Et si on votait pour un président créatif ?

Les candidats à l’élection présidentielle française promettent tous le changement. Le vrai, cette fois. Certains ont fait campagne sur le thème du renouveau des institutions, des pratiques démocratiques. Tous soulignent qu’ils sont vraiment en prise avec le réel. Comment donc faire le tri dans les discours ? Voici quelques éléments d’analyse pour évaluer ce qui distingue le faux neuf, le vrai vieux, et la réelle innovation.

Rédigé par Stephen Boucher, le 15 Apr 2017, à 15 h 25 min

Chez consoGlobe.com, on croit à la politique et au changement véritable, par les gestes quotidiens, mais aussi par les choix citoyens de représentants qui leur correspondent. Mais, comme tous, nous sommes troublés : à chaque élection, présidentielle ou autre, c’est la même chose, on nous promet des lendemains meilleurs, et les espoirs suscités dépassent trop souvent les réalisations. Le changement, c’était hier, c’est maintenant, ça sera demain. Mais, au fait, c’est quoi le changement en politique, et quand peut-on estimer qu’un responsable politique s’en donne vraiment les moyens ?

La créativité en politique existe, mais il faut s’en donner les moyens

La créativité, dans tout domaine, c’est la faculté à trouver des solutions originales et que le groupe concerné estime meilleures que les précédentes, qu’elles apportent quelque chose, qu’elles ont une valeur ajoutée. Dans le domaine politique, comme l’explique le Petit manuel de créativité politque – Comment libérer l’audace collective, préfacé par Nicolas Hulot, est créatif celui qui réunit les 7 qualités suivantes, car il ou elle :

  1. Fait preuve d’originalité ;
  2. Identifie des solutions plus efficaces pour résoudre les problèmes identifiés ;
  3. Trouve les moyens pour que ces solutions nécessitent moins de ressources pour être mises en oeuvre que les solution précédentes (on fait donc mieux avec moins) ;
  4. Maximise le nombre de gagnants et réduit le nombre de perdants (dans tout changement, il y a forcément une part de la population qui va préférer la situation antérieure) ;
  5. Ne néglige pas le long terme au seul profit des résultats immédiats tout en intervenant à temps (avoir raison après la bataille, ce n’est pas être créatif !) ;
  6. Répond à une problématique dans un champ donné sans nuire à d’autres (c’est ce qu’on appelle avoir une vision « holistique » ou « systémique »…) ;
  7. Remporte l’adhésion du plus grand nombre.

À la lumière de cette liste, on constate que les programmes et le débat de l’élection présidentielle en cours ne remplissent pas tous les critères. Tout en laissant chacun apprécier les programmes et les propositions des différents candidats à l’aune de ces critères, on notera que certaines propositions s’efforcent d’être originales. Mais comment argumentent les candidats quant à leur efficacité, leur efficience et leur impact global (critères 2, 3 et 4) ? Présentent-ils des évaluations chiffrées, des exemples d’autres pays ? Lesquels relient les sujets entre eux pour montrer les impacts d’une mesure donnée sur d’autres questions ?

Et, surtout, au-delà de cette appréciation forcément subjective, puisqu’on en est au stade, bien commode pour les candidats, des promesses électorales, lesquels donnent des gages sur une manière de gouverner différentes qui donne plus de chance à cette créativité d’émerger ?

S’en donner les moyens : les conditions à réunir pour susciter l’innovation politique

La créativité, pensaient les Grecs des temps antiques, était un don divin. On sait aujourd’hui par de nombreuses études que trouver des solutions plus originales, efficaces, efficientes, rapides, qui soient appréciées, etc, n’est pas le produit du hasard ni des dieux, mais d’une organisation consciente des énergies créatrices.

président créatif

© tlegend Shutterstock

Un processus qui conduit à la créativité politique, et à l’innovation, qui est la mise en oeuvre des idées nouvelles, se caractérise par quatre qualités :

  1. Il est inclusif, faisant participer une diversité d’expertises. Demandez-vous donc : qui propose dans leurs réformes de mieux associer les citoyens, la société civile, les entrepreneurs, les fonctionnaires et toutes les parties prenantes pertinentes à la préparation des réformes ?
  2. Il est collaboratif, par opposition au mode trop fréquent par lequel des acteurs agissent de manière isolée, dans leurs « silos », sans consulter. Question : qui parmi les candidats a des propositions sur la consultation et la réflexion « transversale » entre dossiers ? Qui propose des débats d’orientation avant discussion des projets de loi ou de nouveaux outils d’interpellation des élus par les citoyens ou de contribution au travail législatif.
  3. Il table sur les dissensions, les erreurs et les obstacles pour susciter de nouvelles approches (plutôt que de s’en plaindre ou d’y trouver des excuses d’inaction…). Là aussi, il est utile de se demander qui propose de mettre en place de nouveaux outils, comme l’évaluation systématique des lois pour en mesurer l’efficacité ou de nouvelles formes de discussion entre patronat et syndicats permettant un dialogue plus fertile.
  4. Il est enfin global, ne s’intéressant pas juste à la production d’une « idée », mais s’occupant de toutes les phases de mise en place d’une réforme, du diagnostic d’une situation à sa conception à sa mise en oeuvre, évaluation, expérimentation et reproduction. Là aussi, qui propose des réformes comme la diffusion des expérimentations ou la plus grande autonomie des régions pour expérimenter.

Regardez de près : sur toutes ces dimensions, les programmes des candidats sont réellement différents !

Illustration bannière : Color Run à Stockholm- © FoapAB Shutterstock
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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

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