Pourquoi la faim ne vous met pas de mauvaise humeur pour les raisons que vous croyez

Il vous suffit d’un repas sauté pour devenir irritable, voire franchement désagréable ? Ce phénomène universel a désormais une explication scientifique… Et elle remet en question bien des idées reçues. Une nouvelle étude, publiée en décembre 2025, révèle que ce n’est pas uniquement la baisse de glycémie qui perturbe l’humeur, mais surtout la manière dont notre cerveau perçoit ce déficit énergétique.

Rédigé par , le 24 Jan 2026, à 11 h 45 min
Pourquoi la faim ne vous met pas de mauvaise humeur pour les raisons que vous croyez
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Longtemps attribuée à une chute brutale du taux de sucre dans le sang, la mauvaise humeur liée à la faim trouve en réalité son origine dans la perception subjective d’un manque d’énergie, selon une étude récente. Une avancée décisive pour comprendre les mécanismes affectifs liés à l’alimentation.

Une humeur influencée par la perception du corps, plus que par le glucose

La revue scientifique eBioMedicine (groupe The Lancet) a publié, le 9 décembre 2025, une étude menée par une équipe interdisciplinaire de chercheurs qui se sont penchés sur les liens entre glycémie, faim et fluctuations d’humeur. En suivant pendant quatre semaines un groupe de 90 adultes en bonne santé, les scientifiques ont pu observer, grâce à des capteurs de glucose et une application mobile de suivi, l’évolution simultanée de leur taux de glucose, leur sensation de faim et leur humeur. Selon l’étude, « Bien que les niveaux de glucose soient associés à l’humeur, ce lien est médié par les évaluations de l’état métabolique », ont précisé Kristin Kaduk et ses collègues dans l’article publié.

En d’autres termes, la simple variation du taux de sucre dans le sang ne suffit pas à expliquer les changements émotionnels observés. Ce qui compte vraiment, c’est la manière dont chaque individu ressent cette baisse d’énergie. C’est donc l’interprétation consciente du manque qui provoque l’irritabilité. « En d’autres termes, ce n’est pas le niveau de glucose en lui-même qui influence l’humeur à la hausse ou à la baisse, mais plutôt la manière dont nous percevons consciemment ce manque d’énergie », a expliqué Dr Kristin Kaduk. Cette précision replace la perception interne du corps, appelée intéroception, au centre des variations d’humeur liées à la faim.

Pourquoi certaines personnes gèrent mieux la faim que d’autres ?

Ce changement de paradigme éclaire également les grandes différences interindividuelles face à la faim. En effet, certains individus deviennent facilement agressifs ou anxieux lorsqu’ils n’ont pas mangé, tandis que d’autres restent parfaitement stables. Les résultats publiés montrent que les participants dotés d’une meilleure intéroception, c’est-à-dire une aptitude à reconnaître précisément les signaux internes de leur corps, ont présenté des variations d’humeur significativement moindres, même lorsque leur taux de glucose variait fortement. L’étude de l’Université de Bonn, relayée par MedicalXpress, précise que « Lorsque les niveaux de glucose diminuent, l’humeur se détériore également. Mais cet effet ne se produit que parce que les gens se sentent alors plus affamés. », selon les mots du Dr Kaduk.

Cette distinction, entre signal physiologique et interprétation subjective, change fondamentalement la compréhension du lien entre faim et humeur. Elle suggère notamment que des stratégies centrées sur la conscience corporelle pourraient atténuer les effets désagréables du manque d’alimentation. Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont suivi leurs sujets pendant quatre semaines. Chaque participant a été équipé d’un capteur de glucose interstitiel permettant une mesure continue de la glycémie. En parallèle, chacun devait consigner plusieurs fois par jour ses niveaux de faim, de satiété et son état émotionnel via une application mobile dédiée. Cette méthodologie rigoureuse a permis de corréler les données physiologiques aux ressentis déclarés, tout en distinguant les relations directes des liens indirects.

Moment d’attente avant le repas

La fameuse “hypoglycémie de mauvaise humeur” n’est pas une fatalité biologique, mais un mécanisme psychophysiologique modulable..
 

Vers une meilleure gestion de l’humeur via l’écoute du corps

Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles approches dans la gestion de l’humeur et du stress alimentaire. Si la perception consciente des signaux corporels joue un rôle décisif dans la régulation émotionnelle, il devient pertinent d’envisager des thérapies ou des programmes éducatifs centrés sur l’apprentissage de l’intéroception. Le concept n’est pas nouveau, il est au coeur de pratiques comme la pleine conscience, qui vise à affiner l’écoute des sensations internes. Mais l’étude vient lui apporter une légitimité scientifique renforcée, en montrant que cette perception influence directement l’état émotionnel.

Intéroception : de quoi parle-t-on ?

L’intéroception désigne la capacité du cerveau à percevoir, interpréter et comprendre les signaux internes du corps. Elle nous permet, par exemple, de sentir la faim, la soif, la fatigue, le stress, les battements du coeur ou encore la tension musculaire.

Contrairement à la douleur ou au toucher, souvent déclenchés par des stimuli externes, l’intéroception fonctionne en continu, en arrière-plan. Elle joue un rôle central dans la régulation des émotions : lorsque ces signaux sont mal identifiés ou mal interprétés, le cerveau peut réagir de manière disproportionnée, par de l’irritabilité, de l’anxiété ou une baisse de l’humeur.

En pratique, développer l’intéroception (par l’attention aux sensations, la respiration ou la pleine conscience) permettrait de désamorcer certaines réactions émotionnelles automatiques, notamment celles liées à la faim.

Comment améliorer son intéroception au quotidien ?

Pas besoin de méditer une heure par jour. De petits gestes suffisent pour mieux écouter les signaux du corps :

  • Faire une pause avant de manger
    Avant un repas ou un grignotage, prenez 30 secondes pour identifier la sensation dominante : faim réelle, fatigue, stress ou ennui. Ce simple temps d’arrêt aide le cerveau à mieux interpréter le signal.
  • Mettre des mots sur ses sensations
  • Dire intérieurement « j’ai faim », « je me sens tendu », « je manque d’énergie » permet de clarifier l’état interne et d’éviter une réaction émotionnelle automatique.
  • Ralentir quand l’irritabilité monte
  • Une respiration lente (inspiration 4 secondes, expiration 6 secondes) aide à distinguer un vrai besoin physiologique d’une réaction émotionnelle passagère.
  • Observer sans juger

 

Moment de pause et d’introspection avant un repas

Mieux écouter son corps n’empêche pas d’avoir faim, mais permet d’éviter que la faim prenne le contrôle de l’humeur.

À terme, cela pourrait même bénéficier à la prise en charge de troubles alimentaires ou de pathologies liées à la régulation émotionnelle. Enfin, ces découvertes posent un regard neuf sur la traditionnelle « fringale de mauvaise humeur », longtemps associée à tort à une simple hypoglycémie. Elles rappellent que notre humeur, comme notre comportement alimentaire, dépend autant de la biologie que de la manière dont notre cerveau interprète les signaux du corps.

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Rédactrice dans la finance, l'économie depuis 2010 et l'environnement. Après un Master en Journalisme, Stéphanie écrit pour plusieurs sites dont Economie...

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