Orthorexie : l’obsession du manger sain

Les médias en parlent beaucoup depuis quelques temps : l’orthorexie est à la mode. Pourtant, ce trouble du comportement alimentaire est connu depuis longtemps. Les différents scandales alimentaires de ces dernières années l’ont mis en lumière et multiplié.

Rédigé par Emma, le 28 Jun 2016, à 20 h 00 min

Il est un nouveau signe de panique devant notre assiette avec une règle stricte : faire attention à ce qu’on mange ! Une bonne chose, certes, mais pas quand elle est poussée à l’extrême…

Quand la – trop – bonne alimentation devient mauvaise…

L’orthorexique ne mange pas un fruit qui a été cueilli depuis plus de dix minutes. Il contrôle et trie en permanence son assiette. Il lit et relit les étiquettes par méfiance. Il refuse de manger ce qui n’a pas été préparé par ses soins.

Voilà quelques exemples du comportement de l’orthorexique décrit par le psychologue Patrick Denoux, auteur de La Peur au ventre (éd.Lattes).

On pourrait rajouter au tableau les points suivants :  il passe au moins trois heures par jour à penser à son alimentation. Il planifie tous ses repas à l’avance.

Une obsession de la qualité alimentaire

En grec, « ortho » signifie droit et « rexis » appétit. L’orthorexie désigne donc l’obsession d’une alimentation correcte. C’est un médecin américain, le Dr Steven Bratman, qui a été le premier à le décrire, en 1997, en soulignant la contradiction entre  la recherche d’une alimentation saine et ses conséquences négatives, voire mortifères, pour la santé. Il parle d’orthorexie nerveuse pour les cas plus graves.

L’orthorexie n’a pas été classée comme TCA à ce jour

L’orthorexie ne rentre – pas encore – dans la catégorie officielle des troubles du comportement alimentaires (TCA). Quand les boulimiques feront une obsession sur les quantités des aliments, les orthorexiques seront obsédés par la qualité de ce qu’ils mangent. Les aliments choisis devront être purs, sains et bons pour la santé.  Jusque là, tout paraît plutôt normal. Sauf quand cette recherche est poussée à son paroxysme.

Manger s’apparente à se soigner pour les orthorexiques. « Les aliments sont considérés comme des alicaments », explique le Pr Gérard Apfeldorfer, dans un article dans Psychologies qui date déjà de 2004. Donc tout ce qui est mangé doit faire du bien et être bon pour la santé. Le goût n’a plus rien à voir ici.

Deux fonctions sur trois de l’alimentation sont perdues

Conséquence : il n’y a plus de plaisir à manger. Ni de convivialité, puisqu’il devient impossible de manger la même chose que les autres qui ne font pas attention, et donc qui s’empoisonnent. L’orthorexique se désocialise, à l’instar de tous ceux qui font des régimes stricts.

repas-alimentation-nourriture-joie-saveur-banCes deux fonctions de l’alimentation sont perdues. Il n’en reste plus qu’une : répondre à ses besoins vitaux en énergie.

Un tri maniaque des aliments

Les aliments sont catégorisés : les bons et les mauvais, pour la santé. Il faut mesurer les bienfaits et les désavantages nutritionnels de chaque nutriment qu’ils contiennent.

Pour la personne orthorexique, c’est rarement un seul aliment qui se retrouve sur la sellette, mais plus souvent une catégorie qui se voit taxée de néfaste : ainsi, les féculents ou bien la viande, voire les produits laitiers. D’où viennent-ils ? Comment sont-ils produits ? Que contiennent-ils vraiment ? Toutes ces questions tournent en boucle dans la tête de l’orthorexique, à chaque repas, à chaque achat.

La suspicion n’a plus de bornes et la phobie s’installe : si l’on mange de telles choses, ne risque t-on pas d’en mourir ? Alors, on les exclue. Mais le cercle vicieux est installé et peu à peu, tout finit par faire peur et il ne reste plus grand chose qui trouve grâce aux yeux de l’orthorexique et place dans son assiette.

Évidemment, les graisses et les sucres sont sur la sellette. Cela donne des raisonnements de ce genre : le bon gras ne fait-il pas autant grossir que le mauvais gras ? Les sucres à index
glycémique bas sont les meilleurs pour la santé, mais ce sont quand même des sucres, donc ils ne sont pas si bons.

Mais tous les autres nutriments sont aussi passés en revue à l’aune de leurs apports éventuels qui vont aussi dépendre de leur mode de production et/ou de fabrication.

Exemple : la pomme devra être mangée seulement dix minutes après avoir été cueillie sinon elle perd ses vitamines. Mais elle devra aussi être bio pour ne pas contenir de pesticides. Pas facile quand on habite en ville. Les considérations environnementales font aussi partie du discours des orthorexiques.

La mode des produits « sans », sans gluten, sans lait, sans aspartame, sans huile de palme, surfe sur cette vague qui fait un tri dans l’alimentation. Comme tous les régimes.

Au final, il ne reste plus grand chose à manger.

Lire la suite : une nouvelle religion alimentaire

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66 commentaires Donnez votre avis
  1. Je me permets de reprendre un point certes secondaire de l’article : l’étymologie donnée est en partie fausse. C’est le grec ancien Oréxis qui signifie “le fait de tendre vers” et donc “appétit” et non Rêxis qui a pour sens “la déchirure, l’éruption”!

    Bonne journée

  2. Vous pouvez bien penser ce que vous voulez et écrire ce que vous voulez. L’important est ce que les gens comprennent et retiennent de vos dires. Or il semble dans le cas présent qu’il y ait un écart de compréhension conséquent entre vous et vos lecteurs, dont moi. A tel point que lorsque j’ai commencé à vous lire, mon premier réflexe a été d’aller vérifier que l’article n’était pas daté du 1er avril, ce qui m’aurait rassuré, mais qui n’était pas le cas.

  3. Une mode de vouloir manger sans aspartame (ce véritable poison)! Rien que ceci discrédite tout l’article. Et la maladie de considérer comme malade ceux qui ne mangent pas ‘comme tout le monde’comment pourrait-on la nommer ? Ortho… ?

    • Je suis décidement surpris par cette phrase ‘une mode de manger sans aspartame’, également de ne pas avoir eu de réponse de la part de Consoglobe, je pense qu’il est sain parfois de reconnaître ses erreurs et ce sera aussitôt “pardonné” et excusé grâce aux nombreus autres articles sensés, personne n’est parfait et je crois que l’auteur de l’article une ‘diététicienne’ a encore beaucoup à apprendre. Ou bien alors Consoglobe n’est pas vraiment le magasine que je croyais ?

  4. Pour vendre toujours plus de médecine, il faut créer de nouvelles maladies (créer le besoin): c’est le cas avec l’orthorexie. Ce genre de “fausse maladie”, inventée par les lobbies médicaux et agro-alimentaires, sert également à tenter d’éloigner les personnes crédules des compléments alimentaires et à les ramener dans les pharmacies (dans le “droit chemin”). Un jour, peut-être, inventera-t-on la “maladie des gens qui mangent bio”, afin de ramener tout le monde dans les grandes surfaces. Il n’y a pas si longtemps que ça, on essayait de faire croire qu’ils adhéraient à des sectes !!!

  5. Le problème de cet article est qu’il présente l’orthorexie avec des comportements qui sont problématiques pour certains “extrémistes” mais sont des comportements très sains pour ceux qui ne sont pas maniques. Décrire les personnes qui mangent des alicaments comme des gens soufrant de troubles alimentaires (ce que l’article ne fait pas mais laisse à suggérer) est tout simplement réactionnaire. C’est de la lutte contre le changement et la nouveauté. Le manger sain n’a rien d’asociale, au contraire il peut être bien plus conviviale que la mal bouffe (ou la SAD – standard american diet) car beaucoup de troubles émotionnels collectifs sont intégrés dans la mal bouffe, sortir de ces schémas patriarcaux c’est prendre conscience de soi et permet de se rencontrer de manière plus vrai: cela rend les rencontres plus authentiques. Manger sain permet de se sentir super bien dans son corps et en plus il y a un vrai plaisir gustatif à manger sain. Mes plus grand orgasmes de bouffe sont clairement des plats super sains, crus et plein d’alicaments (c’est sur que pour ça il faut d’abord se libérer de ses dépendances alimentaires si on en a…).
    Pour terminer je pense que le problème des orthorexiques est simplement leur caractère manique, quel que soit le dévolu de leur stress. Ca peut être la bouffe comme ça peut être les microbes ou les araignées. Il y a de bons articles la dessus qui montres que les comportements malsains peuvent être incarné de manières différentes.
    Bonne journée a toutes et tous.

  6. Je suis vraiment étonnée et déçue de découvrir cet article ici, et du regard qu’il pose sur ce que vous appelez orthorexiques !

    Bien sûr les obsessions ne sont pas saines, les gens intolérants avec ceux qui n’ont pas le même régime alimentaire qu’eux – qu’ils essaient bien sûr de convaincre – sont insupportables, les extrêmes quels qu’ils soient ne sont jamais bons… on est d’accord là-dessus je pense…
    mais tout de même, vouloir manger sain, manger sans pesticide, manger le plus frais possible, manger ce que son corps supporte le mieux, est-ce vraiment si anormal dans ce monde toujours plus pollué ?

    On voit que la “journaliste” qui a écrit ça est encore jeune et en bonne santé, assez pour se permettre de se gausser des gens qui veulent faire attention. Quand elle aura perdu un ou deux proches de cancers, quand elle souffrira de maux inexpliqués, quand son organisme ne supportera plus rien ou presque, on en reparlera.

    • Alan

      “On voit que la « journaliste » qui a écrit ça est encore jeune et en bonne santé, assez pour se permettre de se gausser des gens qui veulent faire attention. Quand elle aura perdu un ou deux proches de cancers, quand elle souffrira de maux inexpliqués, quand son organisme ne supportera plus rien ou presque, on en reparlera.”

      J’aimerais vraiment que vous évitiez ce genre de raccourcis… Déjà parce que ce n’est pas fondé (et c’est même on ne peut plus faux). Ensuite parce que si vous lisez l’article jusqu’au bout, vous verrez bien qu’à aucun moment il n’est question de reprocher à quiconque de manger sain ou sans pesticide. C’est une vision que nous défendons partout sur le site si vous consultez la rubrique alimentation. Il s’agit bien entendu d’un mot réservé à un comportement extrême, donc applicable à une poignée de gens.

    • Le soucis c’est que nulle part dans l’article il est expliqué que c’est lié au extrémiste, aux gens qui sont sont vraiment à côté de la plaque. En lisant l’article, je me suis dit : “mais merde on va pas manger des conneries pour faire comme tout le monde et se sociabiliser autour d’un mcdo ou d’un saumon aux antibiotiques”

      De plus il ne faut pas être orthorexique pour penser qu’une bonne alimentation est synonyme de bonne santé. Tous les plus grands médecins et chercheurs l’ont prouvés.

      Donc bon cet article met vraiment mal à l’aise et on dirait que votre ligne éditorial change depuis quelques temps, je ne sais pas. Enfin..

  7. On est ce que l’on pense et ce que l’on mange. Les conclusions ne sont pas difficiles à tirer.
    Bon appétit !

  8. Très surprenant en effet cet article sur Consoglobe… S’il y évidemment des extrémistes et des obsessionnels partout, l’idée de manger sainement, des produits frais et bons qui ne provoquent pas d’intolérance et pourquoi pas, locaux et de saison tant qu’à faire, ne me semble pas absurde. En tout cas je félicite le lobby de l’agro-alimentaire mais pas Emma la journaliste de Consoglobe.

    • Alan

      Bonjour,
      avez-vous lu l’article en entier ? Il ne s’agit en aucun cas de reprocher à quiconque de manger sainement, c’est bien l’obsession qui est au coeur de l’article, et non la recherche d’aliments sains. Tout excès est dangereux et dans l’orthorexie, comme expliqué en page 2, il s’agit bien de la privation de nombreux aliments et pas seulement de rechercher des aliments sans pesticide ou autre.
      Bien cordialement.

  9. bonjour, il y a suffisamment de jeunes qui picolent, fument n’importe quoi, se bousillent la santé. et on nous présente ça comme “phénomène de société”.

    A tout prendre je préfère ceux qui font attention, moi même je le fais, sans que ce soit une obsession. La seule chose à leur dire, c’est de rester raisonnable, mais quand on voit dans les hôpitaux psy des jeunes de tous milieux sociaux qui arrivent pour plusieurs causes, notamment tous les excès, à tout prendre, il vaudrait mieux suivre la mode des orthorexiques que des alcooliques et des drogués, qui seront à la charge de la société.

    • Alan

      Vous le soulignez bien, “rester raisonnable” 🙂 Un orthorexique sera aussi à la charge de la société comme vous dites, à force de privation. On parle bien ici d’un cas extrême et non de faire attention au quotidien, ce qu’on vous conseille partout sur consoGlobe 😉

  10. tout excès dans toute chose est néfaste peut être c’est de cela que parle votre article mais pour ma part quand on regarde les statistiques des cancers pour les séniors que nous serons mon choix est vite fait
    Saint bio préserves moi !!

  11. Je ne suis allergique à rien, sauf à l’infamie de l’ agro alimentaire, et à ceux qui torturent les animaux, dans des élevages atroces ( la majorité )Certes manger du Monsanto est bien plus normal, et rapporte tellement de fric ! Si en effet des gens font hyper attention à ce qu’on leur vend ( médicaments y compris) ce n ‘est pas sans raisons ! De plus en plus de cancers chez les jeunes enfants..Maintenant ” ils ” ne peuvent plus arguer de dépistage précoce ! Les gens, en plus des produits aspergés aux pesticides, mangent dans la viande, des hormones, antibiotiques et cerise sur le gâteau, la souffrance de l’ animal.
    Il faudrait inventer un mot pour définir ceux qui empoisonnent la planète et ses habitants, au nom de leur Dieu..le FRIC ! Les malades, qui sont-ils ? ceux qui essayent de protéger les leurs et eux mêmes, où ceux qui les empoisonnent ?

  12. Quel afflux de réactions en tout genre, et l’instinctothérapie dans tout ça ?

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