Biolait : ‘Du bio… mais aussi de l’équité !’

Biolait est devenu un incontournable du marché du lait bio français aujourd’hui. Son président, Ludovic Billard, nous parle des spécificités de cette filière.

Rédigé par Brigitte Valotto, le 25 Aug 2018, à 8 h 00 min

Producteur dans les Côtes d’Armor, Ludovic Billard nous explique ce qui fait la différence du bio en matière de lait, et les spécificités de Biolait la filière qu’il préside.

Interview de Ludovic Billard, président de Biolait et producteur de lait bio

Ludovic Billard est producteur de lait bio et président de Biolait depuis avril dernier. Il nous raconte son parcours dans la filière bio.

ConsoGlobe – Qu’est-ce qui vous a amené à changer votre mode de production pour vous tourner vers le bio ?

BiolaitLudovic Billard : Quand je me suis installé, en 2003, j’ai tout de suite choisi d’avoir un système de production très herbagé, par goût et par souci écologique. Je voulais privilégier des pratiques respectueuses de l’environnement, du bien-être animal. La première crise du lait, en 2009, a sans doute été un élément déclencheur pour passer totalement au bio.

ConsoGlobe – Comment y parvient-on ?

Ludovic Billard : Il faut savoir que lorsqu’on produit du lait, on produit aussi l’alimentation des vaches (la production de lait « hors sol » n’existe quasiment pas en France).

En bio, on arrête les cultures d’ensilage, on ne garde qu’un peu de maïs… et on remplace presque tout le reste par de l’herbe : chez nous, par exemple, le pâturage représente 57 hectares sur 62, pour nourrir 45 à 50 vaches. On arrête aussi l’utilisation de produits phytosanitaires dans les champs : ce n’est pas difficile, car pour cultiver de l’herbe, on n’a besoin ni d’engrais… ni de désherbants !

ConsoGlobe – Cela génère-t-il un surcoût important ?

Ludovic Billard : Certes, on est obligé d’augmenter un peu les prix, mais on parvient à compenser en partie la baisse de production par une baisse des charges : comme les vaches ne mangent quasiment que de l’herbe, qui est une nourriture totalement équilibrée, elles n’ont plus besoin d’aliments protéinés en supplément.

Donc, on arrête non seulement d’acheter des produits phytosanitaires, puisqu’on ne produit plus de cultures d’ensilage, mais aussi d’acheter des tourteaux de soja, très chers, qui arrivent en camion sur les exploitations.

Les vaches sont en meilleure santé : plus besoin non plus d’acheter des grosses quantités de médicaments et d’antibiotiques ! On n’en donne qu’en cas d’absolue nécessité et on traite surtout en prévention, avec des huiles essentielles. En fait, on intervient le moins possible sur les terres comme sur les animaux, on ménage les deux, et cela génère des économies. Une exploitation bio peut quasiment fonctionner en autonomie !

ConsoGlobe – Qu’est-ce qui vous a paru le plus difficile dans la transition ?

Ludovic Billard : L’aspect psychologique, plus que le bouleversement technique dû au changement de cultures : il faut s’habituer à ce que les vaches donnent moins de lait. En moyenne, on passe de 9.000 à 6.000 litres par an. Or, l’agriculture française est très tournée vers les performances volumiques : on nous enseigne des techniques agricoles basées essentiellement sur ce critère.

En passant au bio, on doit complètement modifier notre façon de tenir nos comptes et de gérer notre exploitation… Je compare souvent l’agriculture à l’automobile : quand elle est conventionnelle, on conduit en Formule 1, avec des bolides qui vont très vite mais sont très fragiles. En bio, on conduit des voitures moins rapides… mais plus robustes, et qui durent longtemps !

ConsoGlobe – Biolait, qu’est-ce que c’est ?

Ludovic Billard : Au début, en 1994, six producteurs de lait bio du Morbihan ne trouvaient pas de laiterie. Ils ont donc décidé d’acheter un camion, de collecter leur lait eux-mêmes et d’aller le vendre.

Aujourd’hui, leur groupement représente 1.200 fermes, des camions répartis sur toute la France, qui fournissent industriels et distributeurs. On collecte le lait de nos adhérents et on essaie de le valoriser au mieux. Au delà, on a une ambition : faire vivre nos producteurs sur 73 départements… et faire vivre le bio !

On est désormais dans une situation assez sereine, avec des prix rémunérateurs, un bon niveau de satisfaction de nos adhérents, moins de variations qu’en conventionnel, une stabilité intéressante pour conduire une ferme.

ConsoGlobe – Quelle sera votre action à la tête de Biolait ?

Ludovic Billard : Dès que je suis passé au bio, j’ai choisi d’entrer dans cette filière. Pouvoir être acteur d’une structure comme celle là, qui participe complètement à la construction et à la croissance d’une filière bio, qui implique les producteurs, leur permet de sortir du seul monde paysan et de monter des partenariats avec de grands distributeurs… c’est précieux. Je suis devenu administrateur et depuis avril dernier, président, dans l’espoir de continuer à développer ce mode d’agriculture.

Illustration bannière : En bio, les vaches ne sont quasiment nourries qu’avec de l’herbe – © Igor Bukhlin
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Journaliste free-lance, Brigitte Valotto est notamment une collaboratrice régulière des pages enfants, société, pratique, tourisme et actu de...

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