Matières premières agricoles : la concentration du transport menace la sécurité alimentaire

À l’avenir, la concentration des livraisons de matières premières agricoles sur une dizaine de points de passage vulnérables à travers le monde, pourrait menacer la sécurité alimentaire.

Rédigé par Anton Kunin, le 9 Jul 2017, à 7 h 30 min

Au XXIe siècle, avec notre agriculture industrialisée et intensive, on pourrait se croire à l’abri d’une pénurie de matières premières agricoles. Et pourtant, le think-tank britannique Chatham House vient de lancer une alerte : le transport de denrées alimentaires, comme les céréales, le riz, le maïs et le soja, est très fortement concentré dans tout juste 14 points de passage stratégiques à travers le monde. Vulnérables aux aléas climatiques et géopolitiques, s’ils venaient à fermer un jour, cela entraînerait une crise alimentaire mondiale sans précédent.

Matières premières agricoles : l’absence de voies de transport alternatives aggrave le risque de pénurie en cas de perturbations

Détroit de Gibraltar, canal de Suez, canal de Panama, détroit d’Hormuz, Bosphore… Ces points de passage sont d’une importance vitale pour le commerce mondial, y compris pour le transport de matières premières agricoles. Cependant, de nombreuses menaces pèsent sur la stabilité des livraisons : les volumes en hausse ; une dépendance accrue des pays connaissant des insuffisances alimentaires vis-à-vis des importations ; le manque d’investissement dans ces infrastructures ; une gouvernance faible des États accueillant ces points de passage ; le changement climatique.

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Canal de Suez © Igor Grochev

Dans l’immense majorité des cas, les points de passage s’avèrent vulnérables, non pas en raison du nombre important de marchandises qui y transitent, mais à cause d’une absence de voies alternatives. Les pays d’Afrique sub-saharienne, tels l’Ouganda, l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et le Soudan, se retrouvent ainsi dans une position particulièrement risquée. Les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, de loin les plus dépendants vis-à-vis des importations, doivent leur approvisionnement en céréales à la Russie, dont les navires doivent systématiquement emprunter le Bosphore. Les pays de la péninsule arabique, quant à eux, importent leurs denrées alimentaires via trois routes seulement : le canal de Suez, le détroit d’Hormuz et le détroit de Bab-el-Mandeb.

Le modèle alimentaire actuel est trop peu diversifié

L’autre vulnérabilité majeure réside dans notre modèle alimentaire lui-même. Il dépend de quatre denrées clés :

À elles seules, elles fournissent les deux tiers des calories consommées issues de récoltes. Les céréales, le riz et le maïs représentent à elles seules 60 % des sources d’énergie que l’homme reçoit par voie d’alimentation. Les graines de soja, quant à elles, couvrent 65 % des sources de protéines destinées à l’alimentation animale, alors même qu’un quart de ces graines transite par un seul détroit  : le détroit de Malacca, situé entre la Malaisie et l’île indonésienne de Sumatra.

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Chargement d’un vraquier en blé © Igor Strukov

Les États-Unis, le Brésil, la Russie et l’Ukraine comptent parmi les 10 premiers exportateurs de ces matières premières agricoles. En même temps, les infrastructures de transport dans ces pays sont congestionnées et vieillissantes. Aux États-Unis, la moitié des écluses et barrages qui rendent possible la navigation ont plus de 50 ans, tandis que les ports du Moyen-Orient ne pourraient pas supporter une hausse du niveau de la mer. Au Brésil, premier exportateur mondial de soja, seul 12 % du réseau routier est asphalté et 6 % des routes sont bien entretenues.

Les aléas climatiques menaceront les livraisons de denrées alimentaires

Le changement climatique apporte lui aussi sa dose d’imprévisibilité, s’ajoutant aux autres difficultés pour compliquer davantage les choses. Il est certain que dans les années et les décennies qui viennent, les phénomènes climatiques extrêmes vont devenir plus violents et plus fréquents. Résultat : les canaux et les détroits par lesquels transitent les matières premières agricoles auraient à fermer plus souvent, occasionnant des retards de livraison. Par ailleurs, les infrastructures vieillissantes se dégraderont d’autant plus vite. La montée du niveau de la mer, quant à elle, menace tout particulièrement le bon fonctionnement des ports et des entrepôts côtiers.

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Terminal côtier de chargement de grains © Andrey_Vasiliskov

Par ailleurs, les aléas climatiques menacent aussi les récoltes, ce qui pourrait bien pousser certains pays exportateurs à imposer des embargos sur les exportations. Ainsi, le dérèglement du climat pourrait avoir des conséquences sur l’alimentation des peuples vivant très loin des zones où ces phénomènes extrêmes se produisent.

Illustration bannière : La traversée du Bosphore – © SARYMSAKOV ANDREY
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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