La mycorhize pour une deuxième révolution verte ?

Des relations complexes s’établissent entre les racines des plantes et des champignons, c’est la mycorhize.  Son étude pourrait permettre de développer des technologies qui révolutionneraient les pratiques agricoles, et certains n’hésitent pas à parler d’une deuxième révolution verte !

Rédigé par Paul Boucher, le 19 Mar 2017, à 10 h 30 min

Une agriculture plus durable sur des bases scientifiques modernes

La première révolution verte était fondée essentiellement sur l’amélioration génétique. Mais à l’époque, on ne comprenait pas bien la relation mycorhizienne. Depuis quelques années, les études scientifiques ont permis de mettre au point des technologiques nouvelles et la deuxième révolution pourrait passer par une utilisation optimisée de la relation symbiotique entre champignons et plantes.


Les mycorhizes, une symbiose plante-champignon par Epaulbourgogne

Il y a deux moyens de créer ou de recréer cette relation essentielle à la santé de la plante :

  • traiter les racines ou le sol avec des « inoculums », des suspensions de spores (sous forme de liquide, de poudre, ou de gel). Cette technique est utilisée, entre autres, en Inde et au Canada.
  • changer les méthodes de culture – réduire ou éliminer les intrants chimiques, ainsi que le labourage du sol, utiliser la plantation intermédiaire – pour favoriser la production de souches indigènes de champignons. Cette seconde solution, que l’on pourrait appeler l’approche agro-écologique, nous rapproche de l’agriculture biologique ou biodynamique, et de l’agroforesterie.

Les applications à l’agriculture et à la foresterie sont multiples. La plus évidente est la culture des truffes. L’agriculture française évolue (lentement) vers une prise de conscience. L’objectif Ecophyto2018 devrait conduire les cultivateurs à utiliser moins d’engrais chimiques et à désherber mécaniquement ou biologiquement, ce qui sera favorable au potentiel mycorhizien du sol.

La foresterie peut aussi bénéficier de ces recherches. Des sols appauvris par trop de coupes rases, qui ne parviennent plus à se régénérer peuvent être améliorés de façon significative par ces techniques.

Une expérience unique d’agroforesterie dans l’Ain

Une technique de traitement des racines mis au point par le laboratoire Agronutrition pour l’agriculture et expérimentée par les Pépinières Daniel Soupe, à Chatillon-sur-Chalaronne, a été appliquée, sous l’égide de Fransylva, le Syndicat des forestiers privés de l’Ain, à la replantation expérimentale de quelques 3.000 arbres à Châtenay (région Auvergne-Rhône-Alpes), sur une parcelle de 3,8 ha.

© Roman Rvachov – Shutterstock

Emmanuelle Unrein, chargée de mission au syndicat, dépeint la situation :

« Un panel de propriétaires souhaitent agir. Mais, beaucoup d’arbres sont malades. Et cela fait plusieurs fois que des plantations ont lieu et que peu d’arbres prennent. Sur la parcelle de Châtenay, 800 chênes pédonculés ont été plantés l’an dernier. Seuls quatre ou cinq ont survécu. »(3)

« Ce projet emblématique en biodynamie est une fantastique opportunité de renforcer l’état des connaissances sur la durabilité des forêts françaises dans un contexte de changement climatique », indique Stéphane Hallaire, président de Reforest’Action, qui a soutenu le projet financièrement. « Nous plébiscitons les méthodes de plantation favorisant le renouvellement d’une forêt multifonctionnelle et la fourniture durable de services écosytémiques, c’est la raison pour laquelle cette expérimentation nous tient particulièrement à coeur », ajoute-t-il.(7)

« Alors que la production d’inoculum par multiplication de mycorhizes au niveau racinaire peut s’avérer rentable sur des cultures horticoles ou pérennes comme la vigne ou des vergers, pour les grandes cultures nous devons trouver un inoculum qui nous permette d’intervenir sur de grandes surfaces. Or, les investissements financiers sont encore limités en ce domaine », regrette Silvio Gianinazzi du CNRS-INRA.

mycorhize, truffe

Application de la mykorhize : la culture des truffes © grafvision Shutterstock

Est-ce qu’il n’y a pas un nouveau danger ici, comme le signale Olivier Barbier, président de l’École d’Agriculture naturelle, celui de jouer à l’apprenti sorcier avec la biologie ?

« À chaque fois que les agronomes ont voulu disperser une espèce pour améliorer les rendements (renards en Australie pour lutter contre les lapins, coccinelle Harmonia en Europe pour lutter contre les pucerons, renouée du Japon pour fixer et dépolluer les sols, etc.), cela a provoqué une catastrophe, nous dit-il.

Pourquoi est-ce que ce serait différent avec les inoculats de champignons ? Les espèces élevées et lâchées ne vont-elles pas détruire les formes autochtones ? Pourquoi ne pas arrêter le labour pour laisser vivre les champignons plutôt que de les tuer en labourant pour ensemencer ensuite avec des espèces plus ou moins exotiques ? »

Ainsi les travaux scientifiques sur la mycorhize semblent ouvrir des perspectives extrêmement intéressantes pour l’agriculture de demain, permettant de passer de « l’exploitation » du sol à l’art de travailler avec lui. Cependant, comme avec toute découverte nouvelle, il faut rester vigilant.

 

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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

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