Le futur de nos assiettes, les enjeux de l’agroalimentaire

Que mettrons-nous demain dans nos assiettes ? Il est temps de réfléchir aux enjeux primordiaux d’une industrie agroalimentaire respectueuse de l’homme et de la planète, d’envisager de modifier nos habitudes alimentaires de façon durable, et d’imaginer une alimentation qui intègre une agriculture intelligente et relie les hommes entre eux.

Le futur de nos assiettes, les enjeux de l'agroalimentaire

Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), 4,3 milliards de personnes sont malades de leur alimentation. Or, d’ici à 2050, nous passerons de 7 à 9,2 milliards d’habitants sur la planète. Selon la même organisation, cette hausse nécessiterait une augmentation de la production mondiale alimentaire de l’ordre de 60 %. Face à un tel constat et à l’envergure des besoins qui se profilent pour les décennies à venir, il devient pressant de réfléchir aux solutions agricoles et alimentaires de demain.

Des modèles agricoles à bout de souffle en France

La France, pays qui peut se targuer à la fois d’une renommée gastronomique mondiale et d’être l’une des plus grandes puissances agricoles, semble avoir un rôle majeur à jouer dans ces questionnements concernant l’agroalimentaire.

Gilles Fumey, enseignant-chercheur en géographie culturelle de l’alimentation, souligne une actualité alarmante : « Comment ceux qui ont choisi un métier pour nous nourrir, peuvent en arriver à mettre fin à leurs jours ? Est-ce acceptable qu’on laisse un tel phénomène se poursuivre sans réagir ? » Selon lui, le suicide des agriculteurs est une des manifestations d’un modèle agricole français à bout de souffle qui se doit d’évoluer prestement.

À savoir :

Les exploitations françaises survivent grâce aux subventions de la PAC à hauteur de 10 milliards d’euros chaque année.

Par ailleurs, Maxime de Rostolan, à l’initiative du projet Fermes d’Avenir, souligne qu’en plus de ne pas être rentable, notre modèle agricole intensif nous nourrit mal tout en détruisant emplois et environnement.

De son côté, François Colomban, directeur de l’unité Food Discovery de Danone, avance que l’agriculture est « un bijou de l’Humanité qui a été marginalisé avec l’avènement de l’industrie ». Si bien que nos aliments sont devenus comme tout le reste, des marchandises à produire dans les plus grandes quantités possibles avec le coût le plus bas, au détriment de leur rôle premier qui était de nous apporter santé et vitalité.

Envisager l’agriculture et l’alimentation de demain de façon durable ?

Alors, comment apporter une nourriture de qualité au plus grand nombre ? Comment revenir à un modèle d’agriculture en symbiose avec l’Homme et la nature, et qui recrée de l’emploi local ?

Les initiatives se multiplient pour une alimentation qui intègre une agriculture intelligente.

François Colomban mentionne les sources d’alimentation alternatives d’avenir en mentionnant les micro-algues telles que la spiruline ou encore les bactéries. Pour lui, le challenge réside dans « l’association à petites doses de tous les trésors de la nature tout en créant des aliments appétents ».

Sitopia

En fréquentant les espaces de co-working parisiens, Armonia Pierrantozzi s’est rendu compte que malgré le nombre considérable de projets axés sur le renouveau de l’alimentation et de l’agriculture, il n’y avait aucun lieu physique d’expérimentation qui permettait d’en tester la faisabilité grandeur nature « de la fourche à la fourchette ». Pour y remédier, elle a créé Sitopia, du grec « lieu de la nourriture », dans le cadre majestueux du château de Nanterre. Un lieu où tout est à disposition, des terres aux casseroles, en passant par le laboratoire de transformation, pour mettre en oeuvre les idées d’une communauté désireuse de créer la nourriture de demain.

Pour en savoir plus : www.sitopia.org

La ferme de la Bourdaisière

Selon Maxime de Rostolan, « Le problème, c’est la solution », celui de nos exploitations françaises étant la non-rentabilité du modèle, il s’est lancé le défi de la micro-ferme de la Bourdaisière, avec l’objectif de prouver qu’il est possible d’obtenir un emploi pérenne en maraîchage biologique. Les techniques utilisées sont celles d’une agriculture de « bon sens » s’inspirant de la permaculture et de l’ensemble des techniques efficaces de l’agro-écologie. Fort de cette expérience réussie, son but est désormais de développer les micro-fermes sur l’ensemble du territoire français afin de fournir au plus grand nombre une alimentation locale de qualité.

Pour en savoir plus : www.fermesdavenir.org

Jimini’s

À l’heure où l’Homme ne consomme que 14 espèces comme sources de protéines, espèces dont l’élevage impacte fortement l’équilibre de l’écosystème, pourquoi ne pas songer à diversifier notre alimentation et enrichir la proposition alimentaire, à l’aide de nouvelles espèces ?

Clément Scellier, co-fondateur de l’entreprise Jimini’s, rappelle que nous ingérons tous 500 grammes d’insectes par an.  Selon lui, les insectes présentent de multiples intérêts qui apportent des solutions aux problématiques actuelles : un rendement de transformation énergétique énorme (les besoins en nourriture d’un insecte sont infimes comparés à celles d’un boeuf !), un impact environnemental moindre (pas de rejet direct), un besoin d’espace réduit, une forte qualité nutritionnelle. Nombre d’entre nous restent cependant rebutés à l’idée de consommer des insectes, voilà pourquoi Jimini’s intervient sur le marché convivial de l’apéritif afin d’introduire progressivement cette nouvelle source d’alimentation dans les moeurs.

Pour en savoir plus : www.jiminis.com

Comment l’alimentation peut-elle jouer un rôle social ?

Une chose est sûre : l’Homme se doit de redécouvrir ce que la nourriture a d’originel, le rapport au monde, à la terre et aux autres et faire de l’alimentation, un vecteur d’épanouissement social

Avec son association d’aide aux familles sans papiers demandeuses d’asile, Charles Soussan a notamment constaté que le repas est un moment de partage qui revêt une capacité unique à « apaiser les esprits et éloigner de la stigmatisation ». De là, lui est née l’idée de prolonger son action d’accompagnement des familles vers la voie de l’intégration avec une seconde association : Le goût des Autres. En cuisinant pour de nombreux évènements festifs ou culturels de la région nantaise, les femmes immigrées tissent des liens avec les habitants, tout en leur partageant les délices culinaires de leurs cultures.

‘Demain, dans vos assiettes’, la Up Conférence de réflexion sur les modèles agroalimentaires de demain

Tous les enjeux précédemment cités, ont été abordés au Carreau du Temple, le jeudi 21 avril dernier, par le collectif Up d’acteurs du changements positifs et engagés.

Pour rappel, en 2015, les Up Conférences ont réuni 15.000 participants dans 20 villes différentes. Elles se déroulent autour d’invités « inspirants » et d’une thématique spécifique sur les questions d’innovations sociale et environnementale, avec pour mission d’ « anticiper, décloisonner, inspirer ». Véritable prouesse au vue des sujets parfois ardus, elles rassemblent souvent des centaines de personnes.

Ce qui fut le cas à l’occasion de la conférence « Demain, dans vos assiettes », où devant une salle comble, porteurs de projets d’avenir et témoins reconnus ont croisé leurs points de vue. Voici ci-dessous, l’intégralité de la conférence :

Pour en savoir plus : www.up-conferences.fr