Les petites fermes et micro fermes sont-elles l’avenir de l’agriculture ?

En France, un peu plus d’un tiers des exploitations sont de taille modeste avec une surface inférieure à 20 hectares mais un nombre grandissant d’installations s’effectue sur des surfaces agricoles ne dépassant pas 1,5 hectares. Tournées vers le maraîchage ces micro fermes utilisent les techniques de la permaculture et de l’agroécologie : pas de produits phytosanitaires, pas ou peu de mécanisation et une association des cultures. Ces petites fermes sont-elles l’avenir de l’agriculture dans notre pays ?

Rédigé par Camille Peschet, le 19 Aug 2017, à 8 h 10 min

En octobre 2015 Consoglobe.com publiait un article mettant en avant le concours “Fermes d’avenir” lancé par l’association Fermes d’avenir et La ruche qui dit oui, avec comme objectifs de mettre en valeur les petites fermes et micro-fermes présentes sur nos territoires, et de récompenser les projets innovants portées par les exploitants. Un peu moins de deux ans plus tard, il est temps de faire le point.

Ces modèles de petites fermes sont-ils l’avenir de l’agriculture ?

Comme le prouve la littérature de plus en plus abondante autour des micro et des petites fermes, la possibilité de vivre sur des surfaces inférieures à celles habituellement considérées comme rentables est loin d’être uniquement le rêve de quelques utopistes ou des projets en marge dont la viabilité laisse à désirer.

Parmi toutes les recherches, notons celle menée par François Léger chercheur au sein de l’unité mixte INRA/AgroParisTech qui a coordonné l’étude “Performance économique du maraîchage biologique en permaculture” réalisée avec les données de la ferme du Bec Hellouin dans l’Eure, en Normandie(1). Ou encore la thèse menée par Kevin Morel qui avait pour objectif de comprendre la motivation des personnes s’installant dans le cadre de micro-fermes et les stratégies développées pour garantir la viabilité du projet(2). Son diagnostic poussé de 20 micro-fermes a fait ressortir qu’il était possible de générer un revenu allant de 600 à 1400 euros par mois et par personne, pour un travail plein de 1800 heures soit 39h par semaine, et ce sur 1,5 hectare seulement.

petites fermes

Salades et oignons en permaculture © OMMB

Les petites fermes quant à elles, font pour une partie, preuve d’un dynamisme qui leur permet de ne rien avoir à envier à des fermes plus importantes en termes de revenus. C’est entre autre le cas d’Isabelle Godard dont la ferme de quelques hectares située en Seine-et-Marne, est viable.

Pourtant, entre 2000 et 2007, un tiers des petites fermes existantes ont disparu, et entre 2010 et 2013, le déclin s’est poursuivi avec 8 % des petites fermes en moins contre 1 % pour les moyennes et grandes fermes. Un phénomène qui risque de s’accentuer du fait de l’absence de reconnaissance de l’apport de ces fermes dans les statistiques européennes : les aides versées à l’agriculture sont encore indexées selon la taille de l’exploitation, avec comme corollaire une course à l’agrandissement.

Micro et petites fermes : des modèles qui font fit des contraintes du foncier et peuvent se développer en milieu urbain

Aujourd’hui, un tiers des candidats à l’installation ne sont pas issus du monde agricole. Le foncier est pour ces personnes le plus grand frein. Le modèle des petites fermes répond à cette problématique. De plus, ces projets de taille modeste peuvent plus aisément se développer en ville ou en périphérie proche, apportant une réponse à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre dues au transport par un approvisionnement en circuit court.

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Un élément majeur pour le maintient du tissu rural

Pour les défenseurs des petites fermes, comme la confédération paysanne par exemple, leur présence est également indispensable pour maintenir un tissu rural dynamique et entretenir les terres difficiles et les pâtures de montagne. En effet dans certains lieux, où la mécanisation n’est pas possible, ces mini exploitations apportent une production locale qui ne serait pas réalisée autrement. Enfin, elles sont créatrices d’emplois du fait d’une part plus importante du travail manuel.

Un atout pour le maintient de la biodiversité et la réduction des gaz à effet de serre

Un autre atout majeur de ce modèle, dite d’agriculture paysanne est le maintien voire le rétablissement de la biodiversité grâce aux polycultures, à la faible quantité, voire l’absence d’intrants et l’utilisation d’auxiliaires de cultures qui amènent à planter arbres, haies ou encore à créer des mares. De plus, explique François Léger : “si on a une trentaine de fermes plutôt qu’une seule il y aura plus de fosses, de champs, d’interfaces intéressantes du point de vue écologique“.

Des projets innovants et variés

Mais il faut aussi se réjouir car il y a quasiment autant de projets que de fermes avec un dynamisme important pour les personnes qui se lancent dans l’aventure. C’est ce que souhaite montrer l’association Fermes d’avenir avec le Fermes d’avenir tour.

En effet, toutes les personnes qui s’installent sont passionnées et développent un projet de vie autour de leur exploitation avec une créativité importante, autant dans les modèles de vente, que les transformations proposées, les événements mis en place, ou encore les techniques utilisées, le mode d’énergie ou le type d’association si il y a plusieurs porteurs de projet.

À ceci s’ajoute un regard porté par les agriculteurs en conventionnel qui commence à changé et qui entraîne une collaboration sur le terrain. Ou qui peut même aller plus loin avec l’appel à projet lancé par Fermes d’avenir pour une transition écologique participative. Le principe est mettre 30 hectares au sein de la ferme de Vincent Louault conduite en agriculture conventionnelle, à disposition pour tester de nouvelles activités agricoles plus respectueuses de l’environnement.

Un besoin de reconnaissance et de formation publique

Afin d’une part de stopper la disparition importante des petites fermes déjà existantes et d’autre part de favoriser le développement de nouvelles installations, il est maintenant important que ces modèles soient reconnus par les pouvoirs publics. Ceci passe, sur le plan européen, par la majoration des aides au premiers hectares, la suppression des planches d’accès pour certaines aides et l’adaptation des normes d’hygiène et de commercialisation. Sur le plan national, il s’agit d’insister sur le développement de formations ou de modules au sein des structures publiques, afin de réduire le coût de la formation et donc le capital de départ nécessaire à l’installation.

Illustration bannière : ferme de Bec Hellouin © capture d’écran Youtube
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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

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