Pourquoi les bruits de mastication sont-ils aussi agaçants ?

Si vous manquez défaillir au simple souvenir du crissement d’un ongle contre un tableau noir ou si vous êtes à deux doigts d’étrangler votre voisin de table qui avale autant d’air que de spaghettis, vous êtes peut-être misophone. Et vous êtes loin d’être le ou la seul(e).

Rédigé par Annabelle Kiéma, le 15 Jul 2021, à 18 h 10 min
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Dans la vie, il y a ceux qui font du bruit en buvant leur café, et ceux qui ne les supportent pas. Ces derniers sont atteints de misophonie, autrement dit, la « haine du bruit ». Derrière ce terme qui peut faire sourire ceux qui ne se sentent pas concernés, se cache parfois une véritable souffrance. Que disent les scientifiques sur la misophonie ? Y a-t-il des moyens de ne plus en souffrir ?

Les bruits qui font souffrir le misophone

La misophonie se caractérise par une hypersensibilité au bruit ou en tout cas, à certains bruits. Le misophone ressent une véritable aversion pour les bruits produits par une autre personne.

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Comment se manifeste la misophonie ?

Un simple bruit de mastication peut donner au misophone de véritables envies de meurtres ! Les bruits de « mâchouillis, » les reniflements intempestifs, le bruit un peu trop prononcé des touches d’un clavier qu’on enfonce avec zèle… Tous ces bruits au pire agaçants pour la plupart du commun des mortels, sont tout bonnement insupportables pour qui a développé une phobie des bruits de bouche et autres sons peu poétiques.

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Le pop-corn qui croque sous la dent : véritable supplice – © Ikonoklast Fotografie

Les symptômes rapportés par les misophones sont une irritabilité importante et un sentiment de dégoût qui se transforment très vite en colère.

Un trouble neurologique

Les scientifiques ont constaté que cette hypersensibilité au bruit était liée à une hyperactivité cérébrale. En effet, selon une étude publiée par une équipe de chercheurs de l’université de Newcastle, il existe une particularité au niveau de la connexion entre la partie du cerveau qui traite les sons et celle qui contrôle les mouvements des muscles de la bouche et de la gorge(1).

Chez les misophones, il y a, dans cette zone, un excès de myéline. La myéline est cette membrane qui permet la transmission de messages électriques entre les neurones. Autrement dit, la perception de certains sons est optimisée, ce qui fait que les personnes atteintes de misophonie entendent davantage les sons parasites.

Encore plus étonnant, les chercheurs ayant observé que les sons déclencheurs (mastication, respiration…) activent la zone impliquée dans les mouvements de la bouche et de la gorge, ils en concluent que même si les personnes ne font qu’entendre les bruits, c’est exactement comme s’ils s’immisçaient en eux. Résultats : le misophone se focalise dessus et n’entend plus que cela.

Quel traitement pour la misophonie ?

Malheureusement, il n’existe pas encore de traitement contre la misophonie. Les chercheurs de Newcastle attribuant la misophonie à l’action des neurones miroir, ils se penchent sur une nouvelle étude impliquant des thérapies basées sur ce phénomène.

Les stratégies mises en place par le misophone

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Les bruits de mastication des proches sont insupportables – © pikselstock

Vous l’avez compris, cette hypersensibilité au bruit ne provoque pas qu’une simple gêne : elle devient insupportable au quotidien. Pour s’en soustraire, certains vont tenter tant bien que mal de camoufler les sons dérangeants à l’aide de bouchons ou d’écouteurs. D’autres vont privilégier la fuite, risquant alors de s’isoler. Et vous vous en doutez : cette solution peut avoir des conséquences sérieuses sur la santé mentale. Mais alors, que faire ?

Misophonie et hyperacousie : même combat ?

Ces deux troubles qui mettent en jeu la perception sonore sont différents. Dans le cas de l’hyperacousie, le bruit dérangeant voire handicapant est d’une intensité normale. Cependant, il est perçu par l’hyperacousique comme extrêmement fort, voire douloureux. Dans le cas de la misophonie, ce n’est pas tant l’intensité mais la répétition du son qui est problématique.

Bien qu’il s’agisse de deux troubles distincts, des professionnels de la relation d’aide accompagnent les misophones avec les mêmes méthodes qui font leurs preuves sur l’hyperacousie. Pensons notamment à la sophrologie qui est d’une grande aide pour les personnes souffrant d’acouphènes et d’hyperacousie. Un protocole a même été validé scientifiquement en 2020(2).

Le principe est d’aider la personne en souffrance à défocaliser son attention des bruits parasites. C’est donc une méthode à essayer quand on souffre de phobie de bruits de bouche.

Illustration bannière : Le misophone est phobique des bruits – © Nicoleta Ionescu
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Je fais partie de ce qu’on appelle désormais les « slasheurs » : je suis rédactrice / sophrologue / et j’enseigne le français comme langue...

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