Peut-on concilier le foie gras et le bien-être animal ?

Rédigé par Eva Souto, le 11 Dec 2013, à 0 h 10 min

Les fêtes de noël approchent et beaucoup d’entre vous n’envisagent pas leur tablée sans le fameux « foie gras ». Et pourtant, les polémiques sont nombreuses autour de ce produit à  la française, que nous envient les uns et que rejettent les autres. Et pour cause, le gavage des oies et son côté « barbare » est souvent pointé du doigt, divisant les pros foie gras, soucieux de la tradition et de la gastronomie française et les antis foie gras, qui se soucient du bien-être animal et condamnent la pratique du gavage. Impossible de concilier les camps, en revanche est-il possible de concilier le foie gras et le bien-être animal ?

Le foie gras, objet de toutes les controverses

bloc foie grasLe foie gras est un produit qui fait partie du patrimoine culturel français et qui participe de près à la renommée mondiale de notre gastronomie. Mais à quel prix ?

Est notamment pointé du doigt, l’alimentation forcée des animaux. Et les images montrant des canards et des oies gavés à grand renfort de tube enfoncé de l’oesophage au jabot laissent rarement insensibles. Ainsi, est décriée cette pratique odieuse qui résulterait à une grande souffrance animale.

Pour bien comprendre, esquissons les contours de la production de foie gras.

canards mulardsLes canards utilisés pour le gavage sont des canards dits « mulards ». Il s’agit d’hybrides stériles obtenus par croisement entre un canard de barbarie mâle et une canne commune. Ils sont muets et ne savent pas voler.

Seuls les mâles sont sélectionnés, le foie des femelles étant trop nervé. 

Le gavage : il consiste à administrer de force à l’aide d’un tuyau enfoncé de l’oesophage au jabot de l’animal, des aliments très énergétiques.

Sur un cycle de vie complet d’un animal, qui se situe environ à 105 jours, la période de gavage dure entre 10 et 14 jours (soit 10 à 13 % de la durée de vie de l’animal). Les oiseaux ne mâchent pas leur nourriture et ils ont un gosier très élastique. Cela leur permet de stocker de grandes quantités de nourriture dans l’oesophage, en attendant que ces dernières soient digérées par l’estomac. 

gavage foie grasLes effets du gavage : après le gavage, une pathologie se déclare en raison de l’excès d’alimentation. Il s’agit de la stéatose hépatique nutritionnelle.

Cette maladie se caractérise par la présence d’acides gras stockés dans les cellules du foie. Ce stockage résulte d’une saturation des capacités d’exportation des acides gras. Ceci permet de faire grossier le foie et d’obtenir le foie gras cru (le foie sera ensuite préparé et cuit avant d’atterrir dans nos assiettes)

Abattage de l’animal pour la confection du foie gras. 

Nombreux sont ceux qui s’insurgent contre cette pratique. Et dans cette lutte, ils avancent des arguments non-négligeables :

Foie gras – le saviez-vous ?

réchauffement paysSelon un sondage CSA / SNDA (Société nationale pour la défense des animaux) et Stop gavage de nov. 2009, 44 % des Français sont contre le gavage des oies et des canards et 63,2 % pensent que cette pratique est cause de souffrance pour ces animaux.

Les conditions de vie des animaux :

Canards parquésSouvent les oiseaux sont parqués dans des cages toutes petites, empêchant chacun de leur mouvement et les contraignant à la stagnation. Des conditions de « détention » stressantes et incompatibles avec un quelconque bien-être animal.

etoile143Les quantités énormes ingurgitées par les animaux durant le gavage : en 45 à 60 secondes, ou grâce des techniques plus «modernes» comme la pompe pneumatique, en 2 ou 3 secondes, l’animal ingurgiterait plus de 450g d’aliments. Et ce, 2 fois par jour.

A titre de comparaison, pour un homme de 70 kg, cela représenterait 7 kg de pâtes sur deux repas, et cela en quelques secondes. Il est à noter cependant et fort heureusement que les capacités physiologiques des oiseaux sont différentes de celles des êtres humains. Cet exemple a le mérite de faire comprendre le phénomène. 

  • Suite au gavage, les effets néfastes sur l’animal : ce dernier est pris de diarrhées et halètements. Son foie hypertrophié qui va atteindre 10 fois son volume normal en fin de gavage, rend sa respiration difficile et ses déplacements pénibles. Les sacs pulmonaires sont compressés et le centre de gravité de l’animal déplacé. Mais aussi des inflammations graves de l’oesophage consécutives à un gavage violent. 

Cependant, les voix sont loin d’être unanimes sur le sujet. C’est notamment le cas de celle de Daniel Guémené, chercheur à l’Inra .

Suite > et si le gavage n’avait pas tous les effets néfastes qu’on lui prête ?

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Eva est passionnée d’écriture. Elle est sensible aux sujets de société, et en particulier, à ceux qui touchent au développement durable, au commerce...

28 commentaires Donnez votre avis
  1. Se dire aimer les animaux et vouloir les respecter exclut bien évidemment de cautionner l’horreur du foie gras qui n’est que produit de la souffrance et je trouve plus qu’honteux, immonde et inacceptable de plébisciter une telle monstruausité. Je pense vraiment que les personnes qui continuent de manger des animaux et ce, malgré toutes les informations, les vidéos chocs des associations dont L 214, manquent cruellement d’humanisme, de sensibilité, de respect de toutes vies et de compassion. Les animaux sont tous des êtres vivants, sensibles et intelligents et non “des objets, ou de la marchandise” ! à ce compte là il faudrait aussi manger les humains…………. étant donné que les animaux ne sont en rien “inférieurs” et je penserais plutôt bien le contraire. Une végane de toujours et militante pour la défense et protection des animaux.

  2. Merci pour vos commentaires ça fait du bien de voir des gens concernés par le sort des animaux et qui ne se laissent pas bercer d’illusions par ceux qui veulent nous faire croire que non non ça leur fait pas mal! non ils sont heureux! et en pleine santé après ce traitement barbare qu’on leur fait subir pendant “seulement” 10-12 jours 🙂

    Ben oui c’est vrai que si on torture pas longtemps c’est pas grave, c’est pas douloureux, et même elles en redemandent puisqu’au bout d’un moment elles ne s’enfuient plus trop en voyant leur tortionnaire approcher! On pourrait même dire qu’elles courent vers eux pour se faire gaver et pourrir le foie!

    Non là ce serait plus assez crédible.. Et celles qui ont droit à un bon petit massage de la gorge quelles chanceuses elles sont surement aux anges 🙂

    Je suis d’accord la viande est un met qui doit rester rare, et n’est pas censé représenter la base de notre alimentation, donc pourquoi ce ne serait pas possible de garder des élevages de taille raisonnable, en proposant des conditions de vie décentes et respectueuses aux animaux? Car non, on n’est pas des bêtes sauvages, cruelles, on a un cerveau qui nous dote (en principe) de capacités de réflexion et d’empathie, alors servons-nous en ! Rien ne nous oblige à infliger des souffrances intolérables à des êtres vivants, sensibles comme nous. Avant on traitait les bébés comme des choses insensibles, et on leur infligeait des souffrances horribles, opérations sans anesthésie, manipulations sans délicatesse, bizarrement leurs cris de détresse n’alertaient personne. Aujourd’hui on sait, on a compris. Alors maintenant qu’on sait aussi pour les animaux d’élevage, pourquoi on n’arrête pas de les maltraiter?

    Pour ma part je ne mangerai pas de foie gras à Noël, je ne peux pas tolérer ce genre de comportements barbares. Et toutes les autres petites douceurs que j’ai bien l’intention de manger viendront largement compenser l’absence de ce “cher” foie gras (et ce ne sera ni du poisson ni des crevettes ni des huîtres…).

    Sur ces bonnes paroles, Joyeuses fêtes à tous!

  3. Pensons aussi aux pauvres huitres gobées , croquées et digérées vivantes….on n’en parle jamais assez de leur bien être…..
    blablabla

  4. Bonjour,

    Je me permets d’apporter quelques précisions à votre article qui, bien qu’intéressant et documenté, entretient dans sa première partie quelques confusions trop souvent répandues.

    Vous évoquez des conditions de « détention stressantes et incompatibles avec le bien-être animal ». Le bien-être animal est bien sûr une vraie question et garantir mais aussi améliorer le bien-être des animaux est la préoccupation quotidienne des éleveurs. Depuis 1996, les professionnels de la filière regroupés au sein d’une interprofession, le CIFOG, ont adopté une charte de bonnes pratiques qui indique en particulier que les conditions d’élevage se doivent d’êtres compatibles avec le respect du bien-être animal. Elle stipule notamment que les palmipèdes doivent vivre dans un espace vital individuel important et bénéficier d’aération, de lumière, de chaleur et de calme. Dans tous les départements producteurs, des initiatives ont été prises pour trouver de nouveaux systèmes de logement et optimiser les conditions d’ambiance pendant le gavage. L’objectif étant que le canard puisse se tenir debout dans une posture normale, se retourner sans difficultés, battre des ailes, interagir normalement avec d’autres individus… Il faut aussi rappeler que les canards passent 90% de leur vie en parcours libre en plein air, et que le gavage ne représente que 10 à 12 jours, soit 10% de leur existence.

    Comme le rappelle le chercheur Daniel Guéméné dans votre article, la production du foie gras repose sur l’exploitation d’un phénomène d’engraissement naturel. Et le canard mulard mâle et l’oie sont capables d’ingérer spontanément des quantités comparables voire supérieures à celles qui leur sont imposées pendant le gavage. Pour tester un éventuel stress et une éventuelle aversion à l’acte de gavage, des tests de comportement ont été réalisés. Leur principe repose sur l’hypothèse qu’un évitement vis-à-vis du gavage/du gaveur doit être observé si celui-ci est aversif. Or, après une période d’apprentissage (environ 3 à 4 repas, 1 à 2 jours), il apparaît que les oies continuent de se déplacer spontanément pour recevoir une ration d’aliment par gavage ; et que les canards mulards observent tout d’abord une distance de recul à l’approche du gaveur, laquelle décroît pendant la période de gavage et est moindre que vis-à-vis d’un étranger, la familiarisation à l’homme favorisant la relation homme-animal.

    Par ailleurs, comme le précise le chercheur de l’INRA, le Foie Gras n’est pas le foie d’un animal présentant une maladie mais le foie d’un animal sain, élevé en plein air et qui, arrivé à l’âge adulte, a reçu une suralimentation progressive, calculée et contrôlée. C’est le foie d’un palmipède qui, par alimentation abondante, présente effectivement un état de surcharge lipidique – ce qu’on appelle effectivement un état de stéatose hépatique – mais en revanche aucun signe de dégénérescence, pas la moindre pathologie.

    La confusion provient des caractéristiques de la stéatose hépatique qui diffèrent chez les oiseaux et chez les hommes. Car si la stéatose hépatique résulte bien, dans la majorité des cas, d’un état pathologique chez l’homme ainsi que chez les mammifères, la stéatose hépatique relative au gavage est un phénomène réversible et non pathologique chez les oiseaux.

    Des palmipèdes soumis à trois cycles successifs de gavage d’une durée de 2 semaines chacun, à 4 semaines d’intervalles, présentent des caractéristiques comparables à celles des canards du même âge mais n’ayant pas été soumis aux cycles de gavage successifs. Un fois gras obtenu par gavage n’est donc en aucun cas un organe malade.

    Marie, experte filière (www.elevage-gavage.fr)

    • visiblement et sans aucun doute possible, vous êtes payé par les lobbies comme tous les vendus de l’inra.
      Si vous étiez soumis à la contrainte, vous ne diriez pas qu’on respecte votre bien-être. Dommage que le mensonge ne tue pas, cela nous éviterait et de lire et d’entendre de telles monstruosités qui relève d’un spécisme de psychopathe.
      Aucun animal ne serait assez con pour manger à se rendre malade et vous êtes bien le seul à croire que vos oiseaux gavés ont du plaisir. Preuve que vous êtes de grands malades…

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