Récupérer les eaux grises : oui, mais prudence, prévient l’ANSES

Rédigé par Camille Peschet, le 1 Jun 2015, à 12 h 34 min

Vous êtes désolés de voir vos rejets en eaux partir dans la nature, sans être valorisés, quand votre pelouse souffre de la chaleur l’été ou estimez ne pas avoir besoin d’eau potable pour votre chasse d’eau ? Les eaux grises correspondent aux eaux usées domestiques issues des douches, baignoires, lavabos, lave-linge, évier… Brutes, elles sont contaminées par des micro-organismes, ainsi que par des contaminants physico-chimiques issus tout particulièrement des produits d’hygiène corporelle ou des produits d’entretien. Elles peuvent être utilisées, mais à certaines conditions, à bien respecter.

Récupération des eaux grises : la France fait exception

La récupération des eaux grises est actuellement interdite en France. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays, tels l’Australie, les États-Unis ou encore le Japon et Israël, qui, face à des pénuries d’eau douce, ont permis et parfois organisé la récupération des eaux grises.

Aujourd’hui, dans un contexte de préservation des ressources et face aux pénuries d’eau répétées, tout particulièrement dans le sud de la France, la direction générale de la santé a récemment saisi l’ANSES l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, afin d’évaluer les risques sanitaires liés à la récupération des eaux grises pour un usage domestique. L’Agence vient de publier son rapport(4).

Avis de l’ANSES pour la réutilisation des eaux grises : accord, sous certaines conditions

Dans son rapport, l’ANSES souligne que le risque majeur est celui qu’une interconnexion se fasse entre le réseau d’eau potable et le réseau des eaux grises, soit par fuite, soit par mauvais branchement, ce qui entraînerait une contamination du réseau d’eau potable au sein de l’habitat et dans le réseau public.

Face à ce risque, l’ANSES n’émet pas un avis négatif sur la réutilisation des eaux grises mais préconise que leur réutilisation se fassev :

  • Dans le cadre d’un usage limité, tout particulièrement dans le cas de pénurie répétée d’eau.
  • Par ailleurs, elle souligne que les eaux grises doivent être réservées à des usages limités tels que l’alimentation des chasses d´eau ; l’arrosage extérieur ; le lavage des surfaces extérieures.
  • Après une analyse de risques complète.
  • Après que tous les usagers, tout particulièrement dans le cadre d’immeubles ou de bâtiments collectifs soient bien informés de la mise en place de ce réseau.
L'eau bleu, à distinguer des eaux grises

L’eau bleu, à distinguer des eaux grises

Comment récupérer les eaux grises

Les eaux grises ne peuvent être réutilisées brutes. Elles doivent être nettoyées des produits qui contiennent un risque de contamination. Afin de réaliser ce traitement, un double réseau de tuyauterie est installé, l’un pour l’eau potable, raccordé au circuit d’eau public, l’autre constitue un circuit fermé dans lesquel les eaux grises sont filtrées pour pouvoir être réutilisées pour des usages domestiques.

Cette eau, non potable, ne peut naturellement être bue. L’un des principaux buts du filtrage est d’éliminer les molécules de synthèse. Le reste étant essentiellement de la matière organique, qui apporte un risque plus minime, mais peut être source de mauvaise odeur si la teneur est forte. Les eaux grises sont passées dans un biofilm, où des bactéries digèrent les matières organiques présentes et stoppent les molécules de synthèse.

Sur ce principe, plusieurs méthodes de filtrage existent dont plusieurs utilisent les écosystèmes naturels :

  • L’utilisation des plantes qui filtreront et transformeront l’eau polluée en matière organique utile à la croissance des plantes.
  • Le recours au sable qui servira de tamis et emprisonnera matières organiques et particules de synthèse.

Des produits sains et naturels pour moins de risque

Si les produits organiques peuvent être porteurs d’agents contaminants, tel que bactéries ou microbes, le risque majeur se situe dans les molécules de synthèse présentes essentiellement dans nos produits d’entretien et d’hygiène corporelle. Ceux qui souhaiteront installer un système de récupération et valorisation des eaux grises devront donc privilégier des produits et des méthodes naturelles (bien sûr en commençant par ceux proposés par consoGlobe !).

Sans oublier que la meilleure eau économisée et celle que nous n’utilisons pas  !

Photo de bannière : tuyau d’égout pollution – © rAdiOnyx Shutterstock
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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

8 commentaires Donnez votre avis
  1. Le principal problème de la récupération des eaux grises, c’est qu’elle n’est pas vendue par une firme privée, les lobbys concernées sont donc hélas fort actif pour décrédibiliser l’opération. Essayons de rectifier le tir…
    les eaux brutes ne sont pas plus ni moins contaminée que ne l’est notre corps. Exemple une douche : notre peau est plein de bactérie et on n’en meurt pas, en prenant une douche, une partie de celle-ci sont évacuée avec l’eau… il est grotesque de prétendre que ces bactéries sont soudainement nocives lorsqu’elles quittent notre peau, au pire cela devrait être l’inverse. Par contre, sur notre peau comme dans la cuve qui réceptionne les eaux grises, les bactéries, dans des bonnes conditions, peuvent se multiplier à grande vitesse… le conseil censé est donc de ne pas accumuler un volume d’eau grise démesuré par rapport aux besoin. C’est d’ailleurs la même chose avec l’eau potable et l’eau de pluie (l’eau ne doit pas stagner trop longtemps).
    Conditionner la récupération d’eau grise aux situations de pénurie est tout aussi grotesque ! une nappe phréatique, cela ne se vide ni ne se remplit en quelques jours, il faut agir sur le long terme ! De plus, même dans les régions sans pénurie, cette récupération a un sens; l’eau potable est en effet une activité… polluante ! En effet l’eau qu’on puise (source, nappe phréatique mais aussi rivière, est rarement aux normes “potable”, il y a toute une batterie d’opération pour la traiter (filtration, chlore, parfois uv/ozone, …). Si c’est pour ensuite arroser le jardin ou alimenter un wc, c’est absurde.
    Il est malheureux de ne pas inclure l’arrosage d’un potager dans la liste des usages… en effet la “pollution” des eaux grises est sous forme de macromolécule organique parfaitement géré par l’activité biologique d’un sol vivant… tout en le nourrissant…
    Pour ceux qui ont envie de lire un discours alternatif sur la question, je conseille le site eautarcie

  2. Je me demande si on se fiche pas un peu des consommateurs , les eaux grises peuvent parfaitement être utilisée pour arroser le jardin par exemple , ici dans les Deux Sèvres, non loin de chez moi tout les champs cultivés sont arrosés par les eaux de lavage de la literie de SOIGNON sise à Saint Martin de Saint Maixent(79400) et en plus le cultivateur est rémunéré !! c’est pas un scandale ça …? Cette laiterie n’a pas de station dépuration et les eaux “sales” sont larguées dans la nature .. Bravo les autorités sanitaires qui donnent leur accord pour envoyer dans les champs de l’eau polluée. De plus les communes osent afficher avec de beaux panneaux “TERRES saines”. Je crois que vous devriez faire une enquête et je suis prêt a vous aider !!!!

    • Quel est le problème ? la laverie aurait du envoyer ses eaux dans une station d’épuration d’où en sortie on aurait “produit” des boues indésirables qu’on “évacue” parfois en les épandant dans les champs ?

  3. L’Anses se fait des noeuds au cerveau,car pour polluer l’eau du réseau avec les eaux grises, il faut vraiment le faire exprès ! L’utilisation dans la chasse d’eau est pour moi une évidence qui aurait le mérite de diminuer la consommation et d’augmenter la concentration des effluents qui seront plus faciles à traiter !

    • Effectivement, moins d’eau rend la pollution + facile à traiter (et pemettra à la station de traiter + d’habitants, ou du moins serra moins vite “périmée” dans les agglomérations où la population augmente. En plus, les eaux grises savonneuses lavent les wc, sans avoir besoin d’acheter des produits supplémentaires et combattent le calcaire, que du bonheur…
      J’ai cru que c’était la solution parfaite, au du moins “la moins pire”, jusqu’à ce que je réalise, en calculant la cuve nécessaire, qu’on produit beaucoup + d’eau grise que ce qui est nécessaire pour alimenter les chasses des wc… prenez une douche (moyenne 70L/j), ca suffit déjà pour satisfaire les chasses des WC (moyenne 30L/j). Et du coup que faire avec le reste ? j’ai recherché ce qu’il y avait de mieux à faire qu’un trop plein qui part à l’égout, et j’ai trouvé que certains s’en servait pour l’arrosage du jardin, mais même que c’était idéal niveau environnement : 1) au lieu d’alimenter les algues (en sortie de station d’épuration, l’azote est toujours là sous forme de nitrate), autant “engraisser” les plantes du jardin 2) l’arrosage va en partie recharger la nappe phréatique qui n’est pas au mieux de sa forme à bien des endroits.
      L’idéal serrait évidement de passer aux toilettes sèches, mais psychologiquement les réticences (majoritairement injustifiée) sont fortes.

  4. quand on connait les normes sanitaires des anglo-saxons on se dit forcément que ce qui coince c’est surtout le pb financier… car il y a quand même très peu de molécules de synthèse à ce point nuisibles dans notre shampoing ou notre dentifrice sauf à être une fabrique de dentifrice! quant aux polluants organiques s’ils sont épandus sur un poirier ( et pas une salade) il y a très peu de chance qu’ils soient nocifs! de plus si les microorganismes que l’on transportent sur la peau étaient aussi dangereux, se baigner dans un lac relèverait du suicide!!!!

    • c’est quoi les normes sanitaires des anglo-saxons ? plus laxiste ? avez-vous un site qui ferrait un comparatif dans les grandes lignes ?

  5. Arrêtez avec vos arnaques, “monsieur Dupont”.
    Y a t-il un modérateur sur consoglobe pour éviter ce genre de messages ?

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