En Bretagne, Moëlan-sur-mer rend ses terres agricoles aux paysans

À Moëlan-sur-Mer, 400 propriétaires se voient contraints de louer leurs terres en friche à des paysans afin de les cultiver à nouveau.

Rédigé par Aurélie Giraud, le 1 Feb 2020, à 10 h 05 min
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Dans le Finistère, le maire de Moëlan-sur-Mer a eu l’idée de recourir à une ancienne procédure du Code rural pour cultiver des parcelles privées laissées à l’abandon en agriculture bio et paysanne.

Moëlan-sur-Mer – Une autonomie alimentaire dans la commune

C’est dans la petite ville de Moëlan, 7.000 habitants, que le maire a utilisé une procédure du Code rural peu employée. Celle de contraindre les propriétaires d’anciennes terres agricoles inoccupées à les louer. Cette initiative a permis de créer en deux ans une trentaine d’emplois et de réutiliser 120 hectares. Les aliments cultivés en bio servent ensuite à approvisionner les hôpitaux, les cantines scolaires et les maisons de retraites. Cette production pourrait également permettre de créer le premier marché bio de la ville. De plus, les paysans, qui cultivent ces friches en agriculture bio, sont soulagés d’un point de vue financier puisqu’ils n’ont pas d’impôts fonciers à payer.

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Comme beaucoup de communes littorales bretonnes Moëlan-sur-mer vit aussi de la mer © Christian v. Ditfurth

Ainsi, en plus de stimuler l’économie de cette petite ville du Finistère, cette démarche permet de renforcer l’autonomie alimentaire de la commune. Pour Lysiane Jarno, animatrice-coordinatrice de Terre de liens en Bretagne, c’est une initiative publique qu’il est possible de répliquer dans d’autres villes. Dans des propos rapportés par Reporterre, elle explique qu’il est essentiel de remettre ces terres agricoles non utilisées en culture car elles : « empêchent l’autonomie alimentaire fondée sur l’agriculture bio, locale et respectueuse des territoires »(1).

Lire aussi : Les friches urbaines sont aussi porteuses de biodiversité

Redonner une utilité aux parcelles inoccupées

Alors que la Bretagne est la première région agricole, la perte de parcelles agricoles est énorme. Cela représenterait une surface de 24,3 hectares perdue toutes les deux heures selon Terre de liens. Dans le Finistère, 60.000 hectares seraient ainsi en friches agricoles. Ces terres non-utilisées sont pour la plupart devenues un maquis de petits arbustes et de ronces.

Alors que ces parcelles étaient utilisées jusqu’en 1970 et fertilisées avec des algues, elles ont été délaissées par les petits paysans à l’arrivée des machines. Les petites parcelles ont été divisées et acquises par différents propriétaires. Marcel Le Pennec, le maire de Moëlan a voulu « redonner leur vocation agricole à ces parcelles très fertiles ».

C’est de cette façon qu’il a eu l’idée avec un conseiller municipal, et ingénieur agronome, Erwan Gourlaouen, d’utiliser l’article L125-1 selon lequel : « Quand un terrain agricole contient des friches depuis au moins trois ans, les autorités peuvent demander aux propriétaires de les mettre en culture eux-mêmes ou de les louer à des agriculteurs qui le feront ».

Cultiver en bio

Autre point d’honneur à cette initiative, le maire a souhaité que les parcelles soient cultivées en agriculture bio et paysanne. Pour cela, il a présenté son projet aux habitants qui ont également plébiscité le bio. Ces derniers peuvent également décider de remettre leur parcelle en culture eux-mêmes. Dans l’une des parcelles, Julien Doineau a créé l’Atelier potager. Il fait pousser des pommes à cidre et d’autres fruits et légumes dans l’une des parcelles(2).

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Le menu de la cantine de Moëlan-sur-mer ! © Mairie de Moëlan-sur-Mer / Facebook

Toutefois, le projet ne fait pas l’unanimité. Ainsi, certains opposants ont confronté l’initiative par articles de loi interposés. De plus, certains exploitants qui utilisent des pesticides sont en colère et contre le projet. Ils souhaitent également obtenir certaines friches. Pour le moment, ces derniers ne sont pas parvenus à arrêter l’initiative du maire de Moëlan qui devrait faire renaître tout un écosystème. À Moëlan-sur-Mer, vive arbres fruitiers, plantes aromatiques et fleurs : un beau programme pour renforcer la biodiversité !

Illustration bannière : Enfant ramassant une pomme bio – © Serenko Natalia

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