Etat et avenir de la consommation durable
09/2007
L’association
Vraiment durable à laquelle consoGlobe est associée publie une étude « ETAT ET AVENIR
DE LA CONSOMMATION DURABLE ».
A travers ce document et avec la volonté d’ouvrir de nouvelles voies pour sortir la consommation durable de sa marginalité, le Mouvement Vraiment Durable a souhaité dresser un panorama des nouvelles tendances de consommation et analyser leurs impacts sur des modes de consommation plus durables
Pour ceux qui sont intéressés, voici une Synthèse de l’étude
Les spécialistes convergent dans leur diagnostic : les enjeux du développement durable débouchent tous sur la question de la consommation. La remise en question des modes de consommation et de production traditionnels, hérités du modèle de développement des sociétés industrialisées des XIXème et XXème siècles, est au coeur de la problématique du développement durable.
La menace qui pèse sur le renouvellement des ressources naturelles, leur inégalité de répartition dans le monde et le risque d’instabilité politique que cela constitue sont autant de facteurs sur lesquels se base l’affirmation d’une nécessaire modification de nos modes de vie.
Consommation et nouvelles aspirations
Face à ce défi, les mobilisations existent et la prise de conscience globale semble se confirmer :
d’après la dernière étude du Credoc parue en mars, 44% des consommateurs français affirment tenir compte des engagements de citoyenneté des entreprises lorsqu’ils achètent un produit.
A l’échelle internationale, les grandes organisations se sont emparées de la question, comme aux conférences de Rio ou de Johannesburg. Enfin, de nombreuses initiatives existent qui proposent des moyens concrets pour mettre en pratique son engagement en faveur d’une consommation plus durable. Ce tableau optimiste est néanmoins à nuancer : les engagements internationaux restent quasiment sans
suite, seule une faible proportion de consommateurs franchit le pas entre la déclaration et l’action
réelle. Enfin, seule une population d’initiés suit les recommandations des associations. Bref, la
consommation durable peine à sortir de sa marginalité.

Objectifs et méthodologie
C’est pour éclaircir les raisons de ces difficultés que le Mouvement Vraiment Durable a souhaité
conduite une étude sur l’état et l’avenir de la consommation durable, en partenariat avec le Comité 21,
l’Institut LH2 et sous la surveillance d’un Comité d’Experts ad hoc. L’étude repose sur des entretiens
réalisés auprès de cinq grandes familles d’organisations : des autorités régulatrices, des organisations
à objet économique, des centres de recherche, des observatoires, des médias, des acteurs culturels,
et enfin des associations environnementalistes et des associations de consommateurs.
L’émergence historique du consommateur
L’émergence du consommateur en tant que tel est généralement datée du Moyen-âge. Avec le
développement des transactions, l’étendue des terrains d’échanges et de rencontres que constituent
les villes, et l’interdépendance croissante entre les métiers, les individus ont peu à peu pris
conscience de leur rôle dans le système marchant et intégré leur force collective. Il faut néanmoins
attendre la naissance d’une nouvelle forme de société avec l’industrialisation, à la fin du XIXème
siècle, pour que le concept de consommateur prenne toute son envergure.
Très vite émergent dans ce siècle des préoccupations environnementales et sociales chez le
consommateur. Dans les années 60, décennie au cours de laquelle est créé l’Institut National de la
Consommation, des magazines spécialisés sur la consommation ainsi que des associations
multiplient les enquêtes et les recommandations en faveur d’une consommation qui prenne en compte
la pollution des produits et les risques pour la santé. A cela s’ajoute très vite des préoccupations
d’ordre social – respect des droits de l’homme et du travailleur, poussées par les ONG qui
développent parallèlement des actions de sensibilisation et d’information à l’intention du grand public.
Cette prise de conscience est concomitante d’une montée des préoccupations politiques et
économiques liées à la consommation. Au niveau européen, la politique en faveur des
consommateurs est intégrée au Traité de Rome. A l’échelle internationale en revanche, le
changement des modes de consommation devient très vite le terrain d’affrontement entre pays
développés et moins développés, comme ce fut le cas à Rio en 1992. Dix ans plus tard, la conférence
de Johannesburg a tenté d’éclaircir les responsabilités mais sans succès véritable. Enfin, la
Commission du Développement Durable des Nations Unies tente depuis 1993 de traiter le sujet. Force
est de constater malheureusement que, des années plus tard, les actions concrètes et les résultats
restent maigres.

Tendances émergentes de consommation
Pour Alain de Vulpian qui s’appuie sur de nombreuses recherches ethnologiques de terrain, les
sociétés humaines sont engagées dans une profonde transformation qui pousse « l’homo
occidentalus » à être de plus en plus mal à l’aise avec le mouvement collectif, le hiérarchique et le
cloisonné. A ces éléments s’ajoutent l’évolution de la structure familiale, la montée des sentiments
d’insécurité et d’aversion pour le risque, la quête de bien-être et d’épanouissement personnel. Tous
ces phénomènes conduisent à une mutation antropo-sociologique profonde qui a des conséquences
importantes en termes de consommation. Narcissisation, hyperindividualisation, hédonisme
consommatoire et société du plaisir analysé par Gilles Lipovetsky, expérimentalisation, proximisation
et explosition des services, polysynchronisation, virtualisation : tous ces concepts sont autant
d’avatars des nouveaux modes de comportement de consommation. A ces derniers s’ajoutent des
changements transversaux liés à des problématiques plus traditionnelles et pragmatiques comme la
recherche de la plus grande efficience économique : c’est l’émergence de l’appétence pour le « lowcost
» par exemple.
En parallèle se développent des mouvements de contestation qui résistent à ces évolutions. Ils
s’organisent autour de logiques revendicatives avec les no logo ou les anti pub, de logiques
communautaires à l’instar des réseau de troc ou de don, de logiques intellectuelles comme le
mouvement de décroissance qui rassemble notamment Serge Latouche, François Partant, Nicholas
Georgescu, etc. Ces mouvements, s’ils sont contestataires, n’en demeurent pas moins intégrés à la
société de consommation en ce sens qu’ils utilisent les appétences croissantes pour certains modes
de consommation – internet par exemple, et sont a l’écoute des nouvelles tendances de
consommation.
Pourquoi une consommation durable
Depuis le XIXème siècle, des intellectuels, dont Charles Fourier fut un des premiers, dénoncent les rapports déshumanisés à la consommation et diverses dérives de la société marchande. Fairfield
Osborne et Jean Dorst mettent en accusation ls logiques de croissance et de consommation non
durables, Ivan Illich stigmatise la consommation à l’extrême qui ne sert plus la satisfaction des besoins
mais engendre une demande encore plus grande, Herbert Marcuse dénonce une société qui aliène
alors qu’elle croit libérer et Jean Baudrillard l’accroissement sans limite du désir de consommer. De
ces remises en question du modèle de consommation émerge la contestation du « toujours plus » au
profit de ce qui sera appelé après la conférence de Rio « la consommation durable », consommation
qui permettrait, en s’appuyant sur des logiques pérennes, de satisfaire les besoins personnels et
collectifs. Tout l’enjeu réside alors dans la définition des besoins…
Acteurs, champs et initiatives de consommation durable
La consommation durable peine à sortir de sa marginalité car elle ne concerne pour l’instant qu’une frange particulière et limitée de la population qui représente de surcroît une niche sociologiquement très hétérogène : les créatifs culturels,. A cette hétérogénéité s’ajoute la diversité des acteurs et de leurs interactions : les pouvoirs publics dont le rôle est essentiel dans l’impulsion d’une dynamique
globale ; les entreprises qui se divisent en investisseuses, positionnées, et suiveuses-attentistes ; les
médias et les publicitaires qui ont déjà entamé un travail d’autorégulation et les ONG et les
associations.
Enfin, la variété des initiatives existantes est à la fois un atout et un inconvénient majeur. Qu’elles
soient réflexives et portées par les médias ou les intellectuels, informationnelles, centrées sur les
filières ou les produits, intégrées ou classiques au sens qu’elles utilisent les circuits classiques de
consommation, leur richesse participe de leur montée en puissance, mais leur éclatement désoriente
et gène le consommateur dans le passage à l’acte.

Les conditions d’une dynamique de consommation durable
L’identification des blocages aussi bien structurels que conjoncturels a mobilisé à la fois les résultats
d’un sondage réalisé par l’Institut LH2 et les comptes rendus d’interviews d’acteurs de la
consommation durable. Le sondage montre clairement que les français sont ouverts au concept de
consommation durable mais réclament pour sa mise en pratique davantage de propositions concrètes.
De leurs côté, les professionnels rapportent la nécessité de sortir la durabilité du débat réservé aux experts, suggèrent d’intégrer la consommation durable dans les nouvelles tendances de fond en
matière de consommation – low cost en particulier, et de professionnaliser les circuits de diffusion. Ils
réclament enfin plus d’engagement de la part des pouvoirs publics.
Surmonter les logiques paradoxales qu’expriment par également les consommateurs nécessiterait
ainsi de jouer avec les nouveaux instruments sociaux de la consommation : émotion, intimité,
narcissisme et plaisir.
Créer la gouvernance de la consommation durable
Parce que les différentes initiatives menées sont nombreuses et éclatées, parce que les approches et
les enjeux des divers acteurs sont parfois éloignés et enfin parce que le consommateur peine à s’y
retrouver, une gouvernance de la consommation durable est nécessaire. Ses principes doivent
reposer sur un diagnostic commun de l’état de la consommation durable ainsi que sur une définition et
une approche positive.
Elle devra chercher à mettre en place un système qui s’appuiera sur les
tendances et les structures existantes de consommation, sur les initiatives menées en faveur de la
consommation durable. Elle devra faire en sorte de sensibiliser le public le plus large possible et
faciliter un passage à l’acte concret en offrant des propositions claires et en soutenant l’innovation.
Enfin, dans le cadre ainsi défini, les acteurs de la consommation et les parties prenantes concernées
par la durabilité devront clarifier leurs rôles dans le processus de consommation durable, en fonction
de leur légitimité respective.
> Les propositions formulées à l’issue de l’étude préconisent donc d’offrir des outils concrets au
consommateur tout en l’informant et le sensibilisant, à une échelle aussi bien locale que globale,
dans une dynamique de progrès et d’amélioration continue.
A l’issue de ce travail, des groupes de réflexion, transversaux et sectoriels, seront constitués afin de
produire au terme d’une période de consultation d’un an, une nouvelle évaluation de l’état et de
l’avenir de la consommation durable, sous la forme d’un livre blanc ouvrant sur des propositions concrètes pour orienter les modes de consommation vers plus de durabilité