L’élevage des crevettes tropicales, une calamité

Rédigé par Nolwen, le 22 Feb 2012, à 17 h 55 min

On savait déjà que la crevette est un aliment qui n’est pas sans inconvénient du point de vue environnemental (1). De nouvelles informations confirment que les élevages de crevettes tropicales sont souvent pires que la pêche, surtout en Asie.

Le bilan calamiteux de la crevette tropicale

Selon l’ONG américaine Center for a New American Dream, si 1000 personnes arrêtent de consommer des crevettes, plus de 5,4 tonnes de produits de la mer seront épargnés / an.

Selon des scientifiques réunis le 18 février 2012 pour la réunion annuelle de l’Association américaine pour la promotion de la science (AAAS), à Vancouver, les crevettes tropicales, surtout d’Asie, ont un bilan carbone calamiteux : 100 grammes de crevettes roses d’origine asiatique = 198 kilos de CO2 dans l’atmosphère !

Un vrai souci quand on sait que les 3/4 de la production de crevettes proviennent d’Asie (Indonésie, Thaïlande, Philippines, etc.).  Pourquoi un tel bilan ?

Une pêche trop souvent désastreuse

La pêche à la crevette est l’une des pires formes de pêche pour les ressources halieutiques,

  • Les 3/4 de la pêche de crevettes sauvages se font avec des filets coniques tirés par les navires de pêche, souvent dans les baies et les estuaires, ce qui a pour effet de racler et d’endommager les fonds marins.
  • Les crevettes ne représentent pas plus de 2 à 4 % des captures de certains navires-usines. Autrement dit, 98 % des prises de cette pêche sont ratissés à l’aveugle et considérés comme des « prises accessoires »
  • Ainsi, on estime que, pour 1 kilo de crevettes pêchées, il faudrait pêcher involontairement jusqu’à 20 kg de poissons selon la FAO
  • Sur le Planetoscope  : la Consommation de crevettes dans le monde

Des élevages asiatiques peu reluisants

crevettes tropicale

Ces élevages de crevettes sont la cause d’une forte déforestation ou de dégâts environnementaux, sources émissions de gaz à effet de serre. Mais le bilan carbone de l’élevage est aussi aggravé par de l’impact de la nourriture, des emballages, du stockage et de la logistique nécessaires pour les envoyer à l’autre bout du monde.

Pour chaque tonne de crevettes de Scandinavie traitée, on dépense 150 litres de gasoil pour parcourir 10 000 kilomètres avant d’atterrir dans votre assiette.(2) A poids égal, un boeuf élevé sur une prairie également aux dépends d’une forêt tropicale émet 10 fois moins de CO2 !

– Un sachet de 450 grammes de crevettes surgelées = 1 tonne de dioxyde de carbone (3)

En Asie, 50 à 60 % des élevages de crevettes sont implantés en bord de mer. Ces élevages empiètent souvent sur des mangroves et des forêts côtières sont fréquemment rasées pour y mettre les bassins de crevettes. Or , la mangrove a un rôle protecteur fondamental pour les populations exposées aux tsunamis ou aux tempêtes (4)

Selon J. Boone Kauffman, «L’empreinte carbone de crevettes produites sur ce type de terrain est environ 10 fois plus importante que la quantité équivalente de boeuf produite en zone de forêt tropicale».

Des élevages de crevettes peu productifs

elevage crevettes

En Asie, on pratique l’élevage dans les étangs côtiers d’eau saumâtre. On ne donne pas d’aliments aux crevettes, qui se nourrissent de micro-algues renouvelées par les marées. Les taux de mortalité sont proches de 95 %. Mais ces élevages sont plus rentables que ceux de Madagascar parce que le seul coût, c’est l’achat des larves. Le reste, c’est la nature qui le fournit.” explique un spécialiste (5)

  • Les élevages de crevettes sont très peu efficaces : pour produire 1 kilo de crevettes, il faut utiliser 13,4 mètres carrés de mangrove.

Les installations vétustes sont souvent abandonnées : les bassins d’élevage ne durent pas plus de 3 à 9 ans à cause des maladies qui prolifèrent dans les élevage, de l’acidité et de la contamination des sol. Pour que les sols se régénèrent, il faut entre 35 et 40 ans au terrain

feu vertNotre conseil  : achetez des crevettes d’autres provenances, car dans l’ensemble la crevette est un “poisson” que l’on peut acheter.

Dans cet univers de surpêche, la crevette de Madagascar, avec son label AB, est une réelle exception à soutenir.

*

(1)  La crevette, pas si rose que ça…
(2) Les crevettes pêchées en Scandinavie, en Norvège ou en Suède, par des bateaux de pêche. Puis elles sont expédiées par camion et traversent douze frontières jusqu’au Maroc où elles sont lavées, épluchées par des ouvrières payées, en Dirhams, beaucoup moins cher qu’en Scandinavie. Elles repartent ensuite en camion vers ….la Scandinavie. De là, elles sont réexportées vers toutes l’Europe.

(3) selon les calculs du biologiste J. Boone Kauffman, pilote de recherches en Indonésie pour l’université de l’Etat d’Oregon.
(4) Emily Pidgeon, de l’association Conservation International
(5) J Finoglio, Le Monde

Sur la pêche et l’achat de poisson :

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18 commentaires Donnez votre avis
  1. Si en Europe on aidait les gens comme moi qui recherchent des crédits depuis des années on règlerait beaucoup de problèmes de ce genre. J’ ai un marais de 9 hectares en Charente maritime.Mais je n’ ai eu que des batons dans les roues et pas une seule aide. Alors que cette ONG me contacte et mette les moyens. Car la critique est pertinente mais ça s’ arrête là. Un peu plus d’ action SVP

  2. je me demande si les crevettes que je mange au senegal a yoff tonghor lieu de peche sont sauvages ???

  3. bande de naze pffff

  4. vous n’aviez qu’à regarder sur google earth la partie nord ouest de madagascar pour voir l’abattage des mangroves pour ces crevettes soit-disant AB! vous pourriez facilement distinguer les fermes aquacoles par les figures géométriques des bassins.

  5. Qu’on est il pour les poissons d’ornement qui peuplent nos aquariums, et qui viennent en majorité des pays tropicaux? Est ce que quelqu’un pourrait m’orienter pour consulter le bilan carbone d’une ferme aquacole d’ornement
    Merci

  6. Tenons aussi compte du désastre de ce type d’élevage sur la souffrance des crevettes. L’élevage intensif créé de la souffrance, cela reste des être conscients et sentients. Entassé, mutilés parfois, ils connaissent des conditions de vie atroces.

  7. Bonjour,

    J’ai lu avec attention votre article concernant les crevettes “L’élevage des crevettes tropicales, une calamité”.

    Il y a quelques informations vraies dans ce que vous dites mais il me semble aberrant de mettre toutes les fermes dans le même panier.

    Depuis plus de 10 ans, les éleveurs de crevettes font des efforts importants pour adhérer aux cahiers des charges très stricts de leurs clients européens, en particulier.

    Ils sont plus en plus nombreux à être titulaires de labels de qualité très stricts. Vous citez OSO qui a obtenu le label AB à Madagascar, mais il y en a de nombreux autres en Amérique Latine, dans le Pacifique et en aussi en Asie. Sans parler des autres labels rouges, ACC, QualiCert, Global GAP, bientôt ASC (établi par le WWF) etc… Votre commentaire ressemble beaucoup à une publicité pour les producteurs malgaches, qui le méritent mais qui ne sont pas les seuls, loin s’en faut.

    Je travaille depuis plus de trente ans sur l’aquaculture de crevettes (dont 10 ans en Équateur) et je pense qu’il faudrait arrêter de toujours faire des dossiers à charge sur cette activité. Il y a des choses à améliorer et il y a des choses très positives qui ont été faites. L’utilisation de mangrove pour faire des bassins n’a représenté qu’un faible pourcentage des surfaces d’élevage car de toute façon la mangrove est très difficile à arracher et donc très cher pour gagner des surfaces avec un sol très souvent impropre (trop acide) pour mettre en place un élevage de crevette. La principale raison de destruction des mangroves est l’extension urbaine et l’utilisation du bois pour le chauffage. De plus depuis plus de 15 ans la plupart des gouvernements concernés ont strictement interdit ces destructions, et soyez certaine que de nombreuses associations écologiques surveillent les mangroves avec beaucoup d’attention.

    Enfin, l’aquaculture de crevettes créé de nombreux emplois, en particulier pour des femmes dans les usines de conditionnement, et dans de nombreux cas ces emplois sont bien rémunérés par rapport au niveau de vie du pays concerné.

    Je conviens qu’il faille rester vigilant et exigent, mais arrêtons ces commentaires à sens unique systématiquement négatifs.

    Je reste à votre entière disposition pour plus d’information.

    HLB

  8. L’enseigne “Intermarché” commercialise ces crevettes de Madagascar au rayon frais, au moins dans ses magasins à l’ouest…
    et en plus ils ont un partenariat spécifique avec des éleveurs

    • merci du renseignement
      Intermarché n’est pas le hyper le plus proche pour moi, mais j’espère que d’autres marques feront le pas

  9. Bonjour,

    Votre article est tronqué car il est basé sur un article de l’AFP et vous y avez ajouté la pêche de la crevette, une autre calamité…

    L’article de base et les recherches du biologiste J. Boone Kauffman (spécialiste des mangroves) concernent les capacités des mangroves à lutter contre les émissions GES.

    Il faudrait lire aussi l’article source d’AAAS

    http://news.sciencemag.org/sciencenow/2012/02/the-carbon-footprint-of-a-shrimp.html
    The Carbon Footprint of a Shrimp Cocktail

    L’étude et les calculs de J. Boone Kauffman portent sur les élevages de crevettes de type extensif en Asie du Sud. Cependant, son travail concerne toutes les crevetticultures en zone de mangrove, notamment les élevages de crevettes en Amérique Latine dont l’Equateur, le principal fournisseur de la France….

    Cordialement

    Aquablog

  10. Vive les crevettes de Madagascar. S’il faut les faire venir en France, tout du moins elles ne font pas disparaître les mangroves.
    Pour Roger’s c’est bien marqué sur le paquet, mais c’est évidemment un peu plus cher que les crevettes classiques.
    N.B. pour le moment je n’en ai trouvé que sous forme congelée.

  11. la crevette est un crustacé avant d’être un aliment, non?

  12. Le problème de l’élevage c’est qu’il est employé pour faire du produit consommable donc du produit à valeur ajouté, avec tout les problèmes liés à l’élevage intensif. surpopulation, épidémie, etc…

    Lorsque l’élevage sera utilisé pour repeupler les océans et non pour être consommé nombres de problèmes serons résolus y compris la sur pêche.
    Mais comme toujours les personnes qui sont payés pour trouver des solutions, ministres et autre ne lisent jamais ces lignes.

  13. Pourriez-vous confirmer le chiffre des émissions liées au sachet de crevettes ? Idéalement avec un support. Je suis bleuffé et donc sceptique. 1 tonne de CO2 c’est l’équivalent d’un Paris-New York en avion… pour 450 g de crevettes !!? Si c’est vraiment le cas je monte une association anti-crevettes dans la soirée !

    • J’ai mouliné quelques chiffres sur un coin de nappe. D’après le papier [http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0021279], les émissions GES liées à de l’élevage intensif de crevettes suite à de la destruction de mangroves va conduire à :
      * une perte sèche de 5 000 t de CO2 non absorbées par km2 de mangroves perdus
      * 2 900 t de CO2 par km2 de mangroves abattues émises par dégradations des sols très riches en carbone (type tourbière)

      Or il semblerait que l’espérance d’exploitation d’une ferme soit de 5-10 ans en intensif (et de 7-15 en moins intensif). Supposons ici une ferme de base. Les rendements semblent assez variables. J’ai trouvé du 500 000 kg/km2 mais le chiffre fourni dans le texte revient à près de 75 000 kg/km2. Supposons que ce soit la moyenne pour une exploitation de base bien earth-unfriendly.

      Comme les mangroves sont irrémédiablement détruits et ne réapparaissent pas à la fin de l’exploitation, le reste des calculs consiste à poser des hypothèses qui détermineront intégralement le chiffre obtenu.

      Utilisons par exemple la somme de termes d’une suite géométrique.

      Si on admet une raison de 90% – c’est-à-dire que la valeur écologique du mangrove est 10% inférieur en N+1 qu’en N, on obtient une émission totale équivalente à 29 000 tonnes au total par km2 exploité. Mais c’est admettre qu’au bout d’un siècle une mangrove vaille rien par rapport à une mangrove dans le temps présent et une de 10 ans seulement 34%.

      Avec une actualisation à 5%, soit une mangrove dans un siècle valant carboniquement parlant que 0,5% d’une mangrove actuelle – et une de 10 ans seulement 60%. Là les émissions sont au total de 58 000 tonnes pour un km2 exploité.

      Passons à 1% d’actualisation : une mangrove d’un siècle vaut encore 90% d’une mangrove contemporaine. Là, on parle de 290 000 tonnes au total pour un km2.

      1 kg de crevettes “pèse” alors respectivement :
      * 387 kg de CO2-équivalent (très clairement beaucoup plus car l’actualisation est abusivement basse !)
      * 773 kg de CO2-équivalent
      * 3 870 kg de CO2-équivalent.

      Très clairement, les chiffres présentés ne semblent pas présenter d’erreur de magnitude. 450 g de ces crevettes, c’est un billet Paris-New York en avion !!

      La conclusion est évidente : manger des crevettes d’élevage de mangroves semble être à peu près le pire qu’on puisse faire. Celles de haute mer ne brillent pas non plus, quoiqu’à des niveaux différents. Bref, le message est lancé : “mangeurs de crevettes = irresponsables !!”

      J’attends une publication scientifique en bonne et due forme pour un chiffre plus précis et un éclaircissement des hypothèses mais on peut se dire que ça vaut le coup de commencer à réagir.

      En rapprochant les chiffres de [http://www.intechopen.com/source/pdfs/25456/InTech-Impact_of_shrimp_farming_on_mangrove_forest_and_other_coastal_wetlands_the_case_of_mexico.pdf], où l’on apprend que 35% des 3,5 millions de tonnes de crevettes sont élevées pour grosso modo la moitié du chiffre historique provenant de destructions de mangroves. Dans un croisement très statistiquement “limite”, à une tonne de CO2 pour 450 g de crevettes de mangroves détruits, on est à 1 361 mégatonnes de CO2 liés à cette consommation.

      Énorme. L’équivalent de 4% des émissions mondiales générés par l’homme (hors changements liés au sols et aux forêts) et autant que les émissions intrafrontalières du Japon (5ème plus gros émetteur mondial).

      Ce n’est qu’une petite partie du puzzle mais bon tout de même : un vietnamien consommant la moyenne nationale de 0,37 kg de crevettes par mois, venant de sa région immédiate, mais supposons uniquement de fermes destructrices de mangrove, aura émis plus de CO2 avec ses crevettes que le touriste harcelé de passage sortant d’un vol long-courrier et faisant un ou deux aller-retours par an, ayant une voiture et que sais-je encore !!!

      Ça remet les choses en perspective. Je n’ai pas regardé les calculs pour la viande rouge mais si c’est comme l’affirme le texte seulement 10 fois moins il va sans dire que le mieux à faire pour la planète c’est juste d’arrêter de manger viande, crevettes, poissons. Pas si dur. Au moins dans les repas collectifs, au moins en commençant à fustiger officiellement et culturellement ces comportements de foule si problématiques maintenant que nous sommes si nombreux et si industrialisé. Il n’y a pas à dire, les végétariens ont un monde d’avance…

    • Jean-Marie

      Bonsoir

      oui comme Gj le confirme ci-dessous, le chiffre donné pour l’emission de co2 est bien celui proposé par les chercheurs

  14. en conclusion, quelles crevettes faut il acheter ? ce n’est pas très clair. Je ne suis pas certain que la mention d’élevage figure quelque part……
    Je peux reprendre des frites ?

  15. misère de misère bientôt je ne saurai plus quoi acheter pour la survie de mes clients ! je vais de ce pas vérifier d’ou viennent mes crevettes !

Moi aussi je donne mon avis