‘La Politique Agricole Commune ne crée pas d’emploi’ selon un rapport européen

L’eurodéputé socialiste Éric Andrieu rapporte un triste constat concernant la Politique Agricole Commune : elle n’a pas créé d’emploi dans le secteur agricole en Europe. Alors que faut-il faire ?

'La Politique Agricole Commune ne crée pas d'emploi' selon un rapport européen

Le 26 avril dernier, était présenté à Bruxelles le projet de rapport de l’eurodéputé socialiste Éric Andrieu : « Comment la PAC peut-elle améliorer la création d’emplois dans les zones rurales ? » avec le constat suivant : dans son état actuel la PAC (Politique Agricole Commune) n’a pas créé d’emploi dans le secteur agricole en Europe.

PAC institution européenne agricole

Champs de blé en Angleterre © David Hughes Shutterstock

La Politique Agricole Commune, un dispositif vieux de 54 ans pour chasser le spectre de la famine

L’idée d’une politique agricole commune prend naissance dés la sortie de la seconde guerre mondiale avec comme objectif de chasser la famine du territoire européen. S’appuyant sur des transformations majeures du monde agricole : spécialisation des cultures et sélection des semences, agrandissement des surfaces des champs par le remembrement et utilisation d’engins motorisés, utilisation des produits phytosanitaires issus de l’industrie chimique, elle est mise en oeuvre en 1962.

Elle repose sur trois piliers : un marché agricole unique pour toute l’union européenne, la préférence communautaire avec une protection aux frontières et la solidarité financière avec une redistribution des aides financières qui s’effectuent en fonction des besoins indépendamment des contributions de chaque état membre.

De réforme en reforme, un modèle agricole pauvre en emploi et « privilégiant des logiques quantitatives et essentiellement financières de l’activité agricole »

La PAC a connu plusieurs réformes : mise en place des quotas laitiers en 1984, prime à l’hectare ou à l’animal en 1992, incitation pour les producteurs de s’adapter au marché en 2000, et suppression des quotas laitiers en 2015.

Pour Éric Andrieu, le résultat de ces différentes réformes a eu comme conséquence « un mode de développement agricole dominant s’appuyant sur des exploitations de plus en plus concentrées et spécialisées, pratiquant l’agriculture intensive, substituant progressivement le capital à l’emploi », fragilisant l’agriculture familiale et favorisant le marché à l’export  : 80 % des dépenses de la PAC portent sur des aides directes liées uniquement à la surface des exploitations.

Ce qui a entraîné une chute du nombre d’exploitations :

Le nombre d’exploitations européennes a chuté de 20 % rien qu’entre 2007 et 2013, passant de 13,6 millions à 10,8 millions six ans plus tard, selon les dernières statistiques officielles d’Eurostat
dénonce le Figaro.fr qui a divulgué le rapport

Des solutions pour y remédier proposées dans le projet de rapport d’Eric Andrieu

Face à ce constat le député propose de réorienter les aides de la PAC pour soutenir les exploitations familiales, « créatrices de valeurs ajoutées et d’emplois concurrentiels » et possédant une « plus grande résilience face aux défis du marché et à leur transmissibilité ».

Il est également nécessaire stipule encore le rapport « de mettre en oeuvre une stratégie globale de renouvellement des générations » et d’apporter un « soutien en faveur de modèles agricoles et sylvicoles innovants et plus durables pour la production de biens et services dans l’alimentaire et le non alimentaire (énergies renouvelables, bio économies…) valorisant l’ensemble des ressources de chaque territoire rural et par là même l’emploi ».

Rappelant aux États que des aides existent dans ce sens au sein de la PAC actuelle, tel le paiement redistributif et les aides spécifiques en faveur de l’emploi dans les zones défavorisées.

Un « nouveau contrat social » pour « repenser les objectifs d’une véritable politique publique au service de tous »

© Eddie J. Rodriquez Shutterstock

© Eddie J. Rodriquez Shutterstock

Pour Éric Andrieu « l’agriculture européenne (alimentaire, environnemental, énergétique, climatique…) ne pourra dans sa prochaine réforme faire l’économie d’un nouveau contrat social agricole » qui se réaffirme comme «  l’un des principaux leviers de l’action européenne en matière d’emploi dans les zones rurales » en s’appuyant sur « une agriculture faite d’hommes et de femmes, liée à leurs territoires » et une « approche ascendante (bottom-up) du développement local en prise avec les besoins spécifiques à chaque territoire ».

Illustration bannière : Manifestation d’agriculteurs européens – © prochasson frederic Shutterstock