Le Bisphénol A : interdit, il continue pourtant ses ravages

Le Bisphénol A : interdit, il continue pourtant ses ravages

Cocorico : la France est le premier pays au monde à interdire très largement des contenants alimentaires contenant du bisphénol A (BPA). Depuis le 1er janvier 2015, cette molécule chimique cancérigène et perturbateur endocrinien – c’est-à-dire qui dérègle le système hormonal en migrant du plastique dont sont composés ou tapissés les emballages (ou composites dentaires par exemple) vers les aliments – est bannie des contenants alimentaires.

En sommes-nous pour autant quittes ? Où en est-on dans l’application ? Les alternatives sont-elles inoffensives ? consoGlobe, déjà très attentif par le passé aux effets du BPA et à ses alternatives, fait le point.

Bisphénol A interdit, on n’est pourtant pas à l’abri

Si le BPA n’est plus présent dans les biberons et autres contenants pour bébés depuis 2011 et s’il est interdit dans tous les contenants alimentaires en France depuis le 1er janvier 2015 (suite à une loi de 2012), il reste omniprésent dans la vie moderne. Selon Stéphane Foucart, journaliste au pôle Sciences et planète du journal Le Monde, « 100 % de la population a des traces détectables de perturbateurs endocriniens » dans le corps.

La France, dernier village résistant à l’invasion du BPA ?

L’EFSA, l’agence européenne, estimant en janvier 2015 que « l’exposition par voie alimentaire ou par l’intermédiaire d’une combinaison d’autres sources est considérablement inférieure au niveau sans danger », tous les États membres de l’Union européenne n’ont pas adopté la même réglementation que la France. Il n’y a pas aujourd’hui de norme européenne. Ce dont se plaignent les producteurs français, estimant que le coût de production des emballages alimentaires est plus important pour eux.

La France, seule contre l’envahisseur BPA : la loi votée en 2012 entérine « la suspension de la fabrication, de l’importation, de l’exportation, et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A ».

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Donc, même si peu d’autres pays européens ont, individuellement, adopté des mesures d’interdiction valables chez eux, le consommateur français doit être, en théorie, protégé des emballages alimentaires contenant du BPA provenant d’autres pays du marché unique européen. Celui-ci doit donc être remplacé par d’autres substances, notamment les bisphénols S et F.

Les conséquences de cette exposition universelle ? Des effets bien documentés

Rappelons les effets du BPA. Jean-Pierre Cravedi, toxicologue alimentaire et directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) rappelle en mars 2015 dans Sciences et Avenir : « L’Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) a réévalué les études parues entre 2009 et 2012, qui avaient déjà été épluchées par les experts de l’Anses, l’agence française de sécurité sanitaire, en 2013. Mais leurs interprétations divergent quant à la prise en compte des incertitudes et l’interprétation des risques des effets à faibles doses, notamment sur les glandes mammaires. »

En effet, l’agence française avance plusieurs effets néfastes.

Si les experts divergent sur les effets aux doses habituelles auxquelles sont exposés les consommateurs ordinaires, la – longue – liste des effets endocriniens délétères du bisphénol A est bien établie : infertilité, obésité, effets sur les systèmes nerveux, immunitaire, métabolique et cardiovasculaire, apparition de cancers, hyperactivité des enfants, déformations génitales chez les nouveau-nés garçons, stérilité chez l’homme, intolérances alimentaires, cancers du sein et de la prostate…

A cette liste d’effets, pourtant non exhaustive et déjà suffisamment inquiétante, est venue s’ajouter depuis peu la démonstration d’un lien entre l’exposition au BPA et l’autisme, selon une récente étude publiée dans la revue Autism Research.

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