Têtards fluorescents pour mesurer la pollution des eaux

Rédigé par Perrine Signoret, le 26 Apr 2015, à 11 h 58 min

Détecter des eaux polluées grâce à des têtards transgéniques, l’idée peut sembler saugrenue. Pourtant, elle fait vivre depuis dix ans une petite société française, baptisée WatchFrog. Et permet à de grands groupes d’améliorer leur détection des perturbateurs endocriniens dans les eaux usées.

Des méthodes traditionnelles insuffisantes pour détecter les perturbateurs endocriniens

Parce que les relevés d’eau, éprouvettes et manipulations chimiques de haut vol ne leur semblaient pas suffisantes, l’équipe de WatchFrog a voulu compléter les analyses habituelles par un procédé biologique. Le principe est relativement simple : une armée de petits têtards, à qui l’on a inoculé un marqueur génétique aux effets un peu particuliers, part barboter dans les laboratoires des stations d’épuration. Plus les larves y sont exposées à des micro-polluants, plus leurs hormones vont être bousculées, et plus elles vont devenir… fluorescentes.

watchfrog-4Les têtards permettraient de détecter des polluants qu’une analyse chimique classique ne saurait voir. Gregory Lemkine explique ce constat par la difficulté à appréhender les perturbateurs endocriniens. “ Il y a des substances qui, individuellement, ne sont pas nocives, mais elles peuvent le devenir une fois assemblées ”.

Il explique qu’une “ évaluation du risque par une approche biologique ” et non purement chimique permettrait d’éviter aux autorités une course sans fin après les substances dangereuses. Plutôt que de s’évertuer à chercher tel ou tel composant dans l’environnement, il propose ainsi d’observer directement leurs effets sur l’équilibre hormonal, une mesure qu’il juge “ plus globale ”.

« Une alternative éthique »

wtachfrog-7C’est en 2005 que WatchFrog a vu le jour. Gregory Lemkine, co-fondateur et PDG de l’entreprise, est alors en charge de la valorisation au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris. C’est là-bas qu’il puise son inspiration, plus précisément dans les études sur les hormones des vertébrés qu’il y conduit. “ A une époque, les gens ont commencé à se préoccuper du rôle des produits chimiques, de leur impact sur l’organisme. Ils nous ont demandé : mais qu’est-ce que c’est, des perturbateurs endoctriniens ? Est-ce qu’on pourrait les évaluer sans recourir à des animaux de laboratoire ? ”.

Jusqu’à présent, ces derniers étaient systématiquement utilisés, car, comme nous l’explique Gregory Lemkine, pour évaluer cette pollution, il faut étudier son impact sur l’équilibre hormonal. Or “ qui dit hormone, dit organisme entier ”. C’est finalement dans de petits têtards que les chercheurs du Muséum vont trouver “ l’alternative éthique ” tant recherchée.

watchfrog-3Il existe en effet un stade où les larves ne sont pas encore assez autonomes pour être considérées comme un animal de laboratoire, mais où leurs hormones, elles, sont déjà actives. Ce stade ne dure qu’une semaine : c’est uniquement pendant cette période de leur vie que WatchFrog va décider de mener ses expériences. Cela permet aussi que les larves ne souffrent pas.

L’évaluation biologique séduit EDF et Véolia

watchfrog-2Cette solution a su se montrer avec le temps aussi éthique qu’efficace. L’offre de test séduit. Depuis sa création, WatchFrog a rallié à sa cause des municipalités, mais aussi de grandes entreprises, comme Veolia, EDF et Sanofi. Ses petites larves fluorescentes ont même su se faire une place dans le domaine de la cosmétique, où elles sont utilisées pour déterminer quel produit contient le moins de perturbateurs endocriniens.

watchfrog-1Ce succès grandissant s’est matérialisé récemment par une levée de fonds d’un million et demi d’euros. Cet argent sera utilisé pour lancer un nouveau service, la FrogBox. Mise à la disposition des entreprises, cette petite boîte de têtards permettra de quantifier les polluants en continu. Les “ sentinelles de l’environnement ” de WatchFrog ont donc de beaux jours devant elles.

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Étudiante en journalisme, sans cesse à la recherche de cerveaux bouillonnants d'idées novatrices, et de projets solidaires ou écologiques prometteurs.

4 commentaires Donnez votre avis
  1. Un têtard n’est pas un animal!

  2. Très juste !! Transgéniques, les larves ? Libérées dans la nature ? ou éliminées ?

  3. Ethique, ethique ou juste une bonne couche de déculpabilisation ?

    Encore une fois, quoique l’on dise c’est l’animal qui est sacrifié pour le bien-être de l’homme qui ne le mérite vraiment pas au yeux de ces agissements envres la planète !

  4. Bonjour à tous
    Je me pose une question éthique et écologique; que deviennent ces larves une fois leur mission accomplie??

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