Violences gynécologiques et obstétricales : la parole des femmes se libère

En juillet dernier, la secrétaire d’État à l’égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa, a demandé un rapport sur les violences gynécologiques et obstétricales. Un tabou qui ne reste peu à peu plus sous silence.

Rédigé par Marie Mourot, le 9 Sep 2017, à 12 h 02 min

Expression abdominale, humiliations, révision utérine sans anesthésie, actes douloureux sans consentement ou encore menaces et mépris, voilà à quoi sont parfois confrontées les femmes lors de leur accouchement. Et, à en croire, celles qui prennent la parole aujourd’hui, elle sont nombreuses à l’avoir déjà vécu dans leur vie. Ces maltraitances ne se limiteraient pas à l’accouchement : certaines racontent des épisodes traumatisants lors de rendez-vous annuels chez le gynécologue ou encore durant des fausses-couches ou des IVG… Elles dénoncent avant tout la non prise en compte de leur douleur et de leur ressenti, le manque d’écoute et de bienveillance.

La réalité des violences gynécologiques et obstétricales

Marie-Hélène Lahaye, juriste et auteur du blog « Marie accouche là » définit une violence obstétricale de cette manière  : « Tout comportement, acte, omission, ou abstention commis par le personnel de santé qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte et de la parturiente« . Oui car rappelons-le, depuis la loi Kouchner de 2002, « aucun acte ou traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut-être retiré à tout moment« . Il semblerait pourtant que cette loi soit encore bien trop souvent bafouée.

Des violences déjà dénoncées sur les réseaux sociaux depuis 2015

Ces violences, qui sont au coeur de l’actualité aujourd’hui, avaient déjà commencé à être dénoncées sur les réseaux sociaux. Le tumblr « je n’ai pas consenti » a été créé en 2015, tout comme les groupes Facebook « Paye ton gynéco » ou encore « Stop à l’impunité des violences obstétricales« . Ils rassemblent de nombreux témoignages de femmes ayant vécu ces violences. Sur le tumblr « paye ton gynéco« , on peut y lire des récits vraiment révoltants :

« J’ai eu un mouvement de recul, je me suis fait engueuler, réponse : je suis une chochotte, et c’est un examen, madame, ce n’est pas pour faire plaisir…« 

« Je suis très mal à l’aise me retrouvant debout dans une grande pièce, sans paravent ni rien, entièrement nue devant elle, assise à son bureau qui reste me fixer. Elle me demande d’aller m’installer sur la table, je m’exécute. Elle arrive, m’écarte les jambes, me fait un tv sans me prévenir en m’appuyant très fort sur le ventre. Si fort que j’ai très mal et me met à pleurer. Elle me dit que si je pleure pour une confirmation de grossesse,  qu’est ce que ce sera à l’accouchement« 

« Après ma première grossesse je n’ai plus de libido, il me conseille de me forcer et que je cite ‘l’appétit vient en mangeant, il faut se forcer c’est tout’…« 

« Je fus choquée et indignée par le traitement que me réserva cette dernière, esquivant mes demandes, refusant de répondre à mes questions (surtout concernant la contraception définitive), ne m’apportant aucune réponse claire, complète et détaillée, n’écoutant pas mes mots ou n’accordant pas d’importance ou de valeur à mes choix, me résumant à l’utérus avec lequel je suis née raison pour laquelle je devrai obligatoirement finir par enfanter…« 

« Le gynéco estime qu’il faut faire un décollement des membranes pour accélérer les choses (ni ma santé ni celle de ma fille n’étaient en cause, je n’avais pas perdu les eaux etc…). Ça ne m’évoquait rien de sympa, mais lorsqu’il a plongé la main dans mon ventre, moi pas dilatée du tout, la douleur m’a estomaquée, j’ai eu des spasmes de pleurs ‘automatiques’ et ai hurlé à plusieurs reprises d’arrêter immédiatement. J’ai fini par avoir carrément peur, les choses semblaient dérailler, j’avais l’impression d’être enfermée avec un fou obnubilé par ce geste, ça durait…[…] Il a fini par laisser tomber en disant ‘puisque vous ne voulez pas’…« 

En 2016, la dessinatrice Emma racontait à travers une BD, l’histoire de son amie Cécile qui avait subi une épisiotomie malgré son refus d’en avoir une. En effet, dans certaines maternités, l’épisiotomie est encore systématiquement pratiquée alors que le CNGOF a pourtant reconnu, il y a dix ans, que l’épisiotomie ne protégeait pas des déchirures et que les risques de complication ne justifiaient pas son recours systématique.

Sur son blog « Marie accouche là« , Marie-Hélène Lahaye dénonce, elle aussi, ces violences gynécologiques et obstétricales depuis déjà quelques années. Véritable spécialiste sur ce sujet encore tabou il y a peu de temps, elle milite aujourd’hui pour une naissance respectée et pour la liberté des femmes de choisir leurs conditions d’accouchement. Dans son dernier article, elle l’affirme, « l’été 2017 aura été le tournant historique dans la prise de conscience de la réalité des violences obstétricales« .

Violences gynécologiques et obstétricales : un tournant historique durant cet été 2017

Et il est vrai que cet été, de nombreux médias se sont enfin emparés de ce sujet. Tout a commencé au mois de juillet, lorsque Marlène Schiappa, secrétaire d’état chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a annoncé avoir demandé, au Haut Conseil à l’Égalité, un rapport sur les violences obstétricales. C’est la première fois que ces violences sont évoquées au niveau politique alors même qu’elles sont dénoncées par de nombreuses associations, comme le Collectif Interassociatif Autour de la Naissance (CIANE) par exemple, depuis déjà longtemps.

Cependant, en ne donnant pas les chiffres officiels du taux d’épisiotomie en France mais ceux récoltés par son association (« Maman travaille« ) en 2013, Marlène Schiappa s’est attiré les foudres du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français). Suite à cela, le président du CNGOF lui a adressé une lettre ouverte dans laquelle il remet immédiatement en cause la parole des femmes, et ce, dès le début de la lettre : « les gynécologues et obstétriciens français ont pris l’habitude de lire sur les réseaux sociaux des propos inexacts et parfois injurieux les concernant, propos hélas incontrôlables« .

L’Ordre des sages-femmes a, quant à lui, déclaré que ce rapport commandité au Haut Conseil était « une nécessité« . Ainsi, durant tout l’été, nous avons pu assister à un véritable emballement médiatique autour du sujet des violences obstétricales et gynécologiques. Dans les journaux, à la radio et même à la télévision, des voix se sont élevées pour dénoncer des actes ou des comportements anormaux, commis la plupart du temps par simple routine. De nombreux témoignages de femmes ont été publiés, brisant ainsi le silence sur ces pratiques souvent traumatisantes et humiliantes.

Une pétition pour mettre fin aux violences gynécologiques et obstétricales

C’est dans ce contexte médiatique brûlant qu’est née la pétition Stop aux violences gynécologiques et obstétricales, qui compte déjà plus de 35.000 signataires. Si le collectif à l’origine de cette pétition salue l’engagement de Marlène Schiappa et sa volonté de faire bouger les choses, il souhaite également interpeller Agnès Buzin, ministre de la Santé ainsi que Nicole Belloubet, ministre de la Justice.

Cette pétition revendique ainsi le droit à la mise en place d’un plan national de lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales. Il est important que des mesures de prévention ainsi que des mesures de traitement de ces violences voient le jour. La formation des professionnels, l’organisation des services mais aussi bien sûr, la relation avec les patientes devront être placées au coeur de ce plan national. Il sera également fondamental que « la reconnaissance des atteintes à l’intégrité des femmes puisse se faire par le droit« .

Des instances d’inspection devront également être mobilisées par les pouvoirs publics afin de contrôler ce qu’il se passe vraiment au sein des maternités. Ce plan concernerait ainsi les 1.250.000 femmes qui pourraient, chaque année, connaître de telles maltraitances. En effet, tous les ans, 800.000 femmes donnent naissance à un enfant, 200.000 ont recours à une IVG et 250.000 vivent une fausse couche bien souvent hyper médicalisée. Le chemin est encore long et il faut maintenant que le débat politique se mette en place. Mais l’espoir que chaque femme puisse vivre, dans le respect et la bienveillance, tous ces moments si précieux et fragiles de leur vie n’est plus si loin.

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Rédactrice web freelance et maman de deux enfants, je me suis toujours sentie très concernée par l'écologie et le développement durable. Constamment en...

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