Covid-19 : un espoir de traitement pour les plus de 70 ans ?

Les personnes âgées de plus de 65 ou 70 ans sont celles qui meurent le plus du Covid-19. Et les chiffres sont édifiants… La découverte d’un traitement efficace pour protéger cette population vulnérable est donc très attendue. Aujourd’hui, l’étude d’une nouvelle thérapie suscite l’espoir…

Rédigé par Dr. André Martin, le 31 May 2020, à 13 h 00 min

Une étude statistique britannique, portant sur 17 millions de personnes, vient de le confirmer : face au Covid-19, l’âge est le principal facteur de risque de mortalité. 80 % des décès concernent des personnes de plus de 70 ans… Et à eux seuls, les plus de 80 ans, qui ne représentent que 5 % de la population britannique, comptent pour plus de 50 % des disparitions(1).
Les plus de 80 ans présentent un risque de décès plus de 12 fois supérieur à celui des 50-59 ans et 180 fois supérieur à celui des 18-39 ans. Cette tendance se retrouve dans tous les pays. Selon les données de Santé Publique France, les plus de 65 ans représentent 54 % des cas admis en réanimation et 93 % des décès du coronavirus(2). Sur près de 100.000 patients hospitalisés pour Covid-19 entre le 1er mars et le 12 mai, 43 % avaient plus de 80 ans, l’âge médian étant de 72 ans.

Une série de drames humains en attente d’un traitement pour les plus de 70 ans

Nos anciens ont donc payé un lourd tribut à la première vague de l’épidémie, et particulièrement les personnes âgées dépendantes résidant dans les Ephad. Sur les 25.000 premières victimes du Covid-19 en France, plus de la moitié vivaient en maison de retraite : près de 9.500 sont morts sur place et près de 3.300 sont décédés à l’hôpital(3).
Des milliers de Français ont ainsi perdu un aîné, parfois sans même pouvoir l’accompagner dans ses derniers instants ni lui dire adieu.

traitement pour les plus de 70 ans

Le confinement a déchiré les familles © Alonafoto

Les familles se sont souvent heurtées à un mur du silence, certains Ephad ayant tardé à les informer de l’état de santé de leurs proches. C’est par un coup de téléphone, un samedi à 8h, que Sébastien a appris que son père Bernard, âgé de 73 ans et résidant d’une maison de retraite du Territoire de Belfort, était mort dans la nuit. « Un choc terrible, un traumatisme. Nous, les familles, nous étions coupées du monde, on ne nous a rien dit. Il n’y a eu aucune communication, aucune humanité »(4).
Dans un Ephad de Mougins, entre le premier cas de Covid-19 et le dépistage des résidents, il s’est écoulé plus de trois semaines… durant lesquelles plus d’un tiers d’entre eux sont morts. Une hécatombe silencieuse à l’insu des familles.
Selon les médecins, la plupart sont morts d’épuisement, sans détresse respiratoire ni étouffement. Comme si l’infection avait accéléré leur dégradation générale avant qu’ils n’arrivent à des complications extrêmes(5).

La douloureuse question du « tri » des patients

Dans certaines régions, comme le Grand Est ou la Bourgogne-Franche-Comté, les responsables d’Ephad disent avoir essuyé beaucoup de refus de transferts de patients de la part du SAMU ou des hôpitaux au plus fort de l’épidémie, lorsque les unités de réanimation étaient saturées.
« Les patients de plus de 80 ans, de plus de 75 ans, et même certains jours de plus de 70 ans, ne peuvent pas être intubés car nous manquons de respirateurs », déclarait Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, dans une interview au journal allemand Die Welt(6).

Dans l’urgence, certains médecins ont pu être confrontés à des choix difficiles. Mais ce type d’arbitrages thérapeutiques se pratique régulièrement dans les services de réanimation : la question d’admettre ou non un patient dépend de ses chances de survie et de rétablissement.
En réanimation, les patients sont intubés pendant au moins deux semaines, plongés dans un coma artificiel et paralysés par des curares. Des conditions extrêmes, difficiles à supporter pour le corps humain.
« La réanimation, ce sont de gros moyens et des traitements très invasifs. Quand vous les instituez, l’objectif est que le patient survive et ressorte avec une autonomie et une qualité de vie raisonnables », explique Alexandre Demoule, réanimateur à la Pitié-Salpêtrière(7). « En temps normal, certaines personnes ne sont pas transférées en réanimation car on pense qu’elles ne le supporteront pas, parce qu’elles sont trop malades, trop âgées », précise Sara Piazza, psychologue clinicienne spécialisée.
« Ce qui est présenté aujourd’hui comme ‘le choix’ ou ‘le tri’ des malades est en fait une interrogation familière pour les soignants »(8).

traitement pour les plus de 70 ans

La réanimation, c’est de gros moyens et des traitements très invasifs, dangereux pour les seniors © Soonthorn Wongsaita

Les médecins raisonnent en fonction de la balance bénéfices/risques et feront tout pour trouver un lit pour leur patient s’ils estiment la réanimation justifiée, quitte à passer une heure au téléphone et à transférer le patient en hélicoptère, y compris à l’étranger !
En revanche, les patients très âgés, de plus de 90 ans, dépendants et/ou déments, ne sont généralement pas hospitalisés car les chances qu’ils se remettent de la réanimation sont minimes.
« Le tri médical n’a pas vocation à choisir qui aura ou non droit à la vie, mais à sauver le plus de vies possible », souligne l’universitaire spécialiste de l’éthique médicale Frédérique Leichter-Flack(9).

150 millions de 65 ans et plus en Europe et en Amérique du Nord

Dans ce contexte dramatique, les populations dites « à risque », et en premier lieu les personnes âgées de plus de 65 ou 70 ans, attendent avec impatience l’arrivée d’une solution thérapeutique. Compte tenu de l’émotion populaire suscité par cette tragédie, les pouvoirs publics auront à coeur de favoriser l’accès à des traitements efficaces pour préserver cette catégorie de patients.

Selon l’Insee, les personnes âgées d’au moins 65 ans représentent 19,6 % de la population française – contre 15 % il y a vingt ans – et les 75 ans ou plus représentent près d’un habitant sur dix(10).
Ce vieillissement s’observe dans l’ensemble de l’Europe, où la proportion des 65 ans ou plus est passée de 16,8 % à 19,2 % entre 2006 et 2016. Les pays où la part des seniors est la plus élevée sont l’Italie (22 %), la Grèce et l’Allemagne (21 %). L’Espagne est dans la moyenne (19 %) et le Royaume-Uni en dessous (18 %), l’Irlande (13 %) faisant figure d’exception.

Ainsi, dans l’Union européenne, qui compte 450 millions d’habitants, les personnes âgées d’au moins 65 ans sont au nombre de 85 millions.
Aux États-Unis, pays de 330 millions d’habitants, ils sont plus de 52 millions (16 %) ; en ajoutant le Canada, on approche des 60 millions. Au total, rien qu’en Europe et en Amérique du Nord, ce sont donc près de 150 millions de personnes, les plus à risque, qui pourraient profiter d’un traitement contre le Covid-19.

Un vaccin n’est pas attendu avant la fin de l’année et à ce jour, aucun médicament n’a vraiment montré une efficacité significative contre la maladie. Les attentes sont donc immenses.
Selon la revue médicale The Lancet, plus de 1.000 essais cliniques sont actuellement en cours(11). Tous les organismes de recherche et les sociétés pharmaceutiques se sont lancés à la recherche du « Covid-killer », qui changerait la donne.
À court terme, ils misent sur le repositionnement de médicaments utilisés dans d’autres maladies et susceptibles d’avoir un effet sur le Covid-19, en empêchant le virus de se répliquer ou en régulant la réaction immunitaire excessive qui cause la mort de nombreux patients dans la deuxième phase de la maladie.

Une piste prometteuse pour les personnes âgées

Aujourd’hui, une nouvelle thérapie suscite de l’espoir pour ces personnes les plus vulnérables. La combinaison de deux molécules, le masitinib (AB Science) et l’isoquercétine (Quercegen), pourrait prévenir l’orage immunitaire et les lésions pulmonaires associées, ainsi que la thrombose.
Selon les explications de l’équipe porteuse du projet dans une récente visio-conférence, le caractère innovant de l’approche réside précisément dans l’action multiple des deux médicaments : cibler les cellules du système immunitaire inné, pour limiter la libération de citokynes à l’origine des phénomènes inflammatoires dévastateurs, prévenir les thromboses, et limiter les symptômes neurologiques.

traitement pour les plus de 70 ans

Un espoir pour les plus de 70 ans prochainement ? © FamVeld

Selon Pascal Chanez(12), professeur de médecine respiratoire à Marseille et coordonnateur de l’étude, en plus de s’attaquer directement aux deux principales complications de la maladie (lésions pulmonaires et thrombose), cette association montre également un effet synergique sur les spécificités de la maladie liées à l’âge des patients. Cette nouvelle combinaison pourrait ainsi être efficace pour améliorer spécifiquement le trouble pulmonaire sévère des personnes âgées atteintes du Covid-19.

L’étude clinique de phase 2, autorisée par l’Agence française du médicament (ANSM) pour tester cette nouvelle thérapie, recrutera 200 patients sans limitation d’âge (y compris de plus de 80 ans), atteints de formes modérées ou sévères de la maladie.
Le traitement sera évalué en fonction de l’amélioration de l’état clinique après 15 jours. Selon les prochaines vagues d’hospitalisation, les résultats devraient être connus entre août et décembre 2020.

Les 150 millions de personnes âgées de 65 ans et plus en Europe et en Amérique du Nord les attendront avec impatience, ainsi que tous leurs proches.

Illustration bannière : De l’espoir pour les plus de 70 ans et les résidents en Ehpad – © Robert Kneschke
Références :
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