Pour les scientifiques, l’agriculture biologique peut nourrir 9 milliards d’habitants en 2050

Pendant plusieurs années, l’argument majeur en faveur de l’agriculture conventionnelle était la capacité d’obtenir de meilleurs rendements qu’en agriculture biologique. Cependant plusieurs études dont une récente ont démontré que si cet écart existe actuellement, il peut être fortement diminué.

Pour les scientifiques, l'agriculture biologique peut nourrir 9 milliards d'habitants en 2050

Ce sont deux agronomes, John Reganold et Jonathan Watcher, qui ont publié une étude dans la revue scientifique Nature Plants. Ils démontrent que l’écart de rendement entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle peut être réduit à 9 % avec la polyculture, là où les estimations étaient plutôt de l’ordre de 20 % en 2012.

Rendements de l’agriculture biologique : une étude qui fait écho aux précédentes

Cette nouvelle étude vérifie les conclusions de différentes études publiées en 2014, dont celle du Proceedings of the Royal Society, l’équivalent britannique de l’Académie des sciences française, ainsi que l’étude dirigée par Claire Kremen, professeur de sciences de l’environnement et codirectrice du Berkeley Food Institute de l’Université de Californie, dans laquelle 115 études de 38 pays, portant sur 52 espèces végétales et couvrant 35 années avaient été analysées.

Ces deux études démontraient déjà qu’il était possible de réduire l’écart de rendement entre agricultures biologique et conventionnelle, tout particulièrement en utilisant la polyculture. Avec comme conclusion pour l’étude de Claire Kremen que « des investissements accrus en recherche agroécologique pourraient améliorer les productivités de l’agriculture durable, qui pourraient atteindre, voire dépasser celle de l’agriculture traditionnelle ».

Au-delà de l’amélioration des rendements des bienfaits économiques et sociaux

Au-delà de cet écart de rendement qui se réduit, l’étude de John Reganold et Jonathan Watcher a mis en avant plusieurs avantages que possède l’agriculture biologique face à l’agriculture conventionnelle. Tout d’abord l’agriculture biologique est plus efficace et résiliente en cas de sécheresse sévère, permettant aux agriculteurs d’obtenir des rendements stables et ainsi de se projeter dans l’avenir malgré des conditions climatiques extrêmes.

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Ensuite, sur le plan économique, les agriculteurs dégagent des marges plus importantes. Les produits se vendent en moyenne 32 % plus cher, leur assurant un revenu supérieur de 22 % à 32 % au revenu perçu en agriculture conventionnelle.

Un nouveau regard sur l’agriculture biologique : des agriculteurs et une société civile qui ne s’est pas trompée

Ces études font aussi écho à l’augmentation du nombre de terres cultivées en agriculture biologique. Certes, le pourcentage reste encore marginal, avec fin 2011, 37,2 millions d’hectares cultivés en agriculture biologique soit 0,9 % de la surface agricole totale.

Mais cela correspond à une multiplication de l’emprise territoriale de l’agriculture biologique de 2,4 % entre 2000 et 2010. Il faut ajouter à ce pourcentage différentes initiatives de groupements villageois ou communautés pour cultiver sans produits chimiques, sans pour autant que les terres soient certifiées en agriculture biologique. C’est particulièrement le cas dans l’état du Kerala en Inde, du Bhoutan, aux Philippines et au Brésil.

Notons aussi au niveau national, la présence pour la première fois de l’association Terre de Lien au salon international de l’agriculture à Paris. Cette association permet l’installation d’agriculteurs en agriculture biologique. Une preuve supplémentaire du changement de regard de la société sur l’agriculture biologique.

Une conversion à l’agriculture biologique mais pas que

Cependant pour les deux agronomes, si nous voulons réussir à nourrir 9 milliards d’habitants en 2050, il sera également nécessaire de « réduire le gaspillage alimentaire, améliorer l’accès à la distribution de l’alimentation, stabiliser la population mondiale, éliminer les conversion des cultures en biocarburants et nous orienter vers une alimentation plus tournée vers les végétaux ».