Le bambou, matériau millénaire… et écologique ?

Le bambou est une plante étonnante à bien des égards et on en découvre chaque jour de nouvelles utilisations. Bien qu’on parle souvent de « forêts de bambou », ce n’est pas un arbre mais une graminée, comme l’herbe ou le maïs. Plus que jamais, il reste promis à un bel avenir. Attention toutefois, tout bambou n’est pas durable jusqu’au bout.

Rédigé par Paul Boucher, le 26 Nov 2017, à 17 h 15 min

Si le bambou possède des avantages écologiques et techniques indéniables, son exploitation massive ne serait pas sans conséquences sur la biodiversité. Comme pour le bois, il convient ainsi aux consommateurs de vérifier la provenance du matériau mais aussi le traitement qu’il est susceptible de subir lors de la production du produit fini.

Le bambou, une plante étonnante

Certaines espèces de bambous ont une vitesse de croissance spectaculaire, jusqu’à un mètre par jour. S’adaptant facilement à de nombreux climats, il pousse naturellement sur tous les continents, sauf en Europe et en Antarctique. Le bois des chaumes, c’est-à-dire les tiges, est très dur, ce qui explique son utilisation depuis des milliers d’années dans la construction.

Caractéristique étonnante : il ne fleurit que toutes les dix ou vingt ans et on raconte que pour une espèce donnée, elle se produit simultanément dans toute une région, voire dans le monde entier, quel que soit l’âge de la plante. Par quel mystère ? Une fois la fleuraison et la fructification terminée, les chaumes meurent.

bambou

Le bambou, un adjuvant écologique très efficace mais non sans inconvénients

Le bambou peut fixer beaucoup plus de CO2 que les arbres feuillus, jusqu’à 12 tonnes de CO2 par hectare et par an, comparé à 3 tonnes pour un hectare de feuillus. Il libère donc bien plus d’oxygène que des arbres. L’étroitesse de ses feuilles améliore l’infiltration de l’eau dans le sol (deux fois plus qu’une forêt de feuillus). Il limite l’érosion des sols, grâce à son réseau racinaire très dense sur 60 centimètres de profondeur, et restaure des sols appauvris. On peut même utiliser le bambou pour éliminer certaines toxines du sol, et sa culture ne nécessite peu ou pas d’engrais, ni de produits phytosanitaires.

Revers de la médaille, c’est une plante invasive, certaines espèces de bambou pouvant devenir incontrôlables et coloniser rapidement de grandes étendues, ce qui réduit donc la biodiversité. Autre inconvénient, il n’existe à l’heure actuelle en Europe et aux Etats-Unis (sauf à Hawaii) aucune plantation commerciale de bambous de construction. La plus grande partie vient de Chine, d’Inde, du Vietnam et d’Amérique latine. La nécessité d’expédier le bambou et ses produits dérivés partout dans le monde en fait donc un matériau beaucoup moins respectueux de l’environnement qu’on ne pourrait le croire.

Le bambou vient de loin

« Made in China » : si les planchers en bambou avaient un étiquette, voici ce qu’elle dirait… Bien que certaines espèces soient cultivables en Europe, les bambous actuellement contenus dans les produits présentés comme écologiques ne viennent pas de la porte à côté, mais de Chine, Inde, Vietnam ou encore Amérique latine.

Avec ces importations longue distance, l’empreinte carbone du bambou prend un sacré coup. A l’image de la problématique entourant les produits importés de pays du Sud tels que les noix de lavage, la culture du Bambou fait vivre des milliers de familles mais leur impact est réellement bénéfique si un commerce équitable est instauré.

Le bambou, un nombre quasi illimité d’utilisations

En Chine, où son emploi est connu depuis le néolithique, les utilisations du bambou sont innombrables. Au XIX° siècle, les marins utilisent les chaumes pour les vergues des voiles, les charpentiers pour les étais des maisons, la charpente, les murs et les échafaudages. Les scribes font leurs pinceaux et leur papier avec le bambou ; les paysans les manches de leurs outils ou les perches pour porter les fardeaux. On tresse des paniers avec les jeunes tiges. Les feuilles fournissent des toits et les vêtements des pauvres.

On utilise le bambou pour faire des mesures, fabriquer des seaux ou des lances, le montant des parasols ou les éventails. Les chapeaux sont faits en bambou, ainsi que les paniers, les tentes, les câbles marins. On mange les jeunes pousses tendres que l’on cuit avec un feu de bois de bambou. On sculpte les racines, fabrique des meubles avec les chaumes, des balais avec les feuilles. La concrétion siliceuse appelée tabaxir, que l’on trouve dans les cavités des noeuds du bambou, est utilisée dans les préparations médicales.

Lire page suivante : Les utilisations contemporaines du bambou – Plus résistant que le bois et l’acier !

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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

2 commentaires Donnez votre avis
  1. Une initiative locale mérite l’attention de tous ceux qui s’intéressent au bambou Made in France (et oui ça existe bel et bien): en Ariège un jeune artisan anime des ateliers, organise des formations, loue des structures en bambou et produit du bambou cultivé et récolté en France. Allez voir bambouctou.fr , c’est très novateur et vraiment écologique. Avis aux artisans et autres créateurs à la recherche de qualité et d’éthique.

  2. Il y a du bambou en France depuis presque un siècle maintenant, mais il est arrivé ici en pleine révolution industrielle, ce qui n’a pas permis à l’artisanat européen de s’en emparer et développer des techniques artisanale à son sujet. Il y a aujourd’hui quelques passionné de ce matériau fascinant qui essaient de le mettre en valeur localement. Hélas cela reste marginal car cette facette pourtant très riche de l’artisanat bambou est connotée « matériau du pauvre » ou encore « bambou chinois », bien qu’il soit très usité en Afrique ou encore en Amérique du Sud. C’est dommage car c’est une herbe qui complète en terme de savoir faire les savoirs existants avec mes matériaux locaux. Il reste beaucoup à découvrir avec le bambou

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