Le Bisphénol A : interdit, il continue pourtant ses ravages

Rédigé par Stephen Boucher, le 27 Mar 2015, à 18 h 49 min

Bisphénols S et F : des substituts aussi dangereux ?

Souci : les bisphénols S (BPS) et F (BPF), utilisés en remplacement du A dans les contenants alimentaires depuis que celui-ci est interdit, seraient également dangereux. Dans une récente publication de la revue Fertility & Sterility, le biologiste René Habert, professeur à l’université Paris-7 et chercheur au laboratoire de développement des gonades (CEA, Inserm, université Paris-7), conclue à leur nocivité sur le développement de l’appareil génital masculin.

Ses travaux montrent que l’exposition au BPS ou au BPF, même à ces concentrations très faibles, réduit sensiblement la production dans le testicule humain de testostérone, impliquée dans la construction des organes génitaux masculins et la production des spermatozoïdes.

Développement du cerveau pré-natal affecté

Ce dossier à charge est complété par des travaux canadiens publiés le 12 janvier par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) qui démontrent que le BPS nuit au développement du cerveau et au comportement du poisson-zèbre.

Par ailleurs, selon Patrick Lévy, alors médecin-conseil auprès de l’Union des industries chimiques interrogé par le journal Le Figaro en 2011, « Sur le plan de la sécurité sanitaire, il faudra vérifier que les nouveaux matériaux ne posent pas de problème de corrosion ou de migration de particules chimiques dans les aliments. (…) A l’heure actuelle, on estime que l’on ne sera pas en mesure de proposer des substituts satisfaisants avant au moins 5 ans. »

Battements de coeur irréguliers

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Bien que le changement du BPA au BPS et BPF suggère un sentiment de sécurité, « notre recherche suggère que le BPS et potentiellement d’autres substituts du BPA ne sont pas nécessairement  de problèmes de santé », a déclaré Hong-Sheng Wang, professeur de pharmacologie à l’Université de Cincinnati College of Medicine.

L’exposition à la BPS ou bisphénol S, causé battements de coeur irréguliers chez les rats de laboratoire femmes, selon l’étude du Professeur Wang et ses collègues publiée dans la revue Environmental Health Perspectives. Les résultats ont été « remarquablement semblables, sinon identiques à ce que nous trouvons dans le BPA », a déclaré le Professeur Wang.

Les scientifiques ont en effet découvert que le BPS change la façon dont les cellules des rats répondent à l’oestrogène, un résultat qui a été suggéré dans des études précédentes. Plus précisément, le BPS interfère avec la façon dont le calcium est stocké dans les cellules du muscle cardiaque, modifiant les battements de coeur… De la même manière que le BPA affecte le coeur des rats.

Dans la famille des bisphénols, je veux… personne !

Le Professeur Wang souligne dans son étude que les rats ont été exposés à des doses qui pourraient être similaires à celles que les êtres humains rencontrent dans les bouteilles d’eau, les tickets de caisse et d’autres articles de la vie quotidienne. Cependant, on en sait encore très peu sur les expositions humaines au BPS, on en sait beaucoup plus sur celles au BPA, qui se trouve dans le sang de pratiquement chaque personne testée.

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Parce que le BPS est si semblable au BPA, il n’est pas surprenant qu’il puisse avoir des effets similaires sur la santé, déclare le Dr Frederick vom Saal, l’Université de Missouri-Columbia. Des recherches antérieures ont même constaté que le BPS stimule les cellules de cancer du sein humain à une dose légèrement supérieure à celle du BPA.

6 règles pour éviter la peu sympathique famille des bisphénols

Qu’il soit A, S ou F, autant donc consommer mieux pour vivre mieux. C’est le mot d’ordre de consoGlobe, après tout, n’est-ce pas ? Voici donc six règles pour éviter le bisphénol – et d’autres perturbateurs endocriniens tels les phtalates – au quotidien :

1. Évitez surtout le plastique au four à micro-ondes, car le fait de réchauffer des emballages en plastique facilite la migration des produits chimiques vers les aliments. Privilégiez absolument les récipients en Pyrex ou céramique résistant à la chaleur. En notant que la mention « compatible micro-ondes » ne signifie aucunement que le récipient est inoffensif, jusque qu’il résistera au passage au micro-ondes.

2. Évitez les boites de conserves, et choisissez plutôt des aliments frais ou surgelés.

3. Cuisinez plus souvent des produits frais chez vous. Et si vous sortez, choisissez des restaurants qui servent des produits frais. Il a été démontré que les personnes qui prennent davantage de repas à l’extérieur présentent des taux de BPA plus élevés.

4. Utilisez en général des récipients alimentaires en verre ou inox, car les aliments et boissons stockés dans du plastique absorbent les substances du plastique, surtout s’ils sont gras ou acides.

5. Connaissez vos plastiques. Si vous ne pouvez éviter les emballages plastique, évitez le PVC (Chlorure de Polyvinyle), le PS (Poly Styrène), le PC (Poly Carbonate) et privilégiez le PET (Polyéthylène téréphthalate), le HDPE (Polyéthylène de haute densité), le LDPE (Polyéthylène de basse densité) et le PP (Polypropylène). Ces codes de recyclage des plastiques sont donnés sur l’emballage.

6. Préférez les cafetières sans plastique, type cafetière italienne ou cafetière à piston en verre, aux cafetières électriques qui peuvent contenir BPA et phtalates dans leurs bacs et tubulures.

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Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à la Fondation européenne pour le Climat (European Climate Foundation), où il était responsable des...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. et ça ne déclenche pas une ménopause précoce (pas spécialement avant 40 ans mais quelques années avant l’age où on aurait dû l’avoir) puisque ça affecte la fertilité ? j’ai lu un article sur le sujet.

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