Pour les scientifiques, l’agriculture biologique peut nourrir 9 milliards d’habitants en 2050

Pendant plusieurs années, l’argument majeur en faveur de l’agriculture conventionnelle était la capacité d’obtenir de meilleurs rendements qu’en agriculture biologique. Cependant plusieurs études dont une récente ont démontré que si cet écart existe actuellement, il peut être fortement diminué.

Rédigé par Camille Tourneboeuf, le 15 fév 2016, à 7 h 00 min
Pour les scientifiques, l'agriculture biologique peut nourrir 9 milliards d'habitants en 2050

Ce sont deux agronomes, John Reganold et Jonathan Watcher, qui ont publié une étude dans la revue scientifique Nature Plants. Ils démontrent que l’écart de rendement entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle peut être réduit à 9 % avec la polyculture, là où les estimations étaient plutôt de l’ordre de 20 % en 2012.

Rendements de l’agriculture biologique : une étude qui fait écho aux précédentes

Cette nouvelle étude vérifie les conclusions de différentes études publiées en 2014, dont celle du Proceedings of the Royal Society, l’équivalent britannique de l’Académie des sciences française, ainsi que l’étude dirigée par Claire Kremen, professeur de sciences de l’environnement et codirectrice du Berkeley Food Institute de l’Université de Californie, dans laquelle 115 études de 38 pays, portant sur 52 espèces végétales et couvrant 35 années avaient été analysées.

Ces deux études démontraient déjà qu’il était possible de réduire l’écart de rendement entre agricultures biologique et conventionnelle, tout particulièrement en utilisant la polyculture. Avec comme conclusion pour l’étude de Claire Kremen que « des investissements accrus en recherche agroécologique pourraient améliorer les productivités de l’agriculture durable, qui pourraient atteindre, voire dépasser celle de l’agriculture traditionnelle ».

Au-delà de l’amélioration des rendements des bienfaits économiques et sociaux

Au-delà de cet écart de rendement qui se réduit, l’étude de John Reganold et Jonathan Watcher a mis en avant plusieurs avantages que possède l’agriculture biologique face à l’agriculture conventionnelle. Tout d’abord l’agriculture biologique est plus efficace et résiliente en cas de sécheresse sévère, permettant aux agriculteurs d’obtenir des rendements stables et ainsi de se projeter dans l’avenir malgré des conditions climatiques extrêmes.

agriculture-bio-planete

Ensuite, sur le plan économique, les agriculteurs dégagent des marges plus importantes. Les produits se vendent en moyenne 32 % plus cher, leur assurant un revenu supérieur de 22 % à 32 % au revenu perçu en agriculture conventionnelle.

Un nouveau regard sur l’agriculture biologique : des agriculteurs et une société civile qui ne s’est pas trompée

Ces études font aussi écho à l’augmentation du nombre de terres cultivées en agriculture biologique. Certes, le pourcentage reste encore marginal, avec fin 2011, 37,2 millions d’hectares cultivés en agriculture biologique soit 0,9 % de la surface agricole totale.

Mais cela correspond à une multiplication de l’emprise territoriale de l’agriculture biologique de 2,4 % entre 2000 et 2010. Il faut ajouter à ce pourcentage différentes initiatives de groupements villageois ou communautés pour cultiver sans produits chimiques, sans pour autant que les terres soient certifiées en agriculture biologique. C’est particulièrement le cas dans l’état du Kerala en Inde, du Bhoutan, aux Philippines et au Brésil.

Notons aussi au niveau national, la présence pour la première fois de l’association Terre de Lien au salon international de l’agriculture à Paris. Cette association permet l’installation d’agriculteurs en agriculture biologique. Une preuve supplémentaire du changement de regard de la société sur l’agriculture biologique.

Une conversion à l’agriculture biologique mais pas que

Cependant pour les deux agronomes, si nous voulons réussir à nourrir 9 milliards d’habitants en 2050, il sera également nécessaire de « réduire le gaspillage alimentaire, améliorer l’accès à la distribution de l’alimentation, stabiliser la population mondiale, éliminer les conversion des cultures en biocarburants et nous orienter vers une alimentation plus tournée vers les végétaux ».

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8 commentaires Donnez votre avis
  1. Ça a l’air prometteur, mais j’aimerais savoir dans quel article ces auteurs démontrent qu’on peut réduire la différence de rendement à 9% avec la polyculture ? Est-ce “Organic agriculture in the twenty-first century” ? Parce que c’est le seul article récent de ces auteurs que je trouve dans la revue Nature Plants, et je n’y vois aucune mention de ce chiffre ni de polyculture…

    D’ailleurs ça serait bien de systématiquement citer les sources. Ça fait plus sérieux. Et de ne pas dire “Les scientifiques” pour parler d’un article, comme l’a remarqué Quentin.

    • Jamais entendu parlé de permaculture et de la ferme du Bec Hellouin? Informez-vous! :D

  2. Juste une petite remarque : arrêtez d’écrire “pour LES scientifiques” au début de vos articles. Cela n’a aucun sens.

    Avec cette formule, on a l’impression que les scientifiques forment un bloc uniforme et qu’ils sont absolument tous d’accord sur la question. Or, il s’agit ici simplement de quelques chercheurs, qui présentent leur propres résultat, et vous pourrez trouver d’innombrables études démontrant le contraire. La science est un débat, il n’y a pas de position unique, tout comme en politique par exemple. On ne dit d’ailleurs jamais “pour les politiciens, le seul modèle économique valable est le capitalisme” par exemple.

    Signé : un ancien étudiant en sciences passés par de nombreux laboratoires de recherche, un peu irrité par ces raccourcis rapides.

  3. Bonjour, je suis en Amap. Lorsque nous avons débuté avec notre agriculteur bio en 2007, il ne voulait pas plus de 40 adhérents, puis nous sommes passés à 50, puis à 60 adhérents. Un an et demi plus tard, une autre amap, nous a rejoint avec 40 adhérents, ce qui faisaient donc 100 adhérents. Nous sommes dans notre Amap : 80 adhérents depuis un an, et l’autre Amap est toujours à 40 adhérents. Notre agriculteur cultive sur 3 hectares. ce qui signifie qu’avec le bio, c’est possible. Nous avons un éleveur de veau et de boeuf, des producteurs d’oeufs, d’agneaux, un artisan-boulanger, un arboriculteur de pommes de poires et de jus de pommes et de pommes-poires, un producteur de café et de thé bio, un apiculteur bio : il habite à 1h, 1h et demi de route et on va chercher le miel bio une fois par an.
    Le tout en bio. Si tous les producteurs s’y mettaient et produisaient tous pour les Amap, ils n’auraient pas les problèmes qu’ils connaissant à l’heure actuelle en engraissant les actionnaires!!!!

  4. Bonjour
    En polyculture agrobiologique la production de lait ou de viande n’est pas une production de masse comme en conventionnel. Elle vient en complément des productions végétales.
    C’est une production de qualité qui se déguste “à petites doses”, elle correspond tout à fait aux objectifs de santé qui sont de ne pas dépasser 20kg de viande et 15kg de produits laitiers par an pour un adulte
    Dans cette optique il n’y a plus de grandes cultures, c’est à dire plus de monoculture en grandes parcelles. Pour fonctionner sans problèmes sanitaires et avec de bons rendements, une parcelle ne devrait pas dépasser 2 à 5 hectares et être cultivée en rotation longue incluant la prairie, du moins en zone tempérée.
    Ce système signifie l’abandon de la monoculture et de l’agrobusiness qui lui est associé. Il signifie aussi plus d’emplois agricoles, longtemps dévalorisés.
    Le travail est énorme, mais plus dans les mentalités que sur le terrain. La crise agricole actuelle en France et en Europe est un des signes de l’impasse du modèle en cours.

    • Travail énorme, le mot est un doux euphémisme. L’abandon de l’agrobusiness? C’est comme vouloir transformer les banques en organismes philanthropes et remplacer le concept de profit par celui de partage équitable. Même si je suis pour une agriculture de proximité, avec un lien direct producteur consommateur, j’ai bien peur que in fine les orientations prises soient à l’inverse de ce que vous prônez. A moins d’un bouleversement planétaire, mais ça c’est une autre histoire. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, espérons quand même un peu

  5. Comment eut on prôner en m^me temps le développement de la polyculture , c’est à dire l’association de l’élevage et des grandes cultures et la diminution de la consommation de viande.

    • Tout simplement parce que la production de viande en polyculture étant beaucoup moins intensive que ce qu’on fait en conventionnel (genre ferme des mille vaches), en passant d’un système à l’autre on produira moins de viande au total.

Moi aussi je donne mon avis