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La pêche en eaux profondes, désastre bien inutile

La pêche en eaux profondes, désastre bien inutile

Les océans risquent de se vider de leurs poissons du fait de la surpêche mondiale en général. Mais, savons nous à quel point une forme de pêche, certes minoritaire, cause des ravages parfois irréversibles aux fonds marins ? Il s’agit de la pêche en eaux profondes. Elle est le symbole d’une absurde fuite en avant de la filière pêche. Et seul le consommateur a vraiment le pouvoir de stopper rapidement le phénomène.

Disons NON à l’achat de poissons des profondeurs

Les eaux profondes constituent l’environnement le plus vaste et le moins exploré de la planète. Elles commencent à environ 200 mètres de la surface, où ne parvient que très peu de lumière, et se terminent au niveau de la plaine abyssale de l’océan, à une profondeur moyenne de 4 000 mètres.

Les zones d’une profondeur supérieure à 4000 m représentent 53 % de la superficie des océans,(71 % de la surface de la planète au total) ! Les pentes continentales occupent à elles seules 8,8 % de la superficie de la Terre, à comparer au plateau continental et aux zones peu profondes : 7,5 %.

< Signez la pétition , le combat 2012 de consoGlobe avec Maud Fontenoy

La pêche en eaux profondes entre 1975 et 2005 : selon le rapport MRAG sur les pêches profondes, il y a eu une croissance mondiale spectaculaire. « Les captures des pêcheries profondes ont globalement crû de 440 % (eaux internationales et ZEE confondues), un chiffre à comparer avec la croissance moyenne de 47 % des captures mondiales globales. »
> Planetoscope  : la pêche de poissons d’eaux profondes en direct

Jusqu’à une époque récente, l’exploitation des eaux profondes était rendue difficile par leur profondeur. L’existence de poissons relativement plus abondants à des moindres profondeurs n’incitait pas les pêcheurs à se tourner vers des profondeurs aussi difficiles d’exploitation.

  • La pêche en eaux profondes de 1964 à 2000 n’ont représenté qu’une toute petite partie de la consommation mondiale de poisson : « Les pêches profondes ont contribué aux captures mondiales de poissons à hauteur de 800 000 à 1 million de tonnes par an. » ;  à comparer avec un total de 120 millions de tonnes de poissons annuel :
    > Planetoscope  : la consommation mondiale de poissons en direct

La pénurie croissante de poissons de surface a stimulé la pêche profonde

Les couches supérieures des océans ont déjà été vidées de leurs poissons. Dans le commerce, 9 espèces sur 10 sont au bord de la surexploitation ou surexploitées.

Des poissons profonds qui se renouvellent peu

< Des dorades sébastes qu’on vend souvent en les faisant passer pour des dorades roses ou dorades grises.

Les fonds marins profonds sont un milieu très peu connu et très fragile. La vie s’y reproduit très lentement. En effet, dans les profondeurs, la vitesse de reproduction du vivant est très lente car la maturité sexuelle des poissons y est très tardive. Ils vivent vieux et se reproduisent tard.

1 heure de pêche, 4000 ans de réparation !

Quand les filets de pêche raclent des coraux et en détruisent des massifs entiers, ce sont des nurseries de poissons et des refuges de biodiversité qui disparaissent. La pêche profonde se fait au prix de la disparition d’un patrimoine vivant qui a mis plusieurs milliers d’années à pousser.  L’Ifremer et des études norvégiennes ont démontré en 2001 (1) que les coraux sont définitivement détruits après le passage de chaluts de grand fond.

Il suffit d’une passe d’un navire de chalut profond pour que 4000 ans de croissance de biodiversité soient détruits, voire 10 000 ans dans certains cas.

  • Cette pêche est pourtant peu efficace : à ces conditions d’environnement particulières, les stocks de poissons profonds sont globalement moins productifs (ils se renouvellent moins vite) que ceux de poissons côtiers.Conséquence, de nombreux exemples à travers le monde montrent qu’une exploitation non contrôlée peut rapidement réduire les stocks profonds.

Faut-il stopper toute pêche profonde ?

Selon la FAO, les espèces ne sont pas toutes vulnérables au même chef et il serait possible de d’en pêcher certaines de façon durable, sans mettre en cause leur pérennité. A la condition que les quantité pêchée restent en adéquation avec les capacités de renouvellement de ces espèces.


< L’empereur, espèce bientôt éteinte

Le problème est qu’on sait très bien qu’il y a toujours des navires et des pays qui ne respectent pas ces quantités souhaitables. Tant qu’il y a du poissons, on pêche quelles que soient les conséquences. Pour preuve, en 2010, les chercheurs du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) ont rappelé que 100 % des captures d’espèces profondes dans les eaux européennes se trouvaient “en dehors des limites biologiques de sécurité“.

On sait par exemple que la durée de vie et la maturité sexuelle varient fortement selon les espèces. Les caractéristiques biologiques de la lingue bleue (entre 400 et 1000 m.) ou du sabre noir, sont proches de celles des espèces communes du plateau continental (merlan, lieu noir par exemple).

Mais la plupart de ces espèces de poissons à longue vie sont extrêmement vulnérables : par exemple, le grenadier (à plus de 400 m.) ou bien l’empereur qui vit de 60 à 150 ans , n’atteignent la maturité sexuelle qu’à partir de 20 ans et les femelles matures ne pondent pas tous les ans. l’empereur, grenadier). (FAO)

La reproduction lente de ces poissons pronfonds – ils atteignent la maturité sexuelle à peu près au même âge que les humains – les empêche de récupérer de la pêche excessive.

Conclusion > Grande longévité + croissance lente + reproduction tardive
= grande vulnérabilité des poissons des profondeurs

 

Suite > Une pêche de plus en plus performante et absurde