Vers des vignes françaises naturellement sans pesticides ?

De nouveaux cépages hybrides résistants à l’oïdium et au mildiou vont permettre d’éviter la majeure partie des traitements phytosanitaires. Mais changeront-ils les vins eux-mêmes ?

Rédigé par Paul Malo, le 21 Dec 2019, à 8 h 00 min

De nouveaux cépages hybrides résistants pourraient permettre de se passer de produits phytosanitaires pour produire du vin.

De premiers cépages français résistants à l’oïdium et au mildiou

Elles sont autorisées depuis bientôt deux ans, et pourraient bien changer la donne en matière de traitements phytosanitaires dans l’Hexagone, pays de vignes et de vignobles s’il en est… Seize nouvelles variétés de cépages créées au sein de l’Inra de Colmar, mais aussi  en Allemagne, en Suisse et en Italie, ont obtenu leur classement en 2017.

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Une évolution notable après des décennies d’interdiction, et un bouleversement potentiel en matière d’agronomie.

En effet, ces nouvelles variétés sont résistantes à l’oïdium et au mildiou, les deux principaux maux dont souffre la vigne, à commencer par la souche Vitis vinifera, commune à tous les ceps de l’Hexagone. Ces cépages hybrides obtenus en croisant des ceps sauvages, asiatiques et américains permettraient de réduire de 80 à 90 % les traitements phytosanitaires.

Un point crucial en matière de protection de l’environnement, quand on sait que la viticulture consomme 20 % des produits de synthèse pour seulement 3 % de la surface agricole.

L’hybridation est un procédé très ancien – © Roberto Lucci

Une adoption très progressive

Avec un rythme de renouvellement des cépages des vignobles d’environ 2 % par an, ces nouvelles souches hybrides ne sont pour autant pas prêtes de se généraliser. Seuls quelques centaines d’hectares ont pour l’instant été plantés en France. Et, pour conserver intact les qualités des cépages, ils seront sans doute d’abord destinés à des assemblages, afin que leur présence reste discrète.

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L’Institut français de la vigne et du vin (IFV) croule désormais sous les demandes à ce sujet. Car, un peu partout en France, les cépages emblématiques, pour beaucoup organisés depuis les années 1930, ne peuvent que regarder avec inquiétude la révolution agronomique et viticole que cela peut représenter.

Ces nouvelles variétés résistantes ont déjà été autorisées en 2018 au sein des IGP, à commencer par le Pays d’Oc.

Ne pas modifier la typicité des vins

Jeune femme cycliste s’arrêtant dans les vignobles sur la route des vins d’Alsace, près du village de Ribeauvillé en France © Pawel Kazmierczak

Et ensuite ? Les AOC réclament également un droit à l’expérimentation auprès de l’Union européenne. En amont d’un projet de réforme de la PAC (Politique Agricole Commune), la CNAOC (Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d’Origine Contrôlées) recommande pour sa part de limiter les variétés résistantes à 5 % de l’encépagement d’une propriété et à 10 % au sein de l’assemblage.

Adopter peu à peu ces nouveaux cépages hybrides résistants permettant de se passer, ou presque, de traitement phytosanitaire, permettrait de faire évoluer les choses sans pour autant dénaturer les vins.

Pour protéger la nature tout en veillant à conserver intactes la typicité des vins, la Confédération des vins IGP est d’avis de commencer par en planter près des habitations et le long des cours d’eau, afin de cesser tout traitement dans ces zones sensibles.

Illustration bannière : Vers des vignobles hybrides en France et plus de pesticides ? – © Giorgio1978
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