Nicolas Hulot : ‘la bataille contre les néonicotinoïdes n’est pas terminée’

Alors que l’Assemblée nationale vient de voter l’interdiction de l’utilisation des néonicotinoïdes pour 2018, le 17 mars dernier, c’est au tour du Sénat de se prononcer sur le sort de ce projet de loi. Les Sénateurs ont jusqu’au 10 mai pour rendre leurs conclusions.

Nicolas Hulot : 'la bataille contre les néonicotinoïdes n'est pas terminée'

ONG, agriculteurs et apiculteurs se mobilisent contre les pesticides néonicotinoïdes, ces substances néfastes pour l’environnement et la santé. Réunis pour une conférence de presse mardi dernier au Sénat, la Fondation Nicolas Hulot, l’association Générations futures, la Confédération paysanne, l’Union Nationale des Apiculteurs de France et Joël Labbé, Sénateur du Morbihan ont porté un message d’espoir affirmant qu’un modèle alternatif à ces pesticides existe.

La loi prévoit désormais que « l’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes, y compris les semences traitées avec ces produits, est interdite à partir du 1er septembre 2018 ».

Néonicotinoïdes : une dangerosité soulignée par la communauté scientifique

Les néonicotinoïdes sont une famille d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes. Cette dénomination de néonicotinoïdes concerne les substances actives telles que le thiaméthoxam, l’imidaclopride, le thiaclopride, l’acétamipride et le clothianidine, qui sont jusqu’à 10.000 fois plus toxiques que le DDT pour les abeilles. Chaque année, 30 % des colonies d’abeilles périssent, contre 5 % avant l’arrivée des néonicotinoïdes  sur le marché français en 1994.

Persistants, ces pesticides s’accumulent pendant plusieurs mois dans les sols, conduisant à leur contamination à grande échelle, ainsi que celles des eaux de surface et de la végétalisation traitée.

agriculture pesticides

L’être humain ne semble pas à l’abri de ces contaminations, puisque des troubles du comportement ont déjà été identifiés chez les mammifères. Une recherche française de résidus de néonicotinoïdes dans des aliments végétaux effectuée en 2013 a montré une contamination de 80 % des échantillons de thés, de 45 % des courgettes, de 25 % des tomates ou encore de 12 % des fraises. Aux États-Unis, c’est 80 à 100 % des légumes qui contiennent ces pesticides.

Des alternatives non chimiques aux néonicotinoïdes existent

« Il y a des alternatives pour 95 % des usages des pesticides », affirme Emmanuel Aze, secrétaire national de la Confédération paysanne. Les agriculteurs doivent davantage respecter le cycle de la terre et se concentrer sur des formes d’agriculture alternatives. Par exemple, il faut éviter les semis trop précoces quand la terre est trop froide ou ne pas encourager la monoculture qui favorise le développement de divers insectes.

Pour les fruits, il est possible de recourir à la méthode du bio-contrôle en mettant en oeuvre la confusion sexuelle ou les filets de protection. Cette loi est aussi l’occasion pour les agriculteurs de développer de nouvelles méthodes de production, notamment l’agro-écologie, répondant davantage aux attentes des populations.

Comme le rappelle Amandine Lebreton, Coordinatrice Agriculture-Alimentation de la Fondation Nicolas Hulot, « le délai de deux ans accordé par les députés avant l’interdiction totale des néonicotinoïdes (septembre 2018) est le temps nécessaire pour qu’un agriculteur se convertisse au bio. C’est un temps réaliste et accessible ».

L’argument économique est souvent évoqué pour défendre le recours aux néonicotinoïdes. Mais, d’après diverses études, l’utilisation de ces pesticides ne provoque pas d’augmentation de rendement par rapport aux mêmes cultures non traitées. Par exemple, l’Allemagne en a interdit l’usage sur les céréales d’hiver et continue pourtant d’être le second producteur européen de céréales.

Néanmoins, on peut remettre en cause le rôle de l’Union européenne dans cette course à la productivité. En effet, la PAC attribue 350 euros par hectare aux agriculteurs. Elle ne prend en compte que la surface et non l’emploi réel. Cette mesure encourage l’agrandissement des parcelles et le recours aux produits chimiques.

Mais ceci est un autre combat. Rendez-vous le 11 mai pour la décision finale du Sénat.

Illustration bannière : Pulvérisation chimique – © Action Sports PhotographyShutterstock