Steiner et l’agriculture biodynamique : réelle avancée ou mystification ?

L’agriculture bio en France explose : en cinq ans les surfaces bio ou en conversion ont été multipliées par cinq. Et parmi ces agriculteurs, un petit nombre pousse la logique plus loin et se lance dans l’agriculture biodynamique. Mais quelle différence entre l’agriculture biologique et l’agriculture biodynamique ? Les défenseurs de la méthode répondent aux détracteurs de Steiner.

Rédigé par Paul Boucher, le 26 Feb 2017, à 10 h 10 min

Est-ce une simple mode, qui permettrait surtout d’augmenter sensiblement le prix de vente, notamment pour les vins ? Est-ce une supercherie imaginée par un « gourou » autrichien qui n’avait pas de connaissances en agronomie ? Que faut-il en penser ? Voici quelques éléments de réflexion.

L’agriculture biodynamique, une mode ?

« Les écrits de Steiner (Rudolf Steiner, créateur de la biodynamie) sont marqués par des contrevérités évidentes, des digressions et d’étranges fantaisies », écrivent Douglass Smith et Jesus Barquin sur le site charlatans.info.

Quelques citations en exemple ?

  • « Certains insectes nuisibles sont spontanément créés par des influences cosmiques » ;
  • « Manger des pommes de terre rend les animaux et les hommes matérialistes » ;
  • « Les plantes ne peuvent pas être malades normalement, sauf si les influences de la Lune sur le sol sont trop fortes ».

Ces auteurs vont jusqu’à parler de « rituels agricoles vaudous » pour certaines pratiques comme la géoponcture qui consiste à planter des pierres debout dans le sol pour « restaurer l’équilibre cosmo-tellurique ».

La charge est sévère. Que répondent les défenseurs de l’agriculture biodynamique ?

En fait, quand on lit les informations sur le site du MABD, le mouvement de l’Agriculture BioDynamique, ou sur celui de la certification biodynamique Demeter, ou encore le Cahier des charges pour la Production animale et végétale, on s’aperçoit qu’on demande simplement aux agriculteurs de respecter les principes et les pratiques de l’agriculture biologique en y ajoutant l’emploi des « préparations » de Steiner, numérotées de 500 à 507, qui sont des émulsions à dose homéopathique de plantes ou de bouse de vache.

Les pratiques énumérées dans le Cahier des Charges(1) font plus penser à des fermes en polyculture à l’ancienne qu’à des temples de l’occultisme :

  • respecter l’équilibre naturel des plantes et des animaux,
  • pas d’OGM ou d’intrants chimiques,
  • désherbage mécanique,
  • contrôle strict de la provenance des graines et des plantes, ainsi que des fumiers utilisés,
  • favoriser la biodiversité, etc.

Biodynamie – biologique : quelle différence ?

Le vrai problème est de distinguer l’apport spécifique de la biodynamie par rapport à l’agriculture biologique, puisque celle-là suppose déjà celle-ci.

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Malheureusement, il y a peu de recherches scientifiques fiables sur ce point. L’une des mieux connues a été publié en 2002 dans la revue Science(2). L’article conclut à un léger avantage de la biodynamie, mais ses résultats ont été mis en doute par d’autres chercheurs, notamment du fait de la méthode d’analyse utilisée.

Deux autres études dans des journaux scientifiques à comité de lecture ont donné les résultats suivants :

  • « Aucune différence n’a été  trouvée entre les sols fertilisés avec la biodynamie et les compostes non-biodynamiques. »(3)
  • « L’analyse des feuilles [des vignes] ne montre pas de différences entre les deux traitements. Il n’y a pas de différence pour ce qui est du rendement, du nombre de grappes, du poids des grappes et du poids des fruits. »(4)
steiner, agriculture biodynamique

Vignes en agriculture biodynamique © Kondor83 Shutterstock

L’agriculture biodynamique c’est une harmonie

On laissera le mot de la fin à Thomas Dutroux, responsable des vignes au Château Palmer, Margaux, 3e cru classé, qui a expérimenté la biodynamie sur un hectare en 2008, avant de l’étendre à l’ensemble du domaine : « Dans biodynamie, il y a aussi l’idée de dynamie, c’est l’idée d’organisme agricole, d’une entité, d’une ferme qui fonctionne en harmonie, où tous les éléments se complètent les uns les autres et où on fait appel le moins possible à ce qui vient de l’extérieur ».

Illustration bannière : Préparation utilisée dans l’agriculture biodynamique – © FreeProd33 Shutterstock
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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

10 commentaires Donnez votre avis
  1. “… pourquoi ma réponse à votre réponse n’a pas été publié …”, voulais je dire.

  2. Paul, si, vous, vous ignorez pourquoi ma réponse à votre réponse (“Juger l’arbre par ses fruits… Mais c’est justement ça qu’on n’arrive pas.. “), je ne sais pas comment on va faire. Parce que je le sais encore moins.
    Je n’avais pas sauvegardé ma réponse, ne me doutant pas qu’elle ne serait pas publier.
    Du coup, dois je me lancer dans une nouvelle réponse (pour vous et Jean Theys) au risque qu’elle ne soit pas publier de nouveau ?

    • Si vous avez quelque chose à ajouter au débat, faites-le, sinon arrêtez d’encombrer les ondes!

    • Mais enfin, je l’ai fait vous dis je !!!
      Publier mon commentaire, qui est en attente de modération depuis plusieurs semaine et qui contribue au débat. Et ne publier pas ce message là, par exemple, qui ne vous est destiné qu’à vous !!
      C’est dingue…

  3. Paul, si vous ne publiez pas mes commentaires, ça va être difficile.
    Pourquoi me censurer ?

    • Je ne vous ai pas censuré, Lartigue. J’ai vu votre commentaire et je vous ai répondu, mais pour des raisons que j’ignore, il n’est pas paru. Vous pouvez toujours le republier.

  4. Il faut juger un arbre à ses fruits.

    “C’est de toute façon une méthode d’agriculture biologique, même si elle s’encombre …” est, manifestement une phrase de qq qui n’est pas agriculteur. A fortiori, Bio. Et a fortiori biodynamique.
    Tout cela est très concret. Les résultats (dans toute leur subtilité) se constatent sur le terrain, pas dans un fauteuil…

    Quant aux erreurs de steiner, elles ne concernent pas l’agriculture, mais bien souvent l’astronomie. Il n’y a pas d’astronomie steinerienne que je sache. C’est donc que, oui, on juge bel et bien un arbre (biodynamie) à ses fruits. Et pas aux fruits d’un autre arbre (astronomie steinerienne).

    Lartigue

    • Juger l’arbre par ses fruits… Mais c’est justement ça qu’on n’arrive pas à faire! Les scientifiques qui se sont penchés sur la question n’arrive pas à déceler ce qui relève à proprement parler de la biodynamie et ce qui relève d?autres facteurs. Par ailleurs, il est impossible de distinguer, chez Steiner, ce qui relève de la “philosophie” et ce qui est proprement agricole.

    • C’est très commode de cloisonner comme cela. L’agriculture biodynamique n’est pas l’astronomie, certes, mais ce sont les mêmes affabulations mythico-ésotériques de Steiner qui sont à la base des méthodes de l’agriculture biodynamique. Par ailleurs, les erreurs de Steiner ne se limitent pas à l’astronomie, mais aussi à la chimie, à la physique, à la géologie, à la paléontologie, et même à l’histoire. En fait pratiquement tous les domaines scientifiques qu’il a abordés sont truffés d’affirmations péremptoires dont un grand nombre se sont révélées fausses. Pourquoi serait-ce différent en biodynamie? Parce que cela fonctionne me dirai-vous, mais l’agriculture biologique ordinaire fonctionne aussi, et apparemment rien ne permet de découvrir une différence de qualité entre les produits issus de l’une ou l’autre méthode. Des chercheurs anthroposophes de l’université de Kassel on tenté de démontrer l’influence des astres sur les cultures, et ils ont avoué qu’ils n’avaient pu rien observer, on devine facilement pourquoi. (voir Koepf & Schaumann & Hacclus, Agriculture biodynamique, Introduction aux acquis scientifiques de sa méthode, Éditions Anthroposophiques Romandes, 1996)

  5. C’est de toute façon une méthode d’agriculture biologique, même si elle s’encombre de tout un fatras ésotérique qui la rend mystérieuse, sinon sulfureuse aux yeux de certains. Le plus douteux, ce sont les explications de Steiner sur sa méthode, surtout quand on considère les innombrables erreurs de Steiner dans tous les domaines qui discréditent toute sa conception du monde.
    Voir par exemple: http://jf.bizzart.biz/

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