Burn out ? Déprime ? Comment faire la différence

Stress et anxiété font assez vite tomber dans un cercle vicieux de négativité et d’épuisement. Tristesse, perte de motivation et de l’estime de soi à la maison comme au travail sont des indicateurs qui ne trompent pas : mais quelle est la différence entre la déprime et le burn out ? Entretien avec Anne-France Bouchy, spécialiste du burn out.

Rédigé par Juliette De La Salle, le 26 Oct 2020, à 18 h 00 min

Le petit coup de blues, ni même la dépression ne sont comparables au burn out. Véritable phénomène de société, dont on entend parler quasi quotidiennement, il s’agit d’un syndrome aux caractéristiques bien particulières. Selon Santé publique France en 2019, 30.000 personnes seraient touchées en France. L’OMS classe ce syndrome comme un « phénomène lié au travail » mais pas comme une maladie. Décryptons le phénomène.

Rencontre avec Anne-France Bouchy, spécialiste du burn out

Pour en apprendre plus sur ce syndrome, consoGlobe.com a interrogé la psychothérapeute Anne-France Bouchy, une spécialiste reconnue du burn out.

consoGlobe.com : quelle est la différence entre une déprime et un burn out

Anne-France Bouchy – Dans les deux cas, on se sent découragé et triste, fatigué émotionnellement, on reste à l’écart, on lutte avec des troubles de mémoire et de concentration, d’hypersensibilité, on dort mal, on perd ou prend du poids… Mais la différence entre un état dépressif et le burn out est liée au contexte.

Le burn out, se consumer de l’intérieur…   © Lightspring

En effet, le burn out est un épisode, uniquement ancré dans la sphère professionnelle, d’épuisement au travail. Tel un forçat du travail, on s’implique de façon excessive, et on entre dans une spirale de fatigue chronique.

Le terme de burn out, vient de « brûler » en anglais, traduit bien l’effet d’une combustion progressive ou brutale, et parfois irréversible, de l’intérieur du corps. L’organisme ayant besoin d’énergie pour affronter le stress, il travaille en surrégime jusqu’à l’épuisement voire même à la propre destruction du corps.

Lors d’un coup de déprime ou même d’une dépression, il est souvent possible de  continuer à travailler : il faut avant tout faire attention à soi, éventuellement consulter un médecin et dans les cas les plus graves, suivre un traitement. Un arrêt de travail est souvent source d’un immense soulagement.

Mais pour les victimes d’un burn out, il n’est plus possible du tout d’aller travailler, et un arrêt de travail s’impose. Souvent, lorsqu’on en est à faire un burn out, cette mise à distance du travail, devenu une drogue, est difficile à accepter, et on se sent coupable et « en manque ».

Selon le baromètre Malakoff Médéric Humanis – La santé au travail édition 2019 – 70 % des salariés considèrent que leur travail provoque une grande fatigue nerveuse. La moitié d’entre eux pratiquent un sport pour mieux gérer le stress lié au travail et environ 20 % envisagent de recourir à la méditation, à la sophrologie ou au yoga après avoir vécu le stress au travail.

Et les salariés deviennent de plus en plus des acteurs de la santé et de la qualité de vie au travail. La moitié d’entre eux pratiquent un sport pour mieux gérer le stress lié au travail et environ 20 % envisagent de recourir à la méditation, à la sophrologie ou au yoga après avoir vécu le stress au travail.

consoGlobe.com : une déprime peut-elle mener à un burn out ?

Anne-France Bouchy – Psychologues et psychiatres sont tous d’accord : ce n’est pas comparable même si certains symptômes sont parfois les mêmes dans les cas de déprime extrême comme la dépression, et de burn out.

Lors d’un épisode de blues, ou d’une dépression, on se retrouve dans une spirale descendante, qui fait dire « plus ça va moins je peux en faire ». À l’inverse, le burn out peut être assimilé à une spirale ascendante : certaines personnes, hyper perfectionnistes et travailleuses, peuvent être sujettes à un épuisement émotionnel, c’est-à-dire l’aboutissement final du stress. La tension monte, monte, monte, et à un moment donné, on s’écroule d’un seul coup.

Une personne en burn out va vouloir aller travailler un matin, et elle ne pourra pas : même si son mental lui dit d’y aller, son corps reste cloué. Elle ne s’est pas écoutée, et a beaucoup trop travaillé, jusqu’à l’épuisement. Et c’est alors, le corps qui prend le relai.

consoGlobe.com : quels sont les signes du burn out et comment le prévenir ?

Anne-France Bouchy – La première chose est de parvenir à revoir certaines exigences de perfectionnisme, d’idéaux très élevés avec des buts difficiles à atteindre, à la baisse. Il est aussi important de reconnaître les premiers symptômes et savoir s’arrêter à temps.

Quels sont les symptômes d’un burn out ?

Au début, on traverse un trouble de l’adaptation, avec des problèmes d’interaction avec l’environnement. Souvent, les personnes deviennent agressives, ne supportent plus les autres, et vont avoir tendance tout d’un coup à s’isoler, et à ne plus écouter signaux dans leur vie quotidienne.

En plein burn out, la personne va se mettre à agir de façon très robotique : c’est le symptôme de dépersonnalisation. Elle ne réfléchit même plus à ce qu’elle fait, et continue sur sa lancée comme une machine.

Apparaissent alors aussi des pathologies liées au stress qui, en secouant l’organisme et déprimant tout le système de défense, peut être à l’origine d’un AVC, d’asthme, de psoriasis, ou encore d’une dépression profonde.

Lire aussi – L’EFT, une technique de libération émotionnelle accessible à tou·te·s

consoGlobe.com : que faut-il faire lorsque l’on se reconnaît dans ces symptômes ?

Anne-France Bouchy – Dans un premier temps, il faut aller voir son manager afin de lui dire qu’on est épuisé. De nombreuses études montrent qu’une mauvaise définition du poste est souvent une source de stress important. Une activité professionnelle bien circonscrite, bien définie peut éviter des dérapages.

Les personnes salariées qui font un burn out ont la plupart du temps, du mal à déléguer ou veulent faire le travail de plusieurs. Elles sont aussi attachées à leur poste, veulent honorer leur contrat et se surengagent. L’évolution du travail et la conjoncture économique de ces dernières décennies viennent exacerber tout cela.

Patrons d’entreprise et professions libérales sont également concernés par le burn out. Dans ces cas là, c’est en détectant les premiers signes de troubles dans l’interaction avec autrui que l’on peut dresser un diagnostic.

Le second réflexe est d’aller consulter le médecin du travail et son médecin généraliste qui est lui aussi tout à fait aptes à prendre en charge un burn out sur le plan médical, de même qu’un psychiatre.

consoGlobe.com : quelles sont les professions les plus sensibles au burn out ?

Le bur­nout concerne de façon pré­gnante les pro­fes­sions soi­gnan­tes © insta_photos

Anne-France Bouchy – Le burn out peut frapper n’importe qui, et surtout les personnes ayant des exigences très élevées, que l’on soit faible ou fort. Les perfectionnistes, ceux qui ont tendant à n’écouter personne d’autre qu’eux-mêmes, le personnel soignant ou aidant, les commerçants mais surtout les agriculteurs sont les plus prônes à développer un burn out(4).

Les professions du médical et social ont été les premières impactées par le syndrome d’épuisement professionnel.  Les artisans, commerçant et patron de PME sont souvent surinvestis dans leur travail, les agriculteurs parfois trop isolés et les enseignants qui ont une grosse charge émotionnelle sont au premier rang des professions les plus touchées.

Reconnaître le burn-out – agir contre l’épuisement émotionnel et se retrouver

Comprendre l’épuisement émotionnel avant qu’il soit trop tard La sensation d’être face à un mur en pensant à tout ce qu’il faut accomplir… Des ruminations, une fatigue chronique, le sentiment de ne pas être à la hauteur malgré des efforts considérables au travail, mais aussi à la maison, avec les enfants… Le corps qui ne veut plus suivre…

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Illustration bannière :  le burn out : un syndrome résultant d’un stress chronique au travail © Kaspars Grinvalds
 
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1 commentaire Donnez votre avis
  1. Beaucoup de salariés ressentent au quotidien un malaise souvent lié à la difficulté de s’adapter aux systèmes numérisés transversaux qui les dépassent Comme l’écrit @bernard_jomard il est possible d’éviter le Burn Out lié à la sur-information transparente et continue , cela en respectant quelques règles assez simples à lire sur bernard-jomard.com/2018/03/30/eviter-le-burn-out-detresse-psychologique/

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