Votre cerveau fonctionne-t-il en pilote automatique ?
Téléphone, grignotage, routines : une étude montre que nos petites habitudes n’ont pas toutes le même impact sur notre santé mentale.

Se lever toujours du même pied, consulter son téléphone sans y penser, grignoter parce qu’un paquet traîne sur la table… Nos journées sont remplies d’habitudes. La plupart nous simplifient la vie. Mais certaines peuvent aussi nous enfermer dans des comportements répétitifs, difficiles à contrôler.
Habitudes et santé mentale : toutes les routines ne se valent pas
Les habitudes sont souvent présentées comme un bloc unique. Pourtant, les chercheurs rappellent qu’il faut distinguer deux mécanismes différents : la routine et l’automaticité.
La routine correspond à une préférence pour l’ordre, la répétition et les séquences bien installées. Elle peut être utile pour structurer sa journée, réduire la charge mentale ou éviter de perdre du temps.
L’automaticité, elle, désigne plutôt ces gestes que l’on fait presque sans s’en rendre compte. On ouvre une application, on mange un biscuit, on fait défiler un fil d’actualité… avant même d’avoir vraiment décidé de le faire.
Cette distinction est importante. Car selon l’étude, ces deux formes d’habitudes ne sont pas associées aux mêmes comportements problématiques.
Ce qu’il faut retenir
- Les habitudes ne sont pas toutes identiques : routine et automaticité fonctionnent différemment.
- La routine est davantage associée aux comportements compulsifs.
- L’automaticité est davantage liée à la consommation problématique de médias et à certains comportements alimentaires.
- L’étude observe des associations, mais ne prouve pas un lien de cause à effet.
Une étude menée auprès de 666 participants francophones
L’étude, publiée le 21 mai 2025 dans PLOS Mental Health, a été menée par des chercheurs de l’Université de Genève et des Hôpitaux universitaires de Genève. Elle s’appuie sur deux expériences réunissant au total 666 participants francophones.
Les participants ont rempli une version française de la Creature of Habit Scale(1), un questionnaire qui mesure deux dimensions de l’habitude : la routine et l’automaticité. Ils ont également répondu à des questionnaires portant sur la compulsivité, l’impulsivité, le stress, l’anxiété, la consommation problématique de médias, l’alimentation problématique ou encore certains comportements de recherche de récompense.
Routine : quand le besoin de répétition peut devenir trop rigide
Premier enseignement : la routine est apparue davantage associée à la compulsivité. Autrement dit, le besoin d’ordre, de séquences fixes ou de vérifications répétées pourrait jouer un rôle dans certains comportements difficiles à interrompre.
Attention toutefois à ne pas diaboliser les routines. Se coucher à heure régulière, préparer ses repas à l’avance ou ranger ses affaires au même endroit peut être très bénéfique. Le problème commence lorsque la routine devient rigide, anxieuse ou envahissante.
Quand une bonne habitude devient pesante
Une routine saine doit aider à vivre mieux. Elle devient plus préoccupante lorsqu’elle prend trop de place, génère de l’angoisse ou empêche de s’adapter à une situation nouvelle.
Quelques signaux peuvent alerter :
- le besoin de répéter un geste malgré l’absence d’utilité réelle ;
- une forte anxiété si la routine est modifiée ;
- la sensation d’être « bloqué » dans un enchaînement précis ;
- un impact sur la vie familiale, sociale ou professionnelle.
Dans ce cas, il ne s’agit pas de « manquer de volonté ». Ces mécanismes peuvent être complexes. En cas de souffrance, l’avis d’un professionnel de santé reste essentiel.
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Automatismes : écrans, grignotage et perte de contrôle
Deuxième enseignement : l’automaticité est apparue davantage liée à la consommation problématique de médias, notamment Internet et le téléphone, ainsi qu’à certains comportements alimentaires problématiques.
Cela parle à beaucoup de monde. On prend son téléphone pour regarder l’heure, puis l’on se retrouve dix minutes plus tard sur une application. On passe devant un placard, on attrape quelque chose à manger sans faim réelle. Ces gestes ne sont pas toujours conscients. Ils sont souvent déclenchés par un signal : une notification, un paquet visible, l’ennui ou la fatigue.
Les chercheurs soulignent que notre environnement moderne est rempli de signaux liés aux récompenses rapides. Les écrans, les aliments très accessibles et les notifications créent autant d’occasions d’agir sans vraie décision.

Quand les gestes du quotidien deviennent automatiques, ils peuvent influencer notre rapport aux écrans, à l’alimentation et au bien-être mental.
Le piège des récompenses immédiates
Le cerveau aime ce qui apporte une satisfaction rapide. Une vidéo courte, un message, une bouchée sucrée ou salée peuvent offrir un soulagement immédiat. Mais répétés trop souvent, ces automatismes peuvent entretenir une perte de contrôle.
L’idée n’est pas de culpabiliser. Elle est plutôt de reprendre la main sur l’environnement. Car il est plus facile de modifier un signal que de lutter toute la journée contre une impulsion.
Comment reprendre la main sur ses habitudes sans se brutaliser ?
Changer une habitude ne consiste pas à tout bouleverser du jour au lendemain. Cette approche échoue souvent, car elle demande trop d’énergie. Mieux vaut agir sur de petits leviers concrets.
Identifier le déclencheur
Avant de vouloir supprimer une habitude, il faut comprendre ce qui l’active. Est-ce l’ennui ? Le stress ? Une notification ? La fatigue ? Le fait de voir un aliment posé sur la table ?
Une fois le déclencheur repéré, on peut agir plus efficacement. Par exemple, enlever les notifications inutiles, ranger les aliments tentants hors de vue ou placer son téléphone dans une autre pièce pendant les repas.
Remplacer plutôt que supprimer
Le cerveau n’aime pas le vide. Supprimer une habitude sans alternative crée souvent une frustration. Il est donc plus réaliste de remplacer un geste automatique par un autre geste plus neutre.
- Envie d’ouvrir une application ? Faire d’abord trois respirations lentes.
- Besoin de grignoter sans faim ? Boire un verre d’eau puis attendre quelques minutes.
- Rituel du soir trop connecté ? Poser le téléphone hors de la chambre.
- Routine trop rigide ? Introduire volontairement une petite variation par semaine.
Ces ajustements semblent modestes. Pourtant, ils peuvent réduire progressivement la force de certains automatismes.
Routines utiles : celles qui soutiennent vraiment le bien-être
Toutes les habitudes ne sont pas à combattre. Au contraire, certaines routines protègent l’équilibre mental. Elles offrent des repères, limitent la fatigue décisionnelle et soutiennent une meilleure hygiène de vie.
Les routines les plus utiles sont souvent simples : dormir à horaires réguliers, s’exposer à la lumière du jour le matin, prévoir des repas équilibrés, marcher quotidiennement, prendre de vraies pauses loin des écrans.

Prendre du recul sur ses habitudes permet de mieux distinguer les routines qui apaisent de celles qui nous enferment.
Le bon repère ? Une routine bénéfique rend la journée plus fluide. Une routine problématique la rend plus étroite.
Une piste précieuse pour mieux comprendre nos comportements
Cette étude a aussi ses limites. Les participants appartenaient à une population non clinique, majoritairement composée de femmes, et les données reposaient sur des questionnaires. Les auteurs précisent donc que de nouvelles recherches seront nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.
Malgré cela, le message est intéressant : parler des habitudes de manière trop générale ne suffit pas. Une routine structurante et un automatisme incontrôlé ne racontent pas la même chose.
Pour le quotidien, cette nuance est précieuse. Elle permet d’arrêter de se juger trop vite. Elle invite surtout à observer ses gestes répétitifs avec plus de finesse. Certaines habitudes nous soutiennent. D’autres nous pilotent à notre place. Et c’est souvent là que le vrai travail commence.
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