Les enjeux d’une agriculture productive pour l’Europe

Rédigé par Nolwen, le 29 Jan 2014, à 12 h 57 min

L’agriculture productive est, comme son nom l’indique, une agriculture qui produit suffisamment pour nourrir tout le monde, pour nourrir toute la Planète et qui est rentable. De nouvelles études montrent les bénéfices pour l’Europe de maintenir et à renforcer une agriculture à forte capacité productive. Mais cela ouvre le débat.

Peut-on imaginer une agriculture productive qui évite les abus de l’agriculture industrielle ? L’agriculture productive, doit naviguer entre les dérives de la production industrielle, trop polluante, et l’agriculture bio, trop chère et pas assez répandue. Pas simple mais les enjeux sont énormes ! Faut-il pour autant l’opposer à une agriculture  plus écologique, voire bio ?

Comment nourrir 9 puis 13 milliards d’individus ?

bonhomme-interrogation Comment calculer la production nécessaire pour nourrir chaque habitant de la Planète quand on sait que la demande énergétique à satisfaire chaque jour pour chaque humain est de 1.8 million de kilocalories par an ?

Il nous faut nous poser une question préalable pour répondre :.

  • Quel est le point commun entre les oeufs, le steak et les toasts que l’on trouve dans son assiette ?

Eh bien pour chacun de ces aliments, une forte production de céréales (et d’eau virtuelle) aura été nécessaire.

granolaEn effet, il aura fallu nourrir des poules avec des graines pour qu’elles pondent des oeufs, nourrir les boeufs avec des céréales pour obtenir de la viande et fabriquer de la farine à partir de céréales pour confectionner du pain.

Ainsi, l’un des moyens permettant de calculer la quantité de nourriture à produire pour nourrir la planète entière est l’indice d’équivalent céréales.

Un être humain a besoin de 200kg d’équivalent céréales par an.

bonhomme-croissance21Aujourd’hui, nous produisons à l’échelle mondiale 330 kg d’équivalent céréales par habitant et par an, soit suffisamment pour nourrir 12 milliards d’individus. Nous produisons donc largement assez de nourriture sur Terre pour satisfaire les besoins de tous, notamment de la majorité de la population qui vit désormais dans les villes. (Un point sur l’urbanisation de la planète).

besoin-cereales-2030

Alors, pourquoi 1 milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde ?

manger mieuxFamines et disettes sont encore fréquentes dans nombre de pays. Plus de 850 millions d’êtres humains ne mangent pas à leur faim.Le modèle agricole dominant reste encore  l’agriculture manuelle, sans machines ni tracteurs, sans animaux de trait.

Parmi les coupables, le gaspillage alimentaire : dans les pays du Nord, 1/3 de la production de nourriture finit à la poubelle, soit 1,3 milliard de tonnes de nourriture. Le gaspillage alimentaire des pays riches représente quasiment autant de nourriture (222 millions de tonnes) que toute la production alimentaire nette de l’Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes).

Dans les pays du Sud, la demande alimentaire continue à exploser tandis que le gaspillage alimentaire continue à annihiler une grande part des efforts de production.

sapin bioLes statistiques sur les sols et leur dégradation

Le gaspillage agricole, c’est un milliard de bouches

 

 

Le rôle de l’Europe, paradis agricole menacé

L’Europe, en tant que zone agricole ultra productive, a un grand rôle à jouer dans le bien-être alimentaire mondial. Mais pour cela elle va devoir entreprendre quelques changements. Comment ?

La dégradation des terres agricoles

Tout d’abord préserver son patrimoine, c’est à dire ses terres cultivables, menacées de toutes parts, y compris en France, notamment par la pollution et par le grignotage urbain.

L’urbanisation entraîne un grignotage continue des terres arables agricoles qui s’ajoute à la dégradation générale des sols. En France, on estime que 82 000 hectares de terres agricoles sont perdues chaque année. Au total, les zones artificialisées (goudronnées, construites…) occupent 4,9 millions d’hectares en 2010, soit près de 9 % de la Métropole.

L’agriculture productive, c’est quoi ?

Developpement durable articleL’agriculture productive répond au besoin d’intensification de la production végétale tout en  respectant des fonctions vitales de l’écosystème et des sols.

Le but de l’agriculture productive, pourtant souvent grosse utilisation de produits phytosanitaires, est simple : nourrir tout le monde. Mais à notre époque, elle doit impérativement  faire en sorte que produire plus soit compatible avec produire mieux.

C’est une méthode appliquée aujourd’hui par des milliers d’exploitations agricoles en Europe qui veulent produire plus mais avec moins d’intrants chimiques (pesticides, engrais phytosanitaires) sans pour autant être capable de passer au Bio (pour l’instant ?). La qualité de leurs sols s’améliore, leurs rendements progressent avec des pratiques plus douces pour l’environnement.

Notre avenir alimentaire se joue aussi en ville

L’agriculture urbaine de sujet marginal, est en passe de devenir un vrai enjeu.

On ne sait pas encore quelle place elle pourra réellement tenir dans nos assiettes. Mais la ville est clairement un espace où l’agriculture productive, encore souvent aux mains d’amateurs éclairés ou de particuliers, va pouvoir s’exprimer et démontrer tout son intérêt.

Pour représenter autre chose qu’une production anecdotique de quelques aromates ou plants de tomates, l’agriculture productive urbaine va devoir conquérir des espaces plus nombreux et mieux structurés.

Les jardins partagés, jardins ouvriers et autres jardins municipaux en seront les vecteurs majeurs, bien plus que les balcons ou terrasses.  ?

La culture en ville – du fait de son manque d’espace, de ses pollutions –  devient ainsi le symbole d’une mutation économique, où la production est plus locale, plus écologique et capables de nourrir les hommes mais aussi le rêve d’une ville différente.

Ceux qui nous nourrissent ne peuvent pas se nourrir eux-mêmes.

Une récente étude menée par un think tank basé à Berlin plaide en faveur de l’agriculture productive comme une solution pour répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux de l’agriculture. L’agriculture productive apporterait sécurité alimentaire, efficacité des ressources et stabilité économique tout en préservant la biodiversité et en limitant le réchauffement climatique.

*

Suite > les retombées économiques et environnementales de l’agriculture productive

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8 commentaires Donnez votre avis
  1. Oui c’est pas faux tout ce que je viens de lire dans cet article. Enfin je le lis comme des belles phrases ! Je suis curieuse de savoir comment sont calculées les statistiques qui permettent de dire tout cela sur 1 % de fermes bio supplémentaire en Europe…moi perso ma ferme bio et TOUTES celles que je connais ne dégagent pas pour elles même de revenus alors ? Je ne comprend pas… ah si excusez moi on parle peut-être là du bio “intensif” c’est à dire des fermes qui ne font pas moins de 25 ha non ? Moi je cultive 2 ha je suis hors statistiques ??
    Par pitié !!! Bannissez le mot “INTESIF” de tout votre jargon !!! Surtout si vous voulez être crédible en terme de Bio ou d’écologie !
    Personnellement, moi, ma famille, mes animaux et notre ferme sommes aujourd’hui en danger. Une petite ferme de légumes bio, ou l’on travail à l’ancienne, à la main ou avec nos chevaux de trait, qui devait subvenir, à terme, à tous nos besoins et surtout à notre capacité de remboursement !! Mais on nous prend tous !! le moindre centime va dans la poche des banques, certes elle nous a aidé, elle nous a “financé”, mais après quelques rdv, des beaux discours et une signature après ???ils se foutent royalement des galères, des galères que NOUS subissons !!! et voilà, pour nous, une année de vraies galères, de pannes successives, de baisse de productions et donc de baisse de vente et elle creuse ma tombe cette fichue banque !!! Ne me laissant aucun centimes pour payer mes fournisseurs, pour me laisser une trésorerie !
    Je suis sur ce site parce que je cherche de l’aide….je ne suis pas rentrer dans les détails de ce que propose “ConsoBlog”.
    Mais je crie mon appel à l’aide et je vous propose d’aller voir sur le site “mon pot commun, sauvez une petite ferme bio”, contacter moi je vous raconterais les détails…
    A bon entendeur Merci !

  2. Astrid c’est pas juste ce que vous dites.
    La pac finance des production, qu’elles soient bio ou non.
    Le maraîchage n’est pas “primable”, la production de céréales oui (bio ou non)
    le lait oui, en bio comme en classique.
    Je suis arboriculteur Bio (non primable, je vie de mon travail et non pas de vos impots…).
    En choisissant une amap vous choisissez un mode de vie. Bravo, grâce à vos achats (réfléchis), vous orientez la production vers le bio. Merci de faire votre part 😉

  3. Le postulat de base de considérer la céréale comme “mesure d’étalonnage” en quelque sorte est une erreur. Le pont commun est la production de protéines.De quelques origines qu’elles soient, végétales ou animales. L’idée est donc plutôt à chercher dans une révolution alimentaire et une remise en question des standard d’alimentation.On s’attaque là à des fondamentaux culturels.La mauvaise répartition de la richesse est en tout cas certainement plus dommageable que le gaspillage alimentaire évidemment stupide et dommageable. On remarque de plus dans cet article l’idée que l’Europe serait donc exportatrice au détriment de l’évolution de l’agriculture des pays en demande.Je me pose la question de savoir quel lobby se cache donc derrière ce beau raisonenment.

  4. Je vois un faux-semblant repris dans votre article : des gens meurent de faim. La faute au gaspillage alimentaire. C’est évidemment faux. Le gaspillage est regrettable, et nous devons tout faire pour y mettre fin (faim). Non, le probleme est que les acheteurs du monde entier achètent plus ou moins sur la même place de marché, celle du marché mondial. Lorsque nos économies dopées voient les prix enfler, les occidentaux peuvent continuer à acheter mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

    Le vrai problème est le problème de la pauvreté. Dit autrement, le vrai problème est notre richesse. Croissance, PIB, Croissance, PIB, Croissance PIB,… pendant ce temps-là, plus au sud c’est : Famine, manque d’eau, famine, manque d’eau, famine, manque d’eau. C’est notre faute.

  5. De plus l’agriculture raisonnée, ne veut rien dire, elle se sert des pesticides, engrais et OGM et n’a de raisonnée que son nom!
    L’avenir est dans le bio et le plus vite possible.
    Quant à toujours plus de naissances, c’est une utopie.
    Limitation des naissances à 3 enfants, c’est déjà bien et il faut effectivement les nourrir, et par conséquent que, tout d’abord les parents aient les moyens pour cela, et pas d’allocations familiales qui ne sont qu’une incitation à faire toujours plus d’enfants!

  6. Faux tout cela, car le bio produit largement assez, pas au début lorsque l’agriculteur doit nettoyer le terrain pour le rendre propre et bio, mais après environ 5 ans.
    Je suis en AMAP bio, et lorsque nous avons commencé en 2007, nous n’étions pas plus de 60 adhérents.
    Depuis l’agriculteur a pu prendre une deuxième AMAP avec maintenant 50 adhérents et notre AMAP compte actuellement 72 adhérents.
    Alors votre agriculture productive donc INTENSIVE, ne sont que des mensonges pour faire manger aux gens des engrais, des pesticides des OGM et autres poisons.MONSANTO et Bayer ont encore de beaux jours avec les journalistes qui les soutiennent et donc qui sont payés pour cela par ces firmes qui assassinent les gens à petit feu avec cancer, Alzheimer et toutes ces maladies dues à ces poisons !!!!
    Je suis en colère lorsqu’on veut prendre le peuple pour de pauvres imbéciles!

    • Et c’est encore pire lorsque l’on pense à l’Europe qui vient de voter une loi Monsanto autorisant l’usage de pesticides et OGM sans limitation…. quand on pense que la PAC ne finance que les agriculteurs non bio, on se dit que l’Europe parfois c’est vraiment de la merde créée pour nous empoisonner et nous appauvrir. J’applaudie au et fort les AMAP bio. Bon courage Janine et merci.

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