Quels défis pour la cacaoculture de demain ?

Sur des terres touchées par la déforestation au Pérou, la société française Forestera reboise des espaces agricoles, en mélangeant cultures de cacao et essences forestières natives de la région. Rencontre avec Lenny Martinez, responsable de projet au sein de ForestFinance France.

Rédigé par Séverine Bascot, le 24 May 2017, à 17 h 10 min
Publi-communiqué

Le projet Forestera est la concrétisation en amont du développement d’un cacao respectueux de l’environnement et vecteur de développement économique pour les populations d’Amérique Latine.  Forestera est aussi un clin d’oeil à une famille de cacaoyers d’Amérique du Sud, les Forasteros.

Avec Forestera, planter des arbres et du cacao pour relancer l’économie locale

Nous avons rencontré Lenny Martinez qui nous parle de Forestera, du marché du cacao fin et de mesure d’impact social et environnemental.

Cacaoyers © Forestera

consoGlobe.com – Quelle est la structure derrière Forestera ?

Lenny Martinez  : Forest Finance France vient de créer avec Forestera, une filiale opérationnelle spécialisée dans la reforestation tropicale. Nous ne sommes pas des financiers, comme le nom pourrait le laisser présager.

Forest Finance France est une société agricole et forestière (qui dispose de l’agrément Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale depuis 2015) dont l’objectif est de trouver des solutions durables à la déforestation intensive. La déforestation n’est pas une fatalité, mais répond bien souvent à des problématiques de survie. Nous travaillons donc avec les populations locales au développement de projets forestiers écologiques et économiquement viables.

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Au Pérou, nous souhaitons agir avec les acteurs locaux au développement du territoire sur le long terme à travers la mise en place de nouvelles parcelles cacaoyères en partant de terrains déforestés : création d’emplois, développement d’une filière autour de la production et de la transformation, promotion de pratiques agricoles durables, reboisement de parcelles déforestées. Nous nous appuyons pour la réalisation de ce projet sur l’infrastructure et l’expertise de notre partenaire, Forest Finance Allemagne, qui mène des projets de reforestation tropicale depuis 22 ans et est présente dans cette région péruvienne depuis 2012.

consoGlobe.com – Qu’est-ce qu’un cacao fin et comment reconnaît-on sa qualité du point de vue du producteur ?

Lenny Martinez  : Il existe deux grandes familles de cacao et de multiples variétés. Un cacao courant de moindre qualité dont les prix sont fixés par les cours boursiers, et un cacao fin offrant des arômes plus subtils destiné au marché des chocolatiers qui ont à coeur de travailler des produits d’origine.

Forestera

Cabosse de cacao fraîche © Forestera

Nous considérons à ce titre trois aspects dans la qualité d’un cacao fin :

  • ses caractéristiques organoleptiques (le goût), en sachant que les précurseurs des arômes se développent dès la phase de fermentation et de séchage des fèves ;
  • ses caractéristiques géographiques (sa provenance mais également les conditions de production) ;
  • sa traçabilité (variété génétique, zone de production).

consoGlobe.com – Quels sont, selon vous, les principaux défis que la filière cacao doit relever ?

Lenny Martinez  : La filière du cacao est caractérisée par d’importantes disparités à plusieurs niveaux : concentration des zones de production, domination du marché par quelques multinationales couplée à une grande précarité pour les producteurs, influence de la culture de cacao sur la déforestation, vieillissement des parcelles…

Ces disparités et leurs multiples interactions génèrent des difficultés économiques, sociales et environnementales qui freinent le développement pérenne de la filière et amènent les petits producteurs à s’orienter vers d’autres cultures plus lucratives. Une pression à la production est également exercée auprès des producteurs, avec comme conséquence directe la mise en place de clones de cacaoyers à croissance rapide, mettant à mal les variétés locales et la condition des sols.

forestera

Cabosses de cacao © Forestera

La filière du cacao doit donc évoluer rapidement pour relever et conjuguer les défis que sont la durabilité et les conditions de vie des petits producteurs. Ceci passe notamment par une réduction des intrants, des améliorations dans le dispositif post-récoltes et surtout une juste rémunération des producteurs de cacao.

consoGlobe.com – En quoi Forestera se différencie-t-elle d’autres productions de cacao équitable ?

Lenny Martinez  : Notre volonté est de recréer des agrosystèmes durables en plantant de nombreuses essences fruitières et forestières aux côtés des cacaoyers, afin de favoriser le retour de forêts et de la biodiversité sur ces terres agricoles compactées. Nous faisons porter nos projets par des locaux qui assurent la gestion des plantations au quotidien. Nous certifions la production responsable des fèves, et planifions une certification bio. Nous considérons qu’un cacao durable et équitable doit également prendre en considération l’origine des variétés de cacao plantées. Certaines, développées en laboratoire dans une logique d’amélioration des rendements, menacent la biodiversité des essences cacaotées de la planète !

Par exemple, dans une région de San Martin, où plus de 90 % du cacao est du CCN-51  (variété hybride très productive mais qui n’a pas la richesse en arôme des cacaos) à fort usage d’intrants, nous souhaitons travailler des variétés de cacao fin endémique du Pérou et de la région de San Martin. Pour cela, nous collaborons avec le centre de recherche en agriculture tropicale de Tarapoto qui dispose de vastes jardins clonaux dans lesquels poussent des variétés de cacao anciennes.

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Marisol Najarro, la directrice Forest Finance au Pérou © Forestera

consoGlobe.com – Comment s’opère l’évaluation d’un projet agricole ? Quels sont les indicateurs d’impact sur lesquels vous vous penchez ?

Lenny Martinez  : Dans un premier temps, ce travail porte sur la réalisation d’un état des lieux de la situation sociale et économique de la région voire du pays, afin de contextualiser les données pour mieux en mesurer les évolutions. Nous basons l’évaluation de notre action sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Cette évaluation s’opère à la fois sur la zone du projet, mais également sur l’ensemble de la zone géographique et humaine d’influence. Il s’agit d’améliorer constamment notre approche terrain tout en faisant remonter aux personnes et institutions qui nous soutiennent les informations clés du projet.

D’un point de vue social, nous considérons 4 grands critères de suivi déclinées ensuite en sous rubriques :

  • conditions matérielles et niveau de vie
  • santé/alimentation
  • formation scolarisation
  • relations communautaires

La collecte des données sur le volet environnemental va bien au-delà des impacts directs tels que : le nombre d’arbres plantés (essences fruitières/légumineuses/ forestières), les hectares de sol restaurés, le nombre de plantules cultivés en pépinières, les surfaces de forêts préservées, le rendement des cultures, etc.

Forestera

Le paresseux aussi aime le cacao ! © Forestera

Nous nous appuyons également sur d’autres marqueurs clés tels que l’étude de la fertilité des sols, de la qualité de l’eau, de la faune et flore présentes et réintroduites.

consoGlobe.com – Vous avez choisi d’impliquer des investisseurs particuliers à Forestera. Comment et pourquoi ?

Lenny Martinez  : Il est important pour nous d’impliquer les particuliers dans ce projet. Cela nous permet d’une part d’utiliser le cadre de notre activité pour continuer à sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de la reforestation et de la préservation des espaces forestiers existants, et d’autre part de permettre à ceux qui le souhaitent de s’engager à nos côtés pour agir.

Vous pouvez prendre part à ce projet en participant à l’augmentation de capital en cours et en devenant associé de Forestera sur la plateforme de financement participatif Wiseed jusqu’à fin mai 2017. Le montant minimum de l’investissement est de 100 euros.

Vous contribuez ainsi à la métamorphose d’une filière en la rendant plus transparente, plus équitable, avec une vision globale de la chaîne de valeur, de la fève de cacao à la tablette de chocolat.

Illustration bannière : Petites cabosses de cacao – © Forestera
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