Élevage, épidémies et biodiversité : une équation (pas si) difficile

Selon une nouvelle étude du Cirad, l’accroissement du bétail sur l’ensemble de la planète impacte directement la faune sauvage et le nombre d’épidémies chez l’homme et l’animal domestique.

Rédigé par Paul Malo, le 26 Jul 2020, à 12 h 54 min

Et s’il existait un lien entre la croissance mondiale d’élevage de bétail et les pandémies ? Cela constitue-t-il une menace pour la biodiversité et la possibilité d’augmenter les risques sanitaires pour les humains et les animaux domestiques ? C’est sur ces sujets que s’est penché Serge Morand, chercheur au Cirad  (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)  en Thaïlande, détaché du CNRS, dont l’étude vient d’être publiée dans la revue Biological Conversation(1).

Un lien établi entre le bétail et perte de biodiversité

Cette étude a croisé plusieurs bases de données ouvertes quant à la santé humaine et animale, l’augmentation du bétail et la perte de biodiversité.

Les terres agricoles croquent dans les forêts à pleines dents pour nourrir de plus en plus de bétail © PARALAXIS

« Une première analyse montre que le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans chaque pays (16.994 épidémies pour 254 maladies infectieuses entre 1960 et 2019) augmente en corrélation avec la perte locale de biodiversité.  L’émergence d’épidémies constituerait donc un marqueur inquiétant pour la conservation des espèces », estime le chercheur.

L’accroissement mondial du bétail constituerait même une menace pour la biodiversité. « La relation entre le nombre d’espèces en danger et celui des épidémies augmente jusqu’à atteindre un pic avant de diminuer, précise le  Cirad dans son communiqué de presse. Cependant, le risque épidémique ne diminue pas avec la disparition des espèces, il est au contraire relayé par l’augmentation du nombre de têtes de bétail ».

Lire aussi : Les fermes d’élevage, des nids à superbactéries résistantes aux antibiotiques ?

Un lien direct avec les épidémies

Selon Serge Morand, « l’accroissement du bétail sur l’ensemble de la planète impacte directement la faune sauvage et le nombre d’épidémies chez l’homme et l’animal domestique ».
Avec cette étude, un nouveau sujet de réflexion s’ouvre aux chercheurs : il faut réfléchir à la place de l’animal d’élevage ainsi qu’à sa croissance dans le monde. Dit autrement, quelle place commune définir pour les animaux sauvages comme domestiques si l’on veut à la fois diminuer les risques sanitaires et protéger la biodiversité ?

Un pont épidémiologique

« Les maladies infectieuses, la perte de biodiversité et l’expansion du cheptel sont en augmentation dans le monde, et l’examen des modèles qui les lient est important pour la santé publique et la conservation », et cette étude est une première tentative d’analyse globale de ces modèles.

Or « une association positive entre le nombre de maladies infectieuses et parasitaires enregistrées chez l’homme et le nombre total d’espèces animales entre les nations a été observée. Une association positive similaire entre le nombre de maladies infectieuses humaines et le nombre d’espèces animales menacées suggère que la hausse des maladies infectieuses humaines est liée à la menace sur la biodiversité ».

Les élevages sont des foyers épidémiques © Jenoche

Dans le contexte de pandémie de Covid-19 que connaît l’humanité, cette étude du CIRAD appelle également à réfléchir rapidement quant au rôle exact joué par le bétail en situation pandémique.
En effet, d’un côté, « la demande en protéines végétales nécessaires à sa nourriture contribue à la diminution des aires d’animaux sauvages ». De l’autre, « sa place en tant que pont épidémiologique favorise le passage des agents infectieux du monde animal à l’espèce humaine ».

Illustration bannière : ‘Les maladies infectieuses, la perte de biodiversité et l’expansion du cheptel sont en augmentation dans le monde’ © Erich Sacco
Références :
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