Avec Pierre Portevin, devenez votre meilleur ami pour mieux prendre soin des autres

“Cultivez votre jardin”, nous enjoignait Voltaire en conclusion du Candide. Mais notre culture nous fait rejeter ce qui peut paraître comme un repli sur soi, une forme d’égocentrisme, voire d’égoïsme. Résultat : on s’occupe bien souvent mieux des autres que de soi-même. Pierre Portevin publie un livre formidable qui nous (ré)apprend à devenir notre meilleur ami, pour mieux prendre soin des autres.

Rédigé par Stephen Boucher, le 4 May 2017, à 7 h 10 min

Les stewards dans les situations d’extrême urgence en avion ne nous invitent-ils pas à mettre le masque à oxygène sur notre visage avant de nous occuper de l’enfant ou de la personne qui est à côté de nous ? Pourquoi cette logique nous paraît-elle problématique au quotidien ? Et, au final, pourquoi être son propre ami n’est-il pas l’évidence qu’on pourrait penser ? C’est pour répondre à ces questions que Pierre Portevin, life-coach et praticien en développement personnel, publie aux éditions Eyrolles, l’excellent Mon meilleur ami… c’est moi – Éloge et mode d’emploi de l’amitié avec soi-même, préfacé par Ilios Kotsou.

Nous avons rencontré Pierre Portevin chez lui, à Bruxelles, pour mieux comprendre comment être plus bienveillant avant soi-même… et pourquoi vous devez absolument lire son livre !

consoGlobe.com – Auto-critique, auto-sabotage… Pourquoi Pierre, sommes-nous parfois nos meilleurs ennemis, et comment vous est venue l’urgence d’écrire ce livre ?

Pierre Portevin – Notre culture actuelle a perdu de vue ce que des cultures ancestrales nous apprenaient. Si l’on prend, par exemple, ce que disait Socrate, on voit qu’en amont même du fameux “connais-toi toi-même” (gnôthi seauton en grec ancien), se trouve une autre notion lui est chère, et que l’on a oubliée : celle du souci de soi (epimeleia heautou). Il s’agit de s’éveiller à être bien avec soi-même, d’être à son écoute, de comprendre et connaître ses besoins et manières de penser. Chez Socrate, c’est notamment parce que je veux me soucier de moi, que j’ai besoin de me connaître. Il n’est pas possible de s’occuper correctement du monde sans s’occuper de soi.

On dit toujours le “bon cavalier ménage sa monture”. Quand on souhaite prendre soin, par exemple, de notre famille ou du monde, notre monture, c’est nous. Si l’on n’est pas dans de bonnes conditions d’hygiène de vie, physique et mentale, on n’est pas à même de bien s’occuper des autres. J’ai eu envie de transmettre ça d’abord à mes enfants. Puis l’idée a évolué quand j’ai compris que ça pouvait aider les gens autour de moi.

consoGlobe.com – Quelles sont les barrières qui s’érigent face à l’écoute de nous-même ?

Pierre Portevin – Certains chercheurs en psychologie évolutionniste montrent que notre cerveau n’est pas toujours à la hauteur de nos ambitions. Il est performant mais est aussi victime de certains archaïsmes. Tant qu’on n’en prend pas conscience, on se fait piloter par ces parties plus archaïques. Dans celles-ci, certaines sont là pour nous alerter par rapport au danger, tels que l’isolation, le fait d’être rejeté. Or, l’un des symptômes du rejet, c’est la critique. Donc, quand on se sent critiqué par d’autres personnes, on a peur, car c’est le signe qu’on pourrait être rejeté. Conséquence : dès petit on apprend à internaliser la critique.

On a tous en nous un critique intérieur qui a son utilité dans l’existence, mais qui ne fait vraiment pas preuve de bienveillance. On peut constater ceci en mesurant la différence avec laquelle on se traite soi-même en cas de difficulté, et comment on prendra soin d’un ami. À celui-ci, on va dire “tu sais, on a tous des difficultés, des moments où on se sent abattu, et c’est normal… Je comprends ce qui arrive. L’important, maintenant, c’est de voir comment tu peux réagir au mieux. Que pourrais-tu faire ?”. Puis on va l’aider à trouver des idées, en favorisant le fait qu’elles viennent de lui, comme un parent bienveillant fait avec ses enfants.

Un ami m’accepte et m’apprécie tel que je suis.

pierre portevin meilleur ami

Ce n’est pas un truc de Bisounours que d’être bienveillant avec les autres ! Dans la vie des entreprises, l’une des qualités essentielles pour la performance des équipes, c’est la bienveillance. Google a étudié ce sujet dans tous les sens : quelles sont les conditions pour qu’une équipe soit particulièrement performante ? La première d’entre elles, c’est la sécurité psychologique, ce qui requiert la bienveillance. Pour en faire preuve envers les autres, il faut l’être envers soi même. Ainsi, il est important de prendre conscience du mode de fonctionnement de ce critique intérieur et sévère, pour pouvoir le freiner et le mettre à sa juste place, sans pour autant le rejeter.

consoGlobe.com – Pierre, comment définiriez-vous l’amitié avec soi-même ?

Pierre Portevin – Il faut d’abord définir l’amitié. J’ai fait une enquête pour le livre auprès de 400 personnes en leur demandant les qualités qu’ils reconnaissaient aux personnes qu’ils avaient choisies comme amis. Et la première de ces qualités est qu’un “ami m’accepte et m’apprécie tel que je suis”. La question qui se pose alors est : dans quelle mesure je la pratique envers moi-même, sans jugement ? L’amitié avec soi, c’est d’abord s’accepter tel qu’on est. Il ne s’agit pas de complaisance. Mais si je n’accepte pas ma situation telle qu’elle est, je ne suis pas en bonne condition pour y faire face. Je dois donc commencer par l’accepter.

Mais le mot acceptation est souvent mal compris. Accepter c’est comme signer un accusé de réception. Ce qui ne veux pas dire être d’accord avec ce qu’on a reçu. Ici, il s’agit de reconnaître une situation. Si je suis malade, je dois accepter la situation telle qu’elle est pour bien traiter la maladie. Je peux vouloir en sortir mais au moins, je reconnais ce qui est. On a besoin de s’accepter tel qu’on est, c’est-à-dire imparfait. Et ce qui est rassurant, c’est qu’on l’est tous !

L’auto-compassion c’est l’énergie de l’amitié.

 

Une autre qualité de l’amitié est déterminante : un vrai ami aime passer du temps avec moi ! Dans quelle mesure j’apprécie de passer du temps avec moi-même ? Ce qui ne signifie pas être seul devant la télé ou fumer des pétards pour s’anesthésier. Être seul avec soi-même, c’est s’écouter, ressentir dans son corps ce qui se passe, l’accepter et l’apprécier. Un moyen d’être ami avec soi, c’est de passer du temps avec soi.

Lire page suivante : comment passer du temps de qualité avec soi ;
les apports du livre ;
les méthodes proposées par Pierre Portevin

Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis