Prescrire moins de médicaments : vers une médecine plus durable ?

Les Français sont de grands consommateurs de médicaments. Si nous décidons de consommer mieux dans vie courante, pourquoi ne pas mieux se soigner également ? C’est le parti pris du mouvement « Choosing Wisely », qui invite à prescrire moins pour une meilleure prise en charge du patient.

Rédigé par Marine Tertrais, le 4 Nov 2017, à 10 h 15 min

L’hypermédication est un phénomène qui touche de nombreux pays. La France n’est pas épargnée. Pour la combattre, certains médecins américains ont créé l’initiative « Choosing Wisely » (« choisir sagement »), qui vise à prescrire moins de médicaments pour soigner mieux les patients.

Lutter efficacement contre l’hypermédication

Selon le dernier Panorama santé de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les Français sont de gros consommateurs de médicaments. La France est le troisième pays d’Europe qui prescrit le plus d’antibiotiques, derrière la Grèce et la Roumanie. Tous médicaments confondus, les pays les plus consommateurs de médicaments sont les États-Unis et le Japon.

Les chiffres du Planetoscope : la consommation de médicaments dans le monde

En moyenne, les dépenses de santé réalisées par les différents pays s’élèvent à 8,9 % de leur PIB. La France est légèrement au-dessus de cette moyenne, à 10,9 % du PIB. Pour lutter contre cette hypermédication, des médecins américains ont initié en 2012 le mouvement « Choosing Wisely », qui vise à diminuer les prescriptions médicales en ne conservant que les traitements indispensables à la santé du patient.

Le mouvement « Choosing Wisely »

Le mouvement s’est développé dans d’autres pays du monde. Des médecins du Canada, du Brésil, d’Australie, d’Inde, du Japon, du Royaume-Uni, d’Allemagne et de France ont décidé d’ajuster au mieux leurs diagnostics pour éviter les prescriptions inutiles. Mais cela est-il bénéfique pour les patients ? Une équipe de chercheurs de l’université du Michigan, aux États-Unis, a cherché à faire un bilan.

L’idée était de « prendre l’initiative de définir quand des tests ou des traitements ne sont pas nécessaires ou qu’ils sont délétères », notent-ils dans la revue Health Affairs. « L’accent a été mis en grande partie sur le changement de la culture médicale, qui a longtemps épousé la croyance qu’en matière de soins, le plus est le mieux ». Selon eux, ce grand mouvement de médecine durable, même s’il ne fait que commencer, aurait porté ses fruits, notamment pour la santé des patients.

consultation médecin

© Andrei_R

Une meilleure prise en charge des patients

20 à 25 % des actes médicaux seraient actuellement totalement inutiles et cela a un impact concret sur la santé des patients. « Plus le patient prend de substances différentes, plus il s’expose à des effets secondaires », explique le Dr Omar Kherad, médecin chef du Service de médecine interne de l’Hôpital de la Tour, à nos confrères du magazine Planète Santé. « À force de prescrire, on perd le contrôle de ce qu’on fait. Il faut faire preuve de prudence ».

Pour amplifier le phénomène, peut-être pourrait-on commencer par arrêter le remboursement des médicaments considérés comme inefficaces ? Le mouvement « Choosing Wisely » s’est fixé quelques objectifs. Il faudrait notamment éviter les bilans radiologiques pour une lombalgie non-spécifique, éviter la prescription d’antibiotiques en cas d’infection des voies aériennes supérieures sans signes de gravité, ou encore arrêter la prescription systématique du PSA (Prostate-Specific Antigen), un dosage sanguin pour détecter le cancer de la prostate chez l’homme.

Cette nouvelle manière d’exercer la médecine possède nombreux avantages. Elle mérite qu’on s’y intéresse. Mais pour qu’elle trouve vraiment sa place dans notre société, c’est un changement de fond qu’il faut opérer, notamment dans les mentalités.

Illustration bannière : Trop de médicaments encore prescrits- © Orawan Pattarawimonchai
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Journaliste web depuis 2010

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