Le bruit des océans, une symphonie en danger

L’océan est empli de bruits que nous ne percevons pas et dont nous n’avons pas conscience. Or, nous injectons des quantités énormes de bruits au point de « blanchir l’océan ».

Rédigé par Charlie Trisse, le 7 Jan 2021, à 8 h 00 min
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« Les océans sont une symphonie sonore et la plupart d’entre nous n’entendent que la moitié de l’histoire. ».  Or nous sommes en train de détruire le bruit des océans, ce qui modifie l’écosystème marin et met en danger les animaux. L’association IFAW, fonds international pour la protection des animaux, revient sur les conséquences de cette source de pollution encore peu connue dans le documentaire Sonic sea, récompensé par un Emmy Award.

La fragile musique de l’océan

L’océan délivre une musique inconnue et c’est là que réside toute sa fragilité. Contrairement à l’espèce humaine, les animaux marins dépendent avant tout de leur ouïe que ce soit pour se nourrir, trouver un refuge, rejoindre le groupe, se reproduire. Les baleines peuvent entendre des orages qui sont à des milliers de kilomètres ; « les oreilles sont l’entrée de l’âme des baleines ».

L’homme a toujours cherché à dompter l’océan et les avancées technologiques lui ont permis d’investir cette partie de notre planète, mais cela n’est pas sans conséquences. La présence humaine a explosé au cours des cinq dernières décennies allant jusqu’à remettre en cause tout l’écosystème marin.

Lire aussi : Cétacés : un rideau de bulles pour pallier aux effets de la pollution sonore

Le bruit des humains dans l’océan désoriente les baleines

L’environnement sonore des océans double tous les 10 ans. Le bruit lié à l’activité humaine a envahi l’océan, désorientant la vie sous-marine. Pour les baleines bleues, une augmentation spectaculaire du bruit de l’océan a réduit considérablement leur capacité à interagir les unes avec les autres, diminuant de 90 % la distance sur laquelle elles peuvent communiquer.
Les baleines noires de l’Atlantique Nord – qui ne sont plus que 450 dans le monde – ont perdu, quant à elles, 80 % de leur capacité à entendre les chants de ceux de leur espèce. Or, une baleine désorientée est une baleine morte.

Après le 11 septembre, il y a eu une diminution du trafic maritime qui a permis une importante découverte. Les chercheurs ont démontré la corrélation entre la baisse du bruit et le stress chez les baleines. La principale source de la pollution sonore est la navigation commerciale.
Nous déplaçons plus de 98 % des choses que nous devons transporter d’un point A à un point B par bateau. Et 60.000 navires commerciaux traversent les océans créant une cacophonie de sons dans l’océan.

Outre les moteurs des navires, le phénomène de la cavitation – éclatement des bulles émises par l’hélice contre la coque du bateau – est très nocif. En plus des compagnies commerciales, les entreprises combustibles (pétrole et gaz) sont également responsables de cette pollution à travers deux grandes pratiques : la cartographie des océans réalisée avec des ondes sonores et la prospection océanique profonde qui s’effectue avec des canons à air.

La troisième grande catégorie d’acteur du bruit en mer sont les armées, qui suivent l’adage « celui qui commande sur mer, commande partout » (Thémisocle). Les sonars des bateaux militaires sont de réelles « bombes acoustiques » ayant pour objectif de détecter les cibles mais qui limitent aussi les capacités naturelles des baleines et des dauphins.

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Le bruit des océans est un fléau pour les baleines ©Chase Dekker

La prise de conscience progressive des dégâts de l’activité humaine en mer pourrait permettre de diminuer de façon exponentielle la pollution sonore. La réduction de la vitesse de navigation, l’optimisation de la conception des navires et la modification des voies de circulation maritime selon la présence d’espèces ont déjà fait leurs preuves. Des technologies sont à développer pour les entreprises combustibles comme le vibrateur sismique marin qui ne produit pas une explosion mais un son à très basse fréquence bien moins invasif qu’une explosion.

Si des solutions techniques existent, il y a un fossé juridique. Aujourd’hui, aucune norme internationale ne réglemente la pollution sonore des océans. Or, la perspective d’une nouvelle route maritime en Arctique peut inquiéter. La survie de l’océan se trouve désormais entre les mains des industriels et des gouvernements.

L’océan nous a permis de vivre, de nous nourrir et d’avoir un avenir. Nous sommes désormais à un point de basculement dont notre survie dépend. Comme le dit le chanteur Sting, activiste environnemental et des droits de l’Homme dans le documentaire : « je préfère le silence ».

Le documentaire Sonic Sea (sous-titré en français) est visible sur le site de l’IFAW.

Illustration bannière : Un bateau et une baleine – © Manamana

 

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Titulaire d'un master 2 en "Journalisme et communication à l'international" de Sciences Po Aix et disposant d'un bachelor en "Relations Internationales" de...

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