La vigne est un bon indicateur pour étudier le réchauffement climatique et ses répercussions. En étudiant la vigne et le vin, on peut constater qu’il y a bien une hausse des températures globale. En effet, « à l’inverse d’autres cultures, la viticulture est obligée de laisser le climat faire son oeuvre« , explique Jean-Pierre Chabin, géographe à l’Université de Bourgogne.
Changement climatique et viticulture
Vendanges précoces, rendements plus élevés, typicité modifiée… Le réchauffement climatique influence bel et bien la viticulture. Si à court terme, la hausse des températures bonifie le vin, à long terme c’est tout un secteur qui risque d’être bouleversé.
Depuis près de vingt ans, les professionnels de la vigne remarquent l’impact de la hausse des températures sur la culture de la vigne et sur la qualité du vin.

« Si nous raisonnons à l’échelle immédiate, le réchauffement climatique est positif pour la viticulture. Il y a plus de sucres dans le vin, donc plus d’alcool, le degré d’acidité baisse… Globalement la qualité du produit augmente.
Le constat est flagrant dans les régions où le climat n’est pas idéal pour la viticulture. Là où les vignes n’arrivaient pas à maturité, depuis près de vingt ans, on obtient de bons millésimes. »
La hausse de températures entraîne également une réduction des maladies traditionnelles de la vigne, sauf en 2008, année exceptionnelle, froide et tardive.
Toutefois, certains éléments commencent à être négatifs notamment dans les régions chaudes et sèches. Les rendements sont plus faibles, les plants souffrent de stress hydrique (manque d’eau). Par ailleurs, les experts estiment que l’année 2003 pourrait préfigurer de ce qui nous attend à l’avenir. Cette année-là, « nous avons basculé de l’autre côté d’une ligne de crête qui est celle de la qualité maximale…«
Le réchauffement réforme la carte des vins…
D’après une analyse de Joël Rochard, de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, une hausse de 1 degré des températures correspond à un déplacement de près de 160 km vers le Nord. le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a envisagé plusieurs scénarios et selon ces derniers, les conséquences seront différentes. « Une hausse de 1 degré nécessiterait des adaptations culturales qui devraient permettre de maintenir l’intégrité des terroirs et des cépages. »
- Les régions septentrionales et d’altitudes devraient développer de nouvelles cultures, au détriment des régions sèches et chaudes.
Selon Jean-Pierre Chabin, une disparition des vignobles est probable dans le Sud. En revanche, les pays d’Europe tels que l’Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas ou encore la Pologne sont susceptibles de devenir d’importants producteurs de vin. Il en est de même pour le Canada qui est en passe de devenir un grand pays viticole.
L’hémisphère sud voit sa carte des vins touchée

« Dans l’hémisphère Sud, les vignobles devraient gagner des latitudes plus basses ». Ainsi La Tasmanie, l’Argentine et le sud de la Nouvelle Zélande se transformeraient en territoires viticoles. On assisterait alors à une extension de la vigne dans certaines régions et à un recul dans d’autres.
Outre les dérèglements géographiques, on devrait assister à des modifications de typicité. En effet, les appellations d’origine contrôlées seront bouleversées. Les cépages traditionnels n’entraîneront pas la même typicité. Par exemple à Beaune (Bourgogne), selon les spécialistes, le pinot noir aurait la typicité d’un Côte du Rhône de la région de Vienne. C’est une manifestation concrète de transfert latitudinal : on retrouve les caractéristiques thermiques traditionnelles de la région de Vienne à Beaune.
Globalement l’évolution du climat va dans le sens d’une hausse de la qualité du vin. Des vignerons alsaciens, dont les côteaux sont actuellement sous le soleil grâce à un anticyclone stable et sont balayés par un vent du nord qui assèche le raisin, se réjouissent. Ces excellentes conditions climatiques favorisent une belle maturité du raisin. C’est pourquoi ils ont décidé de remettre à plus tard les vendanges.

Toutefois, ces réjouissances vont à l’encontre de la prise de conscience des professionnels pour prendre à bras le corps le problème. En 2007, par exemple, la production viticole en Australie a chuté. Il a fait très chaud, très sec, il n’y avait pas d’irrigation. La récolte a été mauvaise et des milliers de vignerons ont disparu. C’est un exemple contemporain de ce qui pourrait nous attendre selon Jean-Pierre Chabin.
Les spécialistes songent déjà aux solutions techniques à établir pour limiter l’influence d’une hausse des températures sur les cultures. Parmi les solutions apportées, on trouve les adaptations culturales (vignes plus hautes et plus larges pour limiter l’ensoleillement), l’irrigation mais aussi le changement de cépages. « Dans un milieu où la tradition est très forte, comment va-t-on en l’espace d’une ou deux générations s’adapter à des pratiques si différentes ? » s’inquiète Jean-Pierre Chabin.
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