Les agricultures familiales, une solution pour lutter contre la faim ?

Le baromètre 2018 SOS Faim vient de sortir. Face au réchauffement climatique et à la perte de ressources naturelles, il préconise une solution, capable de nourrir une population toujours grandissante sans nuire à l’environnement ni à la sécurité alimentaire mondiale : miser davantage sur l’agriculture familiale et l’agroécologie.

Rédigé par Brigitte Valotto, le 11 Nov 2018, à 13 h 00 min

Produire plus … mais respecter l’environnement, est-ce possible ? Comme tous les ans, le baromètre SOS Faim dresse un constat lucide et sans appel de la situation mondiale, avec de nouvelles projections qui vont toujours dans le même sens : une augmentation de la demande de produits agricoles. D’ici 2050, celle-ci devrait faire un bond de 60 à 120 %, tandis que les besoins en calories et en protéines connaîtraient une inflation de plus de 100 %, selon diverses études récentes. La FAO, quant à elle, prévoit une hausse de 60 %.

Baromètre des agricultures familiales – Plus d’hommes, oui… mais surtout, plus de besoins

Certes, la démographie mondiale continue à galoper : nous serons vraisemblablement entre 9 et 10 milliards à l’horizon 2050. Mais cette augmentation continue de la population ne suffit pas à expliquer celle des besoins. Le développement socioéconomique, l’augmentation des revenus, sont aussi des facteurs primordiaux : depuis 1960, la demande globale des produits agricoles a augmenté en fonction du revenu réel par habitant. Avec l’amélioration des revenus, les régimes alimentaires se transforment et deviennent plus riches en calories, en alimentation animale… donc plus gourmands en surface cultivée.

Des surfaces cultivées de plus en plus grandes © Rasica

Depuis plus de 30 ans, la disponibilité globale de nourriture par habitant excède les besoins : aujourd’hui, contrairement aux idées reçues, on produit plus que ce qui est nécessaire pour nourrir les 7,6 milliards d’habitants de notre planète. Et pourtant, la faim est toujours bien d’actualité.



Malnutrition : pas assez… ou trop ?

Dans le monde, la malnutrition dépasse de loin la sous-alimentation, qui touche déjà 821 millions de personnes. La faim cachée, c’est-à-dire les carences en nutriments, touche plus de 2 milliards de personnes, tandis qu’a contrario, deux autres milliards de personnes consomment trop de calories alimentaires. Dans les deux cas, c’est de la malnutrition, qui génère des carences en nutriments et de graves problèmes de santé. Cette malnutrition affecte la moitié de la population humaine, qu’elle soit sous-alimentée ou en surpoids.

Un enfant nigérian souffrant de malnutrition © bojstudios Shutterstock

En outre, les deux tiers de personnes qui souffrent de la faim sont, paradoxalement des paysans  : la faim est donc bien plus liée à la pauvreté qu’au déficit de production. C’est une réalité de première importance à prendre en compte, pour réaliser les Objectifs de Développement Durable (ODD) liés à l’élimination de la faim et à la sécurité alimentaire.

Plus de rendement ne suffira pas…

De 1963 à 2005, on a augmenté les rendements des principales cultures pour répondre à l’inflation de la demande, et les surfaces cultivées ont augmenté de 30 %. Mais de l’avis de nombreux experts, la croissance des rendements futurs devrait diminuer : elle ne pourra donc plus combler totalement l’augmentation de la demande. Quant à l’expansion des terres agricoles, elle pourrait se poursuivre dans les 40 prochaines années au même rythme que pendant les 40 dernières, selon certaines études ; mais les contraintes environnementales exigent de la restreindre : elle provoque déforestation, perte de biodiversité, émissions de carbone… L’enjeu sera donc d’augmenter la production sans augmenter les surfaces agricoles, tout en veillant à éviter les dégâts sociaux et environnementaux liés à l’intensification agricole et à la révolution verte. Pour résoudre une telle équation, les agricultures familiales à petite échelle ont un grand rôle à jouer.

Lire page suivante : la petite agriculture, avenir de l’humanité ?

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Journaliste free-lance, Brigitte Valotto est notamment une collaboratrice régulière des pages enfants, société, pratique, tourisme et actu de...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. -« nous serons vraisemblablement entre 9 et 10 milliards à l’horizon 2050 ».
    Je n’ai pas votre « optimisme »…parce que :

    -les changements climatiques trop brutaux ne permettront pas à bcp de pays d’y adapter leur agriculture,ainsi que la délocalisation humaine de leurs zones (cotières) à risque,
    -Nous n’aiderons que très peu la foultitude des pays en famine et çà risque hélas de s’écrémer…les plus cyniques,machiavéliques, diraient que çà nous arrangerait plutôt…
    -parce que la destruction programmée de la biodiversité nous emmène sur des pentes aussi dangereuses qu’irréversibles,
    -Parce que notre propre système immunitaire est à l’extrême limite de ce qu’il peut encore faire pour nous protéger. l’explosion des cancers (dont ce n’est que le début) et agressions endocriniennes de tous ordres nous montrent que qques gouttes de chimie diverses suffiront à faire déborder le vase.

    En celà je ne suis pas plus pessimiste que quiconque, simplement j’observe et j’analyse…
    Malraux disait que « le 21è siècle sera spirituel ou ne sera pas » , pour ma part je pense que , sauf improbable changement de cap radical et très rapide, il ne sera pas.
    Je ne serai plus là pour le voir , dommage, une explosion atomique c’est quand-même un magnifique spectacle, non?
    La planète s’en remettra , quant à nous…?

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