Courir pieds nus : est-ce vraiment le pied ?

Concept soutenu par des arguments de performance, le fait de courir pieds nus connaît un franc succès – depuis la deuxième moitié du 20e siècle – auprès des sportifs professionnels et coureurs du dimanche. Encore appelée ‘barefoot running’, la course sans chaussures (ou presque) n’a-t-elle que des avantages ?

Rédigé par Cornélia, le 27 Aug 2017, à 13 h 15 min

La course à pieds est une activité physique devenue pour beaucoup, synonyme de bien-être. Fini le jogging, aujourd’hui, on parle de running  mais, pratiqué sur le bitume, ce sport peut provoquer des traumatismes – parfois chroniques ou graves – au niveau des tendons, des articulations et même du dos. Si le choix des chaussures pour courir s’impose pour certains, d’autres optent pour le bénéfice de courir pieds nus. Discipline venant des États-Unis, la course pieds nus sur l’herbe, le bitume ou le sable est souvent promue par les podologues, afin de faire travailler les tendons et muscles. Pourtant, les inconvénients ne sont pas à négliger. Qu’en est-il vraiment ? Quels sont les bienfaits et risques du « barefoot running » ?

Courir pieds nus pour prévenir les blessures et douleurs ostéo-musculaires ?

Diverses études notamment celle de biomécanique publiée dans American Academy of Physical Medecine Rehabilitation remettent en cause, l’efficacité des chaussures de course à pied. Selon ce magazine médical américain, à long terme, elles aggraveraient les tensions au niveau de la hanche et du genou pour les pratiquants réguliers.

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La majorité des coureurs atterrissent sur le talon © Jacob Lund

En effet, environ 80 % des coureurs atterrissent sur le talon. Or, le poids du corps est amorti par les matériaux des chaussures de sport, qui exacerbent les forces de tension exercées sur les hanches, les genoux et les chevilles et peuvent ainsi provoquer des fractures ou encore de l’aponévrosite plantaire (une inflammation douloureuse du dessous du talon). Cela pourrait-il expliquer le nombre croissant de coureurs victimes de blessures répétitives depuis les années 1980 ? Les fabricants de chaussures de sport ne devraient-ils pas repenser leurs produits ?

Les bienfaits de la course à pied nus

Par contre, courir pieds nus, ou équipé de chaussure à cinq orteils, aussi appelées chaussures minimalistes, aux structures simples, sans amortisseurs et dessinant parfois les orteils, permettrait de limiter au maximum l’impact « talon/sol » en favorisant un atterrissage sur la plante du pied et mieux encore, directement sur l’avant pied.

Les adeptes de cette pratique soutiennent que l’humain est biomécaniquement conçu pour marcher et courir sans chaussures, et que le geste précis que font le pied et la jambe constituent une forme d’ « amortissement naturel », suffisant pour prévenir les douleurs.

Plus encore, courir pieds nus améliore l’équilibre, renforce les muscles et améliore le flux sanguin car, lorsque nous marchons ou courons sans chaussures, notre posture est différente : les mouvements sont plus stables, la tête et les hanches s’accordent avec ceux des pieds, et les épaules sont plus détendues.

Aussi, en atterrissant sur l’avant de la plante du pied (et non sur le talon), les muscles du coureur ne sont pas sollicités de la même manière, le poids de corps se diffuse différemment sur les zones du pied, et cela permettrait de courir plus vite.

Courir pieds nus : entre fausses idées et inconvénients

S’exprimant sur cette thèse qui fait débat, le Dr Bruno Sesboüe, médecin à l’Institut régional de médecine de sport de Caen, a expliqué au Figaro que la course à pieds nus limite « la sollicitation du talon qui peut entraîner des lésions au niveau des muscles, des os, ou des tendons« , avant de préciser toutefois que cette pratique « en appuyant sur les têtes métatarsiennes situées à l’avant des os des pieds, […] augmente à l’inverse le risque de fractures de fatigue des métatarses« . Ce qui ne fait que déplacer le problème !

D’autre part, une étude parue dans la revue Journal of Applied Physiology, montre que les coureurs attaquant le sol par le talon, sans pour autant courir plus vite, dépensent moins d’oxygène et d’énergie que ceux ayant habituellement des appuis à la pointe du pied.

Par ailleurs, parmi les inconvénients de courir pieds nus, on retiendra – surtout pour les débutants – les risques de se blesser avec des objets pointus ou coupants pas facilement repérables.

courir pieds nus

© Willyam Bradberry

Ainsi, on en conclut que la façon de courir est plus importante que ce que l’on porte aux pieds, et restant à l’écoute de son corps : le tout est de trouver ce qui fonctionne mieux pour soi, que ce soit le footing pieds nus ou avec des chaussures, ou en alternance !

Courir pieds nus est une discipline à tenter, en prenant les précautions nécessaires pour éviter toute blessure : quelques séances sur des surfaces sûres peuvent permettre de diversifier l’entraînement et de solliciter les muscles différemment. Une transition progressive est conseillée aux pratiquants réguliers de course à pied : le temps de course ou la distance parcourue pieds nus ou avec des chaussures minimalistes ne doit pas dépasser 10 % du total par semaine pour commencer.

Illustration bannière : Courir pieds nus, est-ce bon ou pas ? – © Freedom_Studio
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Diplômée en Sciences Politiques, créatrice de mon entreprise et passionnée par les médias digitaux, je suis aujourd’hui mue par une motivation sans...

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