Manger hors-saison : le vrai prix caché de nos fruits et légumes toute l’année

Fruits et légumes toute l’année : et si cette abondance permanente nous coûtait bien plus cher qu’on ne le croit ?

Rédigé par , le 22 Jan 2026, à 10 h 00 min
Manger hors-saison : le vrai prix caché de nos fruits et légumes toute l’année
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Tomates en janvier, fraises en février, courgettes toute l’année… Cette abondance permanente est devenue la norme. Pourtant, derrière des étals bien garnis se cache une réalité moins reluisante : manger hors-saison a un coût environnemental, nutritionnel et économique largement sous-estimé.

Manger hors-saison, c’est quoi exactement ?

Manger hors-saison consiste à consommer des fruits et légumes en dehors de leur période naturelle de production locale. Contrairement aux idées reçues, cela ne signifie pas toujours qu’ils viennent de l’autre bout du monde. Une tomate d’hiver peut être produite à quelques kilomètres… mais sous serre chauffée, éclairée artificiellement et cultivée hors sol.

Si cette pratique s’est imposée, c’est parce que la grande distribution a peu à peu gommé la notion de saisonnalité. Résultat : une impression de normalité, alors même que ces aliments sont déconnectés des cycles naturels.

Le coût environnemental invisible de l’alimentation hors-saison

Produire hors-saison demande énormément d’énergie. Les serres chauffées consomment du gaz ou de l’électricité pour maintenir des températures artificielles, parfois même la nuit. À cela s’ajoutent l’éclairage, l’irrigation intensive et les intrants chimiques.

Lorsque les produits sont importés, le transport alourdit encore la facture climatique. Camions frigorifiques, cargos ou parfois avions : chaque kilomètre parcouru augmente l’empreinte carbone de nos assiettes.

Enfin, cette agriculture intensive exerce une pression accrue sur l’eau, les sols et la biodiversité. Elle favorise l’artificialisation des terres et fragilise des écosystèmes déjà soumis aux dérèglements climatiques.

Des fraises cultivées hors-sol et sous serre chauffée, un non sens environnemental

Hors-saison rime aussi avec moins de goût… et moins de nutriments

Un fruit ou un légume cueilli trop tôt n’a pas le temps de développer pleinement ses arômes ni ses micronutriments. Pour compenser, on mise sur des variétés sélectionnées pour leur résistance au transport et leur aspect visuel, au détriment du goût et de la qualité nutritionnelle.

Plusieurs études montrent que la maturité naturelle influence directement la teneur en vitamines, notamment la vitamine C et certains antioxydants. Résultat : des aliments souvent plus fades et moins intéressants d’un point de vue nutritionnel.

Un prix bas trompeur pour le consommateur

À première vue, manger hors-saison semble parfois économique. Mais ce prix bas est trompeur. Il repose sur des coûts cachés : énergie subventionnée, impacts environnementaux non intégrés, pollution, dégradation des ressources naturelles… sans oublier les effets à long terme sur la santé publique.

À cela s’ajoute une fragilité accrue de notre système alimentaire. Dépendre de productions intensives ou d’importations rend les prix plus volatils et expose davantage aux crises climatiques, énergétiques ou géopolitiques.

Pourquoi notre cerveau adore pourtant les fruits et légumes hors-saison

L’abondance permanente rassure. Elle donne l’illusion du choix et de la liberté, renforcée par un marketing bien rodé : couleurs vives, mentions « fraîcheur », « plaisir », « saveur ».

Progressivement, nous avons perdu le lien avec le rythme naturel des saisons. Résultat : manger une fraise en hiver ne choque plus, alors même que cela n’a rien d’anodin.

Légumes de saison

Manger de saison : le calendrier des fruits et légumes mois par mois

Revenir à une alimentation de saison, sans frustration

Manger de saison ne signifie pas se priver. En hiver, les légumes racines, les choux, les légumineuses et les fruits de garde offrent une grande variété culinaire. Il existe aussi des solutions simples pour prolonger les saveurs estivales : congélation maison, bocaux, lacto-fermentation.

Changer ses habitudes alimentaires, ce n’est pas renoncer au plaisir, mais apprendre à cuisiner autrement, en accord avec le vivant.

Manger hors-saison est devenu banal, mais cette normalité a un coût réel. Revenir à une alimentation de saison, c’est réduire son impact environnemental, améliorer la qualité de son alimentation et renforcer la résilience de notre système alimentaire. Une démarche plus sobre, mais surtout plus cohérente face aux limites de la planète.

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