie du milieu et le soin apporté par les pays producteurs (modes de récolte, de collecte, de préparation, de séchage, de stockage, de conditionnement), les épices et aromates présentent des variations importantes dans la composition des extraits »(6).

Les oléorésines

Certains arômes correspondent aux oléorésines, extraits à l’aide de solvants sans risque de toxicité. On distingue les concrètes, extraites à partir de substances végétales fraîches, et les résinoïdes, extraits à partir de substances végétales sèches.

D’autres techniques thermiques ou à froid

Parmi les autres techniques, on utilise notamment les réactions de Maillard, les caramélisations, la pyrolyse, l’ébullition, la percolation à froid, l’infusion, la macération à froid. Pour les fruits, on peut utiliser l’infusion, l’alcoolat ou les jus concentrés.

On peut également produire des arômes naturels par voie microbienne. Et ce en attribuant des matières organiques prédéterminées à des champignons, des bactéries ou des levures.

Les extraits naturels affinés

Les extraits naturels bruts sont parfois affinés par fractionnement. Les méthodes divergent et permettent la création de produits différents comme les essences fractionnées et les absolues (par lavage à l’alcool).

Quels arômes utiliser en cuisine ?

Dans bien des cas, il sera toutefois possible d’utiliser des arômes réellement naturels. On préférera également le bâton de vanille à l’arôme de vanille.

On peut également envisager, dans les limites des précautions d’usage évidemment, certaines huiles essentielles utilisables en cuisine, comme la menthe poivrée ou le citron.

coup de coeur

Huile Essentielle de citron bio

 

L’huile essentielle ou essence de Citron est en fait un extrait issu du zeste et non issu de la distillation à la vapeur d’eau.

 

A découvrir sur Slow-Cosmetique.com

 

Article republié

Illustration bannière : L’arôme naturel est relativement rare en pâtisserie industrielle – © Dean Drobot

Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Chercheur dans l'âme, partagé entre l'Europe et les Etats-Unis. Parmi ses passions la musique, la photographie, et les différentes cultures du monde, Alan...

10 commentaires Donnez votre avis
  1. @YOURI : dans l’article 16 du Règlement CE 1334/2008 il est bien mentionné que si vous indiquez « arôme naturel de » la partie aromatisante est obtenue au minimum à 95% du matériau de base , donc de la fraise dans votre exemple

  2. Je suis étonné que l’article ne parle pas de ce qu’il y a de plus étonnant dans ce domaine : les arômes naturels produits par voie microbienne.
    C’est tout une science, qui consiste à produire des arômes en donnant des matières organiques bien choisies à des champignons, levures ou bactéries spécifiques.
    Quand on lit par exemple « arôme naturel de fraise », il y a très peu de chance qu’il y ait le moindre pourcentage de fraises dedans (il est entre autres produit à partir de copeaux de bois).

  3. J’ai oublié de préciser que les termes « artificiel » ou « synthétique » n’existaient plus d’un point de vue législatif et donc ne figurent plus sur les emballages . Vous ne trouverez que « arôme » , « arôme naturel » ou « arôme naturel de »

  4. Ce qui me choquait dans votre article c’était le terme « parfum » qui a été corrigé.
    En ce qui concerne la désignation des arômes sur les emballages et qui prête vraiment à confusion c’est la chose suivante
    par exemple un « arôme naturel de fraise » = arôme dont 95% des constituants sont issus de la fraise en revanche « arôme fraise » = arôme 100% synthétique

  5. Un parfum est utilisé en cosmétique , un arôme dans les produits alimentaires. L’auteur de ce texte mélange les deux et ne maîtrise pas le sujet créant une fois de plus la confusion auprès des consommateurs.
    Cependant que l’on utilise un parfum ou un arôme et que le terme naturel est utilisé sur l’emballage , cela veut dire que tous les ingrédients de la formule sont naturels , y compris les solvants!

    • Alan Van Brackel

      Le relecteur avait pris quelques libertés, c’est corrigé.
      Justement non, c’est un dérivé d’un produit naturel mais il n’y a pas d’obligation en ce qui concerne tous les ingrédients de la formule.

    • Alan Van Brackel

      Le Codex alimentarius précise d’ailleurs à ce sujet : « Les arômes naturels et les substances aromatisantes naturelles sont respectivement des préparations et des substances simples, acceptables pour la consommation humaine, obtenues exclusivement par des méthodes physiques, microbiologiques ou enzymatiques à partir de matière première d’origines végétales ou animales, soit telles quelles, soit après transformation en vue d’une consommation humaine par des procédés traditionnels de préparations des aliments. »
      Une transformation légère est autorisée. Oui, cela limite la casse, mais tous les ingrédients ne sont pas indiqués sur l’étiquette. L’article n’a pas pour but de crier au loup mais plutôt de sensibiliser sur un terme, « naturel », qui est utilisé à plus ou moins bon escient.

  6. Donc si je comprends bien l’article, mieux vaut ne pas consommer de produits contenant un ou des arômes, qu’ils soient naturels ou artificiels.
    Merci pour l’info Alan !

  7. Bien sûr nous avons tout intérêt à choisir les arômes naturels, le problème et je pense surtout aux jeunes et aux enfants,est que leurs papilles ont été très tôt dénaturées par la chimie en général, et en particulier le goût, et bien souvent, ils trouvent fades des arômes fins et subtils, à côté des arômes chimiques qui heurtent le palais.

  8. Il se crée de plus en plus d’associations pour le circuit court de produits bio…direct producteurs.

Moi aussi je donne mon avis