Le bambou, matériau millénaire… et écologique ?

Le bambou est une plante étonnante à bien des égards et on en découvre chaque jour de nouvelles utilisations. Bien qu’on parle souvent de « forêts de bambou », ce n’est pas un arbre mais une graminée, comme l’herbe ou le maïs. Plus que jamais, il reste promis à un bel avenir. Attention toutefois, tout bambou n’est pas durable jusqu’au bout.

Rédigé par Paul Boucher, le 26 Nov 2017, à 17 h 15 min

Bambou : qui va rapido, va pas sano ?

Dans le commerce traditionnel du bambou, un intermédiaire achète le bambou à un prix très bas aux petits producteurs, qui n’ont pas de pouvoir de négociation. Résultats : de faibles revenus, des conditions de vie difficiles, et des cultures de bambou loin d’être durables, surtout avec une demande qui va crescendo :

  • Des forêts entières en Asie sont rasées pour laisser place à des plantations de bambous en monoculture qui ont tendance à envahir les peuplements forestiers restants, la plupart des espèces de bambous étant dites « traçantes », avec des racines (rhizomes) parcourant plusieurs mètres sous terre et perturbant les écosystèmes.
  • Les coupes s’effectuent parfois sans attendre que les bambous soient arrivés à maturité, donnant des produits de mauvaise qualité
  • Sans compter les effets connus de la monoculture sur l’environnement : épuisement des sols, maladies, invasions de ravageurs…

Avant d’acheter des produits en bambou, vérifiez donc leur provenance et s’ils ont été fabriqués dans une démarche durable et de commerce équitable initiée par la marque distributrice.

Du bambou labellisé FSC

Le bambou certifié FSC a fait son apparition sur le marché. Ce label garantit que le bambou coupé a minimum 5 ans, qu’il provient d’une bambouseraie gérée durablement et dont seulement 20 % de la plantation sont récoltés annuellement.

Point noir : le bambou FSC se fait encore rare. On en trouve essentiellement dans le textile et les revêtements : planchers, contreplaqués, placages.

déforestation bambou

Déforestation en cours en Indonésie.

Bambou : des produits dérivés pas toujours verts

Méfiez-vous aussi du bambou lamellé et collé pour en faire des parquets, pré-verni, émettant des COV et contenant de l’acide acétique. Privilégiez les bambous utilisant des colles sans solvant et des vernis à base d’eau.

Idem pour les vêtements en fibres de bambou : ils sont doux comme la soie, antibactériens… mais traités avec un tas de produits chimiques polluants pour 98 % d’entre-eux. Ces derniers sont en effet fabriqués à partir de la viscose du bambou, transformée en fibres après maintes opérations utilisant soude, disulfure de carbone, acétone, sel d’ammonium…. Bref, une fibre naturelle très « artificialisée ».

Heureusement, les 2 % restants sont confectionnés à partir de fibres véritablement naturelles, mais dont la production est plus complexe et très coûteuse.

Alors bambou ou pas bambou ?

On vote sans hésiter pour cette herbe qui reste une bonne alternative au bois, au coton ou plastiques, mais il faut prendre en considération le cycle de vie du produit entier, qui doit s’appuyer sur une démarche durable et éthique, avec une transparence sur les conditions de récolte, de production et de transformation.

Le bambou a sans doute un bel avenir devant lui mais il nous appartient aussi à nous consommateurs d’être attentifs aux produits choisis pour que cette matière première ne soit pas seulement synonyme de surexploitation et de greenwashing dans les années à venir…

Illustration bannière : Forêt de bambous © Subbotina Anna
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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

3 commentaires Donnez votre avis
  1. savez-vous que le leader chinois de la transformation « viscose » de bambou travaille en circuit fermé, récupérant ses eaux usées et émanations de gaz? certains fabricants ont fait faire des acv (analyse du cycle de vie) donnant un bilan carbone après transformation égal à 0. Alors, SVP arrêtez de colporter ce que certains disent et transmettent sur internet, sans avoir vérifié leurs sources

  2. Une initiative locale mérite l’attention de tous ceux qui s’intéressent au bambou Made in France (et oui ça existe bel et bien): en Ariège un jeune artisan anime des ateliers, organise des formations, loue des structures en bambou et produit du bambou cultivé et récolté en France. Allez voir bambouctou.fr , c’est très novateur et vraiment écologique. Avis aux artisans et autres créateurs à la recherche de qualité et d’éthique.

  3. Il y a du bambou en France depuis presque un siècle maintenant, mais il est arrivé ici en pleine révolution industrielle, ce qui n’a pas permis à l’artisanat européen de s’en emparer et développer des techniques artisanale à son sujet. Il y a aujourd’hui quelques passionné de ce matériau fascinant qui essaient de le mettre en valeur localement. Hélas cela reste marginal car cette facette pourtant très riche de l’artisanat bambou est connotée « matériau du pauvre » ou encore « bambou chinois », bien qu’il soit très usité en Afrique ou encore en Amérique du Sud. C’est dommage car c’est une herbe qui complète en terme de savoir faire les savoirs existants avec mes matériaux locaux. Il reste beaucoup à découvrir avec le bambou

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