Pourquoi se gratte-t-on le nez ?

Rédigé par Stephen Boucher, le 28 Mar 2015, à 17 h 00 min

Pourquoi, après quatre millions d’années d’évolution et d’efforts de civilisation, continuons-nous à farfouiller à l’intérieur de nos narines ? C’est dégoûtant, insalubre et potentiellement dangereux. Est-ce donc une fonction nécessaire, ou juste une mauvaise habitude ? Exploration scientifique d’une pratique déconcertante…

91 % d’entre nous…

Peu d’entre nous l’admettons, mais peu ne le faisons jamais. Si nous sommes pris en flagrant délit, nous en éprouvons de la gêne. Et nous avons tendance à froncer les sourcils quand d’autres le font en public.

Je parle, bien sûr, de ce geste fréquent – surtout semble-t-il quand on est conducteur à un feu rouge – de l’index vers ses narines (jamais celles des autres, rassurez-moi ! ?)… Ce curage est-il vraiment aussi mauvais pour l’hygiène que le voudrait notre réaction de dégoût instinctive ?

La « rhinotillexomanie »

Le terme médical utilisé pour décrire l’acte de nettoyer son nez est “rhinotillexomanie” : “habitude de se curer le nez avec les doigts”. La première étude scientifique approfondie (sic) de cette pratique généralement privée a été effectuée en 1995, par deux chercheurs américains, JW Thompson et TD Jefferson. Ils ont envoyé un questionnaire par la poste à 1.000 adultes du comté de Dane, dans le Wisconsin, aux États-Unis.

Le mucus nasal séché…

À la base, la morve – mucus nasal pour les poètes – est sécrétée par la muqueuse qui tapisse les fosses nasales afin d’humidifier et réchauffer l’air inspiré. Elle filtre aussi les microparticules présentes dans l’air pour protéger nos poumons. D’où la célèbre crotte de nez, qui est le fruit de l’agglomération de cette même movre avec les poussières et microbes capturés par la morve. C’est littéralement du mucus séché.

Les scientifiques mettent leur nez dans cette histoire

Parmi les 254 qui ont répondu – peu donc -, pas moins de 91 % ont avoué être adeptes de la pratique, jusqu’à, pour une minorité, le faire au moins une fois par heure, voire tellement se gratter le nez qu’ils en avaient causé une cuvette dans leur cloison nasale…

Quoiqu’insuffisant, ce sondage suggère ce dont on se pouvait se douter :  l’habitude de se gratter le nez, en dépit des tabous culturels qui entourent cette pratique, est répandue.

Les jeunes, champions toutes catégories

En 2000, les médecins Chittaranjan Andrade et BS Srihari de l’Institut national de santé mentale et de neurosciences de Bangalore, en Inde, ont décidé de creuser le sujet un peu plus (re-sic). Se concentrant sur les populations jeunes, et s’efforçant de remédier aux limites de l’étude du Wisconsin, ils ont distribué leurs questionnaires dans des classes de quatre écoles de Bangalore représentatives de catégories socio-professionnelles et d’âges différents.

femme-nez-visage

Ils ont ainsi compilé les données de 200 adolescents. Presque tous ont admis fouiller dans leur nez, en moyenne quatre fois par jour. Rien d’étonnant là aussi, me direz-vous, mais ce qui étonne plus sont les tendances révélées : quelque 7,6 % des étudiants ont avoué pratiquer un grattage plus de 20 fois par jour, et près de 20 % craignaient souffrir d’un « problème de curage grave ».

Les jeunes femmes seraient plus propres

Si l’étude n’a pas révélé de différences notables selon la classe socio-économique, les garçons semblaient plus susceptibles de recourir à cette pratique, tandis que les filles étaient plus susceptibles de penser que c’est une mauvaise habitude. Les garçons étaient également statistiquement plus susceptibles d’avoir de mauvaises habitudes supplémentaires, comme se ronger les ongles (onychophagie) ou se tirer les cheveux (trichotillomanie).

Âmes sensibles, arrêtez la lecture

Comment se pratique ce curage ? Pas qu’avec les doigts semble-t-il : 13 étudiants ont déclaré avoir utilisé des pinces, neuf des crayons. Et neuf d’entre eux – neuf ! – ont admis… manger les trésors obtenus de leurs cavités nasales.

Perforation nasale, infections bactériennes…

Soyez rassurés : notre mauvaise habitude occasionnelle et discrète n’est probablement pas pathologique d’une point de vue psychologique. Alors que se ronger les ongles ou se plumer les poils du crâne sont des manifestations bien connues de trouble obsessionnel-compulsif, la rhinotillexomanie ne l’est généralement pas.

La cueillette nasale n’est pas pour autant inoffensive. Dans certains cas extrêmes, elle peut causer ou être liée à des problèmes plus graves, comme le montrent Andrade et Srihari dans leur étude et dans leur revue de la littérature médicale : perforations de la cloison nasale chronique, infections…

portrait-peau-visage-cosmetique

Comme démontré par ailleurs par des chercheurs néerlandais dans une étude de 2006, se gratter le nez peut en effet faciliter la migration des infections bactériennes entre l’oreille, le nez et la gorge. Les “gratteurs” sont ainsi plus susceptibles d’abriter des bactéries Staphylococcus aureus dans leur nez que les “non-gratteurs”, et vice-versa.

Mais alors pourquoi ?

Donc, étant donnés tous ces risques, et celui de provoquer le dégoût chez les autres, pourquoi continuons-nous encore à la faire ? Parmi les motifs invoqués par les sondés (sic…) : soulager une démangeaison, enlever les débris de mucus nasal séché, et, pour certains, « se sentir bien »

Plus généralement, ce serait la combinaison d’une simple satisfaction tirée du « rangement » et nettoyage ainsi effectués, et le fait, prosaïque, que notre nez est tout le temps à portée de main (vous comprendrez donc notre choix, malgré nos premières préventions, de classer cet article dans la rubrique “bien-être”…).

Sachez-le, le nez est en effet un foyer de bactéries, sans pour autant nous rendre malades. D’où l’hypothèse émise par le Professeur Scott Napper, chercheur canadien, en avril 2013 après avoir observé ses deux filles manger leurs crottez de nez, que manger celles-ci pourrait stimuler le système immunitaire en produisant des anticorps. Il n’a, à ce jour, pas trouvé de volontaires pour mener les expériences qui permettraient de valider son hypothèse…

Recommandations

Si elles semblent évidentes, au regard de la fréquence de la pratique il est bon de les rappeler :

Utilisez un mouchoir.

Lavez-vous les mains après.

Privilégiez, quand vous le pouvez, le rinçage à l’eau claire, ou utilisez un spray nasal type Stérimar.

 

Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. N’utilisez que de l’eau sterilisée du type sterimar ou sérum physiologique, l’eau du robinet peut être porteuse de germes dont il vaut mieux se prémunir… (cela peut être très grave dans certains cas)

  2. Je confirme : le lavage de nez au sérum physiologique est plus agréable et plus efficace que le curage manuel…

  3. pour la pratiquer régulièrement, je peux vous assurer des bienfaits de la douche nasale ou Jala neti sur ma respiration et ma santé

  4. pour la pratiquer régulièrement, je peux vous assurer des bienfaits de la douche nasale ou Jala neti sur ma respiration et ma santé bonne-eau-bonne-terre.over-blog.com/les-bienfaits-de-la-douche-nasale-ou-jala-neti

Moi aussi je donne mon avis