La chute du régime : peut-on désirer une perte ?

Rédigé par Catherine Grangeard, le 27 Dec 2012, à 12 h 47 min

consoGlobe vous présente aujourd’hui un dossier original sur la question du régime. Trois volets articulent la démonstration de la psychanalyste Catherine Grangeard.

-> Lisez la première partie – La chute du régime : pourquoi cette faim de régime ?

Comprendre ce qui fait le succès des régimes sera notre fil conducteur.

Savez-vous que Dukan est numéro un des ventes en librairie ? Connaissez-vous les chiffres du marché de la minceur ? C’est énorme. Il est indispensable de saisir les mécanismes qui portent ceci et cela. On ne peut se contenter de le regretter.


PEUT-ON DÉSIRER UNE PERTE ?

 

Comme on l’a déjà vu, les pertes renvoient toujours à d’autres pertes, aux premières pertes. Tout d’abord la perte de la fusion avec la mère qui commence à la naissance, puis toutes les autres, inévitables, au cours du développement de l’enfant. La façon dont ces pertes auront été vécues colore l’idée même de perte, quel qu’en soit le domaine. L’ultime perte étant celle de la vie, peut-on envisager tout cela sans ambivalence ?

Peut-on vraiment alors désirer perdre du poids ? Si la crainte de perdre une partie de soi-même est  associée, les difficultés sont alors plus compréhensibles. Une partie veut perdre du poids et une autre partie de soi ne veut pas risquer de s’y perdre en tant que sujet.

« Stabiliser ce poids devrait être facile« 

Passons par une démonstration à l’envers : si le déséquilibre alimentaire et le manque d’activités physiques expliquaient l’obésité à eux seuls, une fois l’objectif de poids atteint, stabiliser ce poids devrait être facile.

Y aurait-il 95 % d’échecs cinq ans plus tard, comme nous l’apprennent les études d’évaluation, si sans la moindre ambivalence, le seul objectif était d’atteindre ce poids-là, d’avoir cette silhouette ?

Les efforts de privation qui font le succès temporaire des régimes sont douloureux. Logiquement, annuler un résultat si difficile à atteindre ne devrait concerner qu’une petite minorité de personnes en difficulté psychologique. Un tel ordre de grandeur dans les résultats, quelles que soient les méthodes de régimes concernées, suggère qu’une autre logique que celle du résultat énoncé est en fait aux commandes.

Il n’y a pas de personnalité obèse

Tous ces individus ne se ressemblent pas, il n’y a pas de personnalité obèse, mais quelque chose est identique dans ce qui s’oppose à la perte de poids énoncée comme tellement voulue.

Faut-il avancer la maltraitance, le masochisme : prendre plaisir à se faire du mal en s’empêchant de manger naturellement ? Car, dans un régime, on ne suit pas ses sensations internes. Il s’agit de casser des habitudes, mauvaises, de remplacer ses propres habitudes, mauvaises donc, par d’autres dictées par l’extérieur. Les règles à suivre, non naturelles, sont censées être bonnes pour soi. Autrement dit, c’est se décrédibiliser au profit de ce régime tout-puissant, réputé savoir ce qui convient, mieux que soi. La frustration est induite de fait.

La fin de la tyrannie du régime ?

Si le sujet a toujours tort, si le régime est par définition bon, que ressent celui pour qui « ça ne marche pas » ?

Il ressent qu’il a encore raté. Il s’en veut. Le médecin aussi est déçu, mécontent.

Les prescripteurs de régime font croire que, par une modification temporaire, des résultats permanents sont possibles.

Il a bien voulu y croire, direz-vous. Bien sûr, c’est ce qu’a envie d’entendre celui qui espère, contre toute attente, qu’il puisse être possible de résoudre simplement son problème complexe ; bien sûr, puisque le régime infantilise le sujet en lui promettant qu’à le suivre l’affaire sera réglée. Voilà pourquoi les gens abandonnent leur raison au profit de l’illusion.

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Catherine est psychologue et psychanalyste, membre de réseaux de prise en charge de personnes obèses, enfants adolescents et par ailleurs est attachée à...

2 commentaires Donnez votre avis
  1. Ou comment porter un poids qui ne nous appartient pas.

  2. Les sources du problème de l’odésité ne s’expliquent pas que par le rapport à soi, la culpabilité et la notion de perte. Elle remonte plus en amont dans lévolution de notre société de consommation, la distention du lien entre les aliments bruts et le plat dans l’assiette, la culture familliale de la mal bouffe qui n’est pas jugée comme telle mais comme normalité alimentaire, la déconnection entre ce que nous fournit la terre en fonction des saisons et ce que l’on trouve dans les supermarchés, la passivité face à des produits contenant des composants non naturels, la perte ou la méconnaisance du goût des choses simples…Selon mon point de vue, un adulte qui a été mal éduqué enfant, pourra rechercher une fois adulte les mêmes sensations alimentaires qu’enfant pour se rassurer… Celui qui aura le souvenir d’une bonne pizza bien grasse achetée toute faite et partagée en famille dans un moment heureux aura plus de mal à s’imaginer un poulet fermiers roti servi avec des haricots vert frais épluchés le matin et cuits à la vapeur avec un peu de sel et de beurre frais. l’obésité est sociétale, culturelle… L’aspect psychlogique est certe bien présent mais les peurs de pertes ont tujours existé, même à l’époque ou l’alimentation disponible rendait les gens moins gros… Il y a donc du boulot pour s’attaquer à la racine du mal !

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