L’elevage des crevettes tropicales, une calamité

L'elevage des crevettes tropicales, une calamité

On savait déjà que la crevette est un aliment qui n’est pas sans inconvénient du point de vue environnemental (1). De nouvelles informations confirment que les élevages de crevettes tropicales sont souvent pires que la pêche, surtout en Asie.

Le bilan calamiteux de la crevette tropicale

Selon l’ONG américaine Center for a New American Dream, si 1000 personnes arrêtent de consommer des crevettes, plus de 5,4 tonnes de produits de la mer seront épargnés / an.

Selon des scientifiques réunis le 18 février 2012 pour la réunion annuelle de l’Association américaine pour la promotion de la science (AAAS), à Vancouver, les crevettes tropicales, surtout d’Asie, ont un bilan carbone calamiteux : 100 grammes de crevettes roses d’origine asiatique = 198 kilos de CO2 dans l’atmosphère !

Un vrai souci quand on sait que les 3/4 de la production de crevettes proviennent d’Asie (Indonésie, Thaïlande, Philippines, etc.).  Pourquoi un tel bilan ?

Une pêche trop souvent désastreuse

La pêche à la crevette est l’une des pires formes de pêche pour les ressources halieutiques,

  • Les 3/4 de la pêche de crevettes sauvages se font avec des filets coniques tirés par les navires de pêche, souvent dans les baies et les estuaires, ce qui a pour effet de racler et d’endommager les fonds marins.
  • Les crevettes ne représentent pas plus de 2 à 4 % des captures de certains navires-usines. Autrement dit, 98 % des prises de cette pêche sont ratissés à l’aveugle et considérés comme des « prises accessoires »
  • Ainsi, on estime que, pour 1 kilo de crevettes pêchées, il faudrait pêcher involontairement jusqu’à 20 kg de poissons selon la FAO
  • Sur le Planetoscope  : la Consommation de crevettes dans le monde

Des élevages asiatiques peu reluisants

crevettes tropicale

Ces élevages de crevettes sont la cause d’une forte déforestation ou de dégâts environnementaux, sources émissions de gaz à effet de serre. Mais le bilan carbone de l’élevage est aussi aggravé par de l’impact de la nourriture, des emballages, du stockage et de la logistique nécessaires pour les envoyer à l’autre bout du monde.

Pour chaque tonne de crevettes de Scandinavie traitée, on dépense 150 litres de gasoil pour parcourir 10 000 kilomètres avant d’atterrir dans votre assiette.(2) A poids égal, un boeuf élevé sur une prairie également aux dépends d’une forêt tropicale émet 10 fois moins de CO2 !

- Un sachet de 450 grammes de crevettes surgelées = 1 tonne de dioxyde de carbone (3)

En Asie, 50 à 60 % des élevages de crevettes sont implantés en bord de mer. Ces élevages empiètent souvent sur des mangroves et des forêts côtières sont fréquemment rasées pour y mettre les bassins de crevettes. Or , la mangrove a un rôle protecteur fondamental pour les populations exposées aux tsunamis ou aux tempêtes (4)

Selon J. Boone Kauffman, «L’empreinte carbone de crevettes produites sur ce type de terrain est environ 10 fois plus importante que la quantité équivalente de boeuf produite en zone de forêt tropicale».

Des élevages de crevettes peu productifs

elevage crevettes

En Asie, on pratique l’élevage dans les étangs côtiers d’eau saumâtre. On ne donne pas d’aliments aux crevettes, qui se nourrissent de micro-algues renouvelées par les marées. Les taux de mortalité sont proches de 95 %. Mais ces élevages sont plus rentables que ceux de Madagascar parce que le seul coût, c’est l’achat des larves. Le reste, c’est la nature qui le fournit.” explique un spécialiste (5)

  • Les élevages de crevettes sont très peu efficaces : pour produire 1 kilo de crevettes, il faut utiliser 13,4 mètres carrés de mangrove.

Les installations vétustes sont souvent abandonnées : les bassins d’élevage ne durent pas plus de 3 à 9 ans à cause des maladies qui prolifèrent dans les élevage, de l’acidité et de la contamination des sol. Pour que les sols se régénèrent, il faut entre 35 et 40 ans au terrain

feu vertNotre conseil  : achetez des crevettes d’autres provenances, car dans l’ensemble la crevette est un “poisson” que l’on peut acheter.

Dans cet univers de surpêche, la crevette de Madagascar, avec son label AB, est une réelle exception à soutenir.

*

(1)  La crevette, pas si rose que ça…
(2) Les crevettes pêchées en Scandinavie, en Norvège ou en Suède, par des bateaux de pêche. Puis elles sont expédiées par camion et traversent douze frontières jusqu’au Maroc où elles sont lavées, épluchées par des ouvrières payées, en Dirhams, beaucoup moins cher qu’en Scandinavie. Elles repartent ensuite en camion vers ….la Scandinavie. De là, elles sont réexportées vers toutes l’Europe.

(3) selon les calculs du biologiste J. Boone Kauffman, pilote de recherches en Indonésie pour l’université de l’Etat d’Oregon.
(4) Emily Pidgeon, de l’association Conservation International
(5) J Finoglio, Le Monde

Sur la pêche et l’achat de poisson :

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