Le sucre : plus puissant que la cocaïne

Les récents travaux du scientifique Serge Ahmed, chercheur au CNRS, sont pour le moins édifiants. Depuis plusieurs années, ce professeur s’intéresse aux effets addictifs d’un aliment consommé par tous et en apparence anodin : le sucre.

Rédigé par Sonia C, le 4 Mar 2016, à 12 h 00 min

Ce chercheur a mené des expériences sur des rats, qui ont fait l’objet de reportages télévisés et de nombreuses interviews. On propose aux cobayes le choix entre une dose de cocaïne injectée en intraveineuse – la voie la plus rapide pour parvenir au cerveau – et l’accès à un récipient contenant une boisson sucrée au saccharose. Pour la très grande majorité, les rats se tournent, sans hésitation, vers l’eau sucrée. Et ils peuvent y revenir des dizaines de fois tant que l’expérience n’est pas interrompue.

Des expériences aux résultats troublants

Les résultats de ces expériences tendent à prouver que le sucre agirait sur le cerveau de la même manière que l’héroïne ou la cocaïne, en activant les mêmes circuits de récompense. Ces substances stimulent en effet des neurones de la voie dopaminergique. Les récepteurs de la dopamine qui, une fois activés, ont un effet psychoactif hédonique et euphorisant.

D’autres molécules, comme des morphines endogènes, seraient sécrétées à cette occasion, induisant cette fois une sensation de confort, de détente et agissant comme des analgésiques. Cet effet a d’ailleurs été démontré chez le nourrisson, pour qui le sucre a un pouvoir calmant très efficace.

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Les drogues dures entraînent une accoutumance, car elles induisent une boucle de récompense : la sensation de bien-être découlant de la première prise va pousser le consommateur à rechercher à nouveau cet effet, et, à terme, créer une dépendance. Il en va de même pour le sucre – du moins chez les rats. La stimulation provoquée par l’absorption de liquide sucré les pousse à renouveler cet état d’euphorie.

L’évolution de la société pour seule responsable

Si le sucre a toujours fait partie des aliments consommés par l’Homme, la grande différence réside – selon le professeur Ahmed – dans les quantités ingérées. En effet, au Paléolithique, nos ancêtres avaient accès au sucre uniquement sous sa forme naturelle, dans les fruits mûrs.

Mais aujourd’hui, le sucre est partout, et se cache même dans des préparations salées. Pour le scientifique, c’est là que le vrai problème réside : si le sucre naturel n’est en aucun cas dangereux pour la santé, il en va tout autrement des très fortes concentrations que l’on trouve notamment dans les boissons comme les sodas.

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© Marcos Mesa Sam Wordley Shutterstock

Cette surconsommation plus ou moins volontaire serait en partie responsable du développement d’une addiction au goût sucré, indépendamment du côté « doudou » et réconfortant que tout le monde connaît – la cuillère de Nutella pour lutter contre une peine de coeur, par exemple.

Le professeur va même plus loin : dans une interview, il se demande quel effet pourrait avoir le sucre sur le développement embryonnaire du cerveau quand la mère en consomme de fortes doses. Serait-il possible que des dérégulations du développement des circuits corticaux du contrôle du comportement apparaissent, au même titre qu’un foetus dont la mère est toxicomane voit son risque de développer lui-même une addiction aux drogues dures plus tard augmenter ?

Il serait sage de ne pas attendre les résultats qui infirmeront ou accréditeront cette effrayante hypothèse pour se positionner dès à présent en adoptant une attitude responsable vis à vis de notre consommation de sucre. Si un carré de chocolat est bon pour le moral, la plaquette entière risque d’apporter plus d’inconvénients que de bénéfices.

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Sonia C., passionnée de biologie et de nutrition, j’aime l’idée de rendre les sciences accessibles à tous sans pour autant en édulcorer les grands...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. Il y a un problème dans la manière de relater l’expérience :
    on propose aux cobayes s’ils préfèrent une dose de cocaïne en intraveineuse !? (et on parle de rats pas d’humains)
    ça ne choque que moi ?
    Dommage car l’article est intéressant.

    • Pour vous répondre, il s’agit d’une auto-injection en intraveineuse. Les rats ont donc bien le « choix » de s’administrer ou pas leur dose de cocaïne.
      Cordialement.

  2. la drogue = désastre .le sucre c’est un autre sujet et ce n’est par ce que c’est bon aussi pour la santé que l’on peut en abusé si non c’est comme chocolat ou la cigarette une de tant a autres ne tue pas.

  3. Très bonne idée de parler de ces recherches.

    Petite précision quand même : on ne retrouve pas avec le sucre les effets addictifs de « drogue dure », c’est à dire qu’on a pas (ou peu) de syndrome de sevrage au sucre : ceci car le sucre ne provoque pas (directement) de modifications à court terme des récepteurs synaptiques, ce qui est le cas avec la cocaïne ou l’alcool : le cerveau « s’habitue » à fonctionner avec des doses permanentes. Ainsi, on ne devient pas toxicomane au sucre, mais dépendant psychologiquement. Sauf à fortes doses, où l’effet des molécules endogènes (que l’article précise) commence agir comme une drogue « dure ».

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