Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le sanglier

Des centaines de milliers de sangliers sont abattus chaque année en France… sans pour autant que l’on connaisse leur nombre sur notre territoire. À défaut de savoir combien ils sont et comment on peut ‘gérer’ des populations sans en connaître les effectifs, efforçons-nous d’en apprendre un peu plus sur cet animal très présent dans l’Hexagone.

Rédigé par Julien Hoffmann, le 4 Sep 2020, à 18 h 10 min

Si Astérix a su amener le sanglier sur le devant de la scène, ce n’est pas pour autant que l’espèce est bien connue des Français. Y seraient-ils réfractaires ? Pourtant, le sanglier, cet animal imposant qui sait tellement bien s’adapter à toutes sortes de situations, ne quittera pas nos forêts de sitôt. Alors il est temps de découvrir une espèce presque aussi répandue que mal connue, mais qui a bien sa place chez nous.

Généralités sur le sanglier

Le sanglier (Sus scrofa) pèse en moyenne 130 kg mais aller jusqu’à 300 kg et il peut mesurer jusqu’à 1 ,70 m de long. Son espérance de vie atteint les 10 ans.

Sangliers et leurs petits © Martin Prochazkacz

Mâles comme femelles sont des animaux massifs, mais seuls les mâles ont des défenses et des grès (sortes de défenses sur les mâchoires supérieures) qui, en se frottant les unes aux autres, restent aiguisées tout au long de sa vie.

Particulièrement sédentaire, le sanglier se repose durant le jour et s’active pour chercher de la nourriture la nuit.

Les sangliers pratiquent la polygynandrie, c’est à dire que plusieurs mâles s’accouplent avec plusieurs femelles et vis et versa, pour une moyenne de trois pères différents par portée. La maturité sexuelle intervient vers l’âge d’un an et parfois même plus tôt, pour certaines femelles : la pression de chasse pourrait être l’une des raisons de l’adaptation de l’espèce à se reproduire plus rapidement.

Particularités du sanglier

Le sanglier est un animal qui s’adapte bien tout particulièrement en matière alimentaire. S’il fallait résumer, on pourrait dire qu’il est capable de manger à peu près tout et n’importe quoi, même si son régime alimentaire est habituellement constitué de 95 à 97 % de matière végétale.

Cette faculté adaptative a permis au sanglier de tirer profit des fructifications forestières exceptionnelles des 15 dernières années dues au réchauffement climatique. Glands, faines et châtaignes étant de leurs plats préférés, les populations de sangliers ont pu croître d’autant.

On pourrait également s’interroger sur l’impact de l’agrainage par les chasseurs (distribution de milliers de tonnes de grains en forêt pour nourrir les sangliers et, semble-t-il, les cantonner à un endroit pour éviter qu’ils n’attaquent les cultures… qui pour certaines servent à nourrir les sangliers ?).

Enfin, toujours dans la catégorie alimentation, les sangliers peuvent perdre jusqu’à 50 % de leur poids lors de périodes de disette et sont capables de refaire des réserves complètes en quelques semaines seulement.

Statut actuel de l’espèce

Le sanglier est classé en qualité de gibier chassable avec un pouvoir donné au Préfet qui édicte la politique concernant l’espèce dans son arrêté annuel d’ouverture de la chasse (article R. 224-4 du Code rural).

Le sanglier n’est classé sur aucune liste d’espèce menacée que ce soit en France ou à l’international.

Les menaces qui planent sur le sanglier

Les sangliers, nombreux, peuvent parfois poser des problèmes sanitaires dans le cas de transmissions de maladies aux animaux domestiques, causent des dégâts aux cultures ainsi que des accidents de la route. Ils nous font aussi nous interroger déontologiquement quant à la chasse qui leur est faite comme unique moyen de gestion de l’espèce.

Lire à ce propos l’analyse de Pierre Rigaux sur le blog de DefiEcologique.com.

Dégâts causés par les sangliers lors de leur recherche de nourriture © ENRIQUE ALAEZ PEREZ

En effet, ce n’est pas parce qu’une population d’animaux est nombreuse que cela veut dire qu’elle n’est pas en danger. ONn a déjà vu les effectifs de certaines espèces chuter à toute vitesse, comme c’est le cas pour le phoque par exemple.

La chasse

Le sujet de la chasse au sanglier est à prendre avec des pincettes sauf à le développer comme il se doit, ce qui est bien trop complexe en un seul paragraphe.

Une chose est cependant certaine, la chasse aux sangliers telle qu’elle existe est tout bonnement insoutenable de l’aveu même du nouvel Office Français de la Biodiversité qui vient d’assimiler l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage(2).
En effet la gestion conservatrice du sanglier par les chasseurs augmente leur population, ce qui multiplie les problèmes (dégâts, maladies, collisions, etc.) et justifie artificiellement l’intervention des chasseurs.

Le manque de prédation

Comme bien souvent quand l’humain a mis ses pattes dans un écosystème, c’est un peu le serpent qui se mord la queue. En effet les chasseurs ne sont pas majoritaires à vouloir accueillir le loup qui, de leur point de vue, leur fait concurrence aussi sûrement que le lynx. Pourtant le loup est tout à fait à même de se nourrir de sangliers…

Une meute de loup, en Pologne, se nourrissant d’un sanglier © Szymon Bartosz

Pourtant le loup pourrait être un auxiliaire de gestion des effectifs de sangliers (comme d’autres espèces)… Il faudrait cependant que la doctrine de base veuille un retour à un équilibre écosystémique plutôt qu’une seule gestion cynégétique.

L’artificialisation des sols et la création d’infrastructures

L’augmentation du trafic et du réseau routier en parallèle d’une augmentation des populations de sangliers mène à une augmentation logique des collisions. L’urbanisation galopante et l’artificialisation des sols repousse les sangliers toujours plus « ailleurs », comme pour toutes les autres espèces, quoi que cet ailleurs reste de plus en plus hypothétique.

Les zones protégées exemptes de chasse servent ainsi plus sûrement encore de repli pour les sangliers en période de chasse. Les sangliers qui s’y réfugient gravitent alors autour de la zone protégée pour se nourrir, souvent dans les cultures, causant de facto des dégâts que les agriculteurs mettent souvent sur le dos de la zone protégée plutôt que de la pression de chasse.

Là encore, comme dans le cas du nombre de sangliers présents sur le territoire français, personne n’a encore jugé bon d’en faire une étude laissant ainsi le champ libre à toutes les spéculations et aux décisions de gestion arbitraires de l’espèce.

Les maladies

Il existe de nombreuses maladies qui peuvent affecter les sangliers dont certaines sont relativement graves comme la tuberculose bovine, la peste porcine africaine, la maladie d’Aujesky, la fièvre aphteuse, la peste porcine classique ou encore la brucellose.

Comment aider le sanglier

Comme pour toute la biodiversité, ordinaire ou non, participer à son observation, transmettre vos connaissances notamment aux jeunes publics et soutenir les associations de protection de la faune sauvage et tous les organismes qui oeuvrent à la préservation des écosystèmes sont des gestes essentiels.

Heureusement pour lui qu’il n’y a pas de chasseur dans le mirador derrière ce sanglier © Budimir Jevtic

Le sanglier fait cependant les frais d’une gestion cynégétique (par les chasseurs) qu’il est temps de remettre en question à l’aune des problèmes des chasseurs (population vieillissante, diminution du nombre de tireurs, etc.), de la volonté des citoyens de retrouver un équilibre écosystémique plus proche de la Nature, des nouveaux outils de gestion des sangliers (loup, Office Français de la Biodiversité, etc.) et d’une déontologie plus aiguisée quant à l’abattage massif d’animaux sauvages.

Il existe ainsi bon nombre d’associations locales mais aussi de fédérations d’associations qui se penchent, sans dogme, sur le sujet et travaillent également (pas partout loin s’en faut, mais tout de même…) avec des fédérations départementales de chasse qui sont progressistes.

Nous pouvons avoir une nouvelle place aux côtés de cette espèce, mais la chose n’est possible et ne prendra corps qui si tout le monde se sent un peu concerné par le sujet, et pas seulement les chasseurs vs les anti-chasses.

Illustration bannière : Une harde de sanglier © WildMedia
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