Vers une large acceptation de la viande cultivée ?

En tant que végane, pourquoi écrire un article sur la viande cultivée ? Parce que cette nouvelle industrie est tout simplement une solution rapide et durable pour nourrir la population, sans blesser ni tuer d’animaux, afin d’agir contre le changement climatique – un combat pour lequel il ne nous reste plus beaucoup de temps.

Rédigé par Swantje Tomalak, le 11 Oct 2021, à 18 h 00 min
Vers une large acceptation de la viande cultivée ?
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Même si, à mon avis, il n’est pas justifiable d’un point de vue éthique de continuer à exploiter les animaux et de nous placer, en tant qu’espèce humaine, au-dessus de toutes les autres espèces, je pense que la viande cultivée est une première approche prometteuse afin de réduire l’exploitation des animaux qui subsiste de nos jours.

Qu’est-ce que c’est, la viande cultivée ?

La viande cultivée n’est pas comme de la viande. C’est de la viande ! Simplement, sa fabrication se distingue de celle de l’agriculture classique, nous parlons donc de l’agriculture cellulaire.

La viande cultivée est produite à partir d’une cellule animale : boeuf, porc, poulet, et même poisson et des fruits de mer.
Cette cellule est prélevée par une petite biopsie qui ne fait aucun mal à l’animal. Ensuite, on isole la cellule et on la fait pousser dans un bioréacteur. Comme la viande est composée d’eau, de protéines, de graisse, de vitamines et de minéraux, ces nutriments seront ajoutés à la cellule pour qu’elle se développe en viande.

Après environ six semaines, le morceau de viande est prêt pour consommation ou partira en production d’un produit hybride, c’est-à-dire une forme mixte comme par exemple les nuggets ou schnitzel.

La situation actuelle : un seul pays au monde a autorisé la vente de viande cultivée

La production de viande cultivée est à ce jour encore très rare, les quantités sont très réduites, et à l’exception de Singapour, aucun autre pays au monde n’est actuellement autorisé à vendre de la viande cultivée dans les rayons des supermarchés.
Mais la demande est énorme et prometteuse vu le nombre d’investisseurs privés et publics qui s’engagent auprès de cette industrie.

Aujourd’hui, une centaine de start-ups du monde entier se sont consacrées à l’agriculture cellulaire. Chaque entreprise avec une technique différente. L’entreprise singapourienne Shiok Meats par exemple a lancé une première dégustation de crevettes cultivées le mois dernier.

viande cultivée

Dr Sandhya Sriram et Dr Ka Yi Ling ont réussi à cultiver des crevettes © Shiok Meats

Lire aussi : Les Américains pourraient bientôt manger de la viande de laboratoire

Mosa Meat, un pionnier du marché

Le mois dernier (septembre 2021), par exemple, Leonardo DiCaprio, un acteur incontournable qui est connu pour son engagement pour l’environnement, est devenu le nouvel investisseur de l’entreprise néerlandaise Mosa Meat, spécialisée dans la viande de boeuf cultivée.
« L’un des moyens les plus efficaces de lutter contre la crise climatique est de transformer notre système alimentaire. Mosa Meat et Aleph Farms offrent de nouvelles possibilités de répondre à la demande mondiale de viande bovine tout en résolvant certains des problèmes les plus pressants de la production industrielle actuelle de viande bovine. Je suis très heureux de leur servir de conseiller et d’investisseur alors qu’ils se préparent à introduire le boeuf de culture auprès des consommateurs », a déclaré Leonardo DiCaprio à la presse à propos de son nouveau projet d’investissement. Mosa Meat, qui a été fondé en 2015 par Mark Post (et Peter Verstrate), a développé le premier burger patty au monde en 2013.

Une commercialisation (encore) difficile

Comme l’a dit l’experte Dr Hannah Lester, CEO chez Pen & Tec Consulting, qui aide depuis des années les entreprises à enregistrer leurs produits cultivés sur le marché, les processus de commercialisation de ces produits cultivés sont actuellement encore très longs.
Il peut s’écouler jusqu’à deux ans avant qu’un produit ait passé tous les tests et soit considéré comme officiellement « sûr » et « approuvé pour le marché ». Cette autorisation coûte énormément de l’argent, parfois des sommes à six chiffres. Sans le soutien d’investisseurs, donc, une mission presque impossible.

Pourtant, la viande de culture est l’une des solutions pour nourrir une population mondiale en constante augmentation !

La viande cultivée, contre le changement climatique

D’ici 2050, la population devrait atteindre un chiffre estimé à 9,77 milliards d’habitants, et jusqu’à 11,18 milliards d’ici la fin du siècle. Devenir végétarien ou végétalien, c’est une solution pour réduire son empreinte carbone, mais cela reste juste une option pour une partie encore très faible de la population globale.
Nous devons réduire nos émissions de CO2 que ce soit par des énergies durables ou par un changement de consommation, mais une chose est certaine : la viande cultivée pourrait être une solution pour une grande partie de la population globale.

On estime aujourd’hui que la viande cultivée et les autres protéines alternatives représenteront entre 11 et 22 % de la consommation totale de protéines d’ici 2035, ce qui équivaut à peu près à économiser la consommation d’eau d’une ville comme Londres en 40 ans.

L’acceptabilité du marché

Encore très peu connue, l’industrie de la viande cultivée se trouve face à une situation encore difficile. Pour rendre la viande cultivée plus « mainstream », il faut à la fois l’acceptation des consommateurs et le soutien du gouvernement.

viande cultivée

Aujourd’hui, une centaine de start-ups dans le monde entier se sont lancées dans l’agriculture cellulaire © Microgen

Lire aussi : De la viande in-vitro pour l’environnement ?

Dans des pays comme la Finlande ou l’Espagne, des programmes gouvernementaux soutiennent déjà la recherche sur la viande cultivée.

Mercedes Vila Juarez, bio-ingénieure et cofondatrice de la société espagnole BioTech Foods, témoigne : « L’Union européenne a accordé une subvention de près de 3 millions d’euros au projet ‘Meat4All‘ mené par BioTech Foods dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020. La proposition soumise par la société de biotechnologie vise à améliorer la technologie de production de la viande cultivée ainsi qu’à améliorer l’acceptance par le marché et à réaliser des tests pour évaluer la sécurité afin de permettre l’industrialisation et la vente. D’autre part, BioTech Foods dirige un projet de viande cultivée financé par le gouvernement espagnol à hauteur de 5,2 millions d’euros, auquel participent sept autres entreprises et dix institutions de recherche. L’objectif général du projet ‘CULTUREDMEAT‘ est la recherche de viande à partir de cultures cellulaires, ce qui, avec le développement de graisses saines et d’ingrédients fonctionnels, permettra la production de produits carnés pour prévenir le cancer du côlon et la dyslipidémie (augmentation des concentrations de cholestérol et de lipides dans le sang) ».

La situation en France

En France, en revanche, une loi adoptée au début de l’année (article 59 bis de la loi climat) stipulait déjà que la viande cultivée serait interdite dans les cantines. Pourtant ce produit n’est même pas encore commercialisé. Nathalie Rolland, fondatrice de l’Agriculture Cellulaire France, l’association française pour l’agriculture cellulaire, s’efforce depuis des années de faire avancer ce dossier en France.
Son travail mais aussi les lancements de start-ups françaises dans l’industrie de l’agriculture cellulaire font avancer les débats.

Par exemple, la société Gourmey, fondée par Nicolas Morin-Forest, se consacre à la production de foie gras, si populaire en France et considéré comme un repas classique notamment pour la saison de Noël à venir. Rappelons qu’en France uniquement la vente de foie gras est responsable de la souffrance et de la mort de plus de 46 millions de canetons chaque année. Selon l’organisation de protection des animaux L214, après une dizaine de jours de gavage, à l’âge de 90 jours environ, les oiseaux sont entassés dans des caisses et emmenés à l’abattoir.

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Le premier burger « in vitro » conçu à partir de cellules souches de vaches par un scientifique néerlandais avait été présenté en 2013 © HQuality

Repenser notre modèle agricole

Selon la FAO en 2018, 70.000 milliards d’animaux terrestres ont été tués rien que pour la consommation. La commercialisation de la viande cultivée pourrait atténuer cet élevage industriel au niveau mondial. Mais attention, la viande cultivée ne signifie pas automatiquement la fin de nos agriculteurs, au contraire.

Il convient plutôt de tenter de repenser le modèle classique. Plusieurs options sont déjà en discussion et des associations se créent pour former de nouveaux modèles d’agriculture, comme la Cellular Agriculture Association au Royaume-Uni.
Bien évidemment, avec l’arrivée de l’agriculture cellulaire, il n’y aura pas autant d’animaux sur une ferme, puisqu’une cellule d’un animal suffit pour reproduire d’autres cellules, mais le nouveau terrain gagné d’un agriculteur peut être utilisé pour cultiver des alternatives végétales telles que l’avoine ou le sarrasin.

Les agriculteurs peuvent garder leurs animaux et vendre des lignées cellulaires de haute qualité aux producteurs de viande cultivée ou encore fabriquer eux-mêmes de la viande cultivée locale.
Et qui sait, peut-être verrons-nous dans un avenir proche une ferme avec des animaux qui produit de la viande cultivée dans leur propre bioréacteur alimenté par de l’énergie solaire ou éolienne ?

Illustration bannière : Cultiver la viande plutôt que d’élever des animaux – © DyrElena
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Swantje Tomalak, végane convaincue, s’engage depuis des années pour la cause animale. Son premier projet pour la nature et les animaux remonte à sa 6e...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. Bonjour, on prend le problème à l’envers : et si on se déshabituait à manger de la viande ? personnellement, la viande cultivée ne me dit rien du tout, un traficotage chimique qui n’a rien de naturel et dont on ne sait rien de l’impact sur la santé humaine …………..

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