Ambition bio : Le gouvernement vise 15 % de surfaces agricoles bio à l’horizon 2022

Le ministère de l’Agriculture vient de dévoiler son plan Ambition Bio 2022 et promet une enveloppe de 1.1 milliard d’euros pour accélérer le développement du bio en France. Une annonce accueillie avec scepticisme du côté des associations et des syndicats agricoles.

Rédigé par Étienne Vergne, le 27 Jun 2018, à 7 h 45 min
Ambition bio : Le gouvernement vise 15 % de surfaces agricoles bio à l’horizon 2022
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Après trois mois de concertation, le gouvernement vient de présenter son nouveau plan de bataille en faveur de l’agriculture biologique. Une batterie de mesures qui vise à développer la production et la consommation, structurer les filières, renforcer la recherche, former les acteurs et encourager les conversions dans les territoires d’Outre-Mer.

Ambition bio : 20 % de produits bio dans la restauration collective

À l’heure actuelle, l’agriculture biologique concerne 6,5 % des surfaces agricoles utiles françaises (SAU). Ambition Bio 2022 ambitionne (comme son nom l’indique) d’atteindre 15 % d’ici 2022. Côté consommateur, l’objectif affiché est d’augmenter jusqu’à 20 % la part de produits bio dans la restauration collective.

ambition bio

20 % de bio dans la restauration collective en 2020 © Africa Studio

Le fonds « Avenir Bio » renforcé de 4 millions d’euros

Pour ce faire, le gouvernement annonce en soutien de ce programme une enveloppe de 1,1 milliard d’euros répartie sur la période 2018-2022 contre 0,7 pour la période 2013-2017. Un coup d’accélérateur qui renforcera trois instruments financiers.

D’abord les aides à la conversion financées à hauteur de « 200 millions d’euros de crédits État, 630 millions d’euros de fonds européens FEADER auxquels s’ajouteront les autres financements publics, et à compter de 2020, un apport de 50 millions d’euros par an par la redevance pour pollutions diffuses (RPD) », indique un communiqué du ministère de l’Agriculture. Le gouvernement doublera le fonds de structuration Avenir Bio, créé en 2009 pour financer le développement de l’agriculture biologique, qui passera de 4 à 8 millions d’euros par an. Et prolongera jusqu’en 2020 le crédit d’impôt bio en le revalorisant de 2.300 à 3.500 euros.

Ce plan de financement a d’ores et déjà soulevé quelques doutes sur sa fiabilité. Notamment sur la disponibilité des fonds européens. Selon la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB), six régions ont déjà consommé l’enveloppe Feader disponible jusqu’en 2020. D’autres voix n’ont pas manqué de souligner que le budget de la prochaine PAC n’a pas encore été voté.

Vers une nouvelle filière de semences et de plants bio

Tout l’enjeu sera aussi d’encourager les conversions. Notamment pour faciliter l’accès au foncier. Le gouvernement engagera par ailleurs une réflexion sur la création d’un fonds d’indemnisation des exploitations impactées par une contamination extérieure.

L’initiative anticipe l’entrée en vigueur en 2021 du nouveau règlement bio européen. Ce texte, adopté en avril, prévoit de retirer la mention bio des produits contaminés par un pesticide ou un engrais.

Ce même règlement européen autorise désormais les producteurs bio à échanger les semences issues de leurs cultures. L’ancien système exigeait un Certificat d’Obtention Végétal (COV) quasi inaccessible pour les petits producteurs. Le plan Ambition Bio 2022 s’attellera au développement d’une filière spécifique autour des semences, des plants bios mais aussi à favoriser les échanges d’intrants bio.

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Fin 2017, La France comptait 37.000 exploitations en agriculture biologique, soit 50 % de plus qu’en 2012 © tomasworks

Mobilisation de la recherche et de la formation

La recherche jouera son rôle. « Des programmes de recherche dédiés au bio tant en amont qu’en aval et en lien direct avec les opérateurs économiques vont être développés auxquels les régions seront associées », annonce le ministère de l’agriculture. Une dynamique coordonnée par l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) et l’Institut national de recherche agronomique (Inra).

Sur la formation, il s’agira de développer la prise en compte du bio dans l’enseignement supérieur agronomique et vétérinaire et la formation continue des professionnels.

Du côté des agriculteurs bio : un « miroir aux alouettes »

Pour la FNAB, la confiance n’est pas au rendez-vous : les aides 2016 n’ont toujours pas été versées ; celles au maintien en vue de soutenir les services environnementaux rendus par l’agriculture, n’ont pas été rétablies ; les caisses des Régions – qui paient les aides à la conversion, n’ont pas été renflouées ; les crédits pour le développement sont toujours plus contraints.

Un grand plan national sans budget à la hauteur des enjeux ne sera qu’un miroir aux alouettes qui permettra au gouvernement de surfer sur une vague qu’il n’a ni créée ni même entretenue. L’écart qui se creuse entre le terrain et Paris, entre les régions et le gouvernement, n’est pas pour nous rassurer alors que s’ouvre la discussion sur la prochaine PAC.
Guillaume Riou, président de la FNAB

 

Illustration bannière : Panier bio – © Agatha Koroglu
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