Un Sénat Citoyen pour « reconnecter les élus avec la réalité »

Jean-Luc Wingert, mèche élégante et lunettes intellos, « consultant en innovation sociale », a la passion de la démocratie citoyenne chevillée au corps. Son projet ? Une révolution tranquille, par la base, pour amener 1.000 citoyens, tirés au sort, à participer au travail législatif du pays aux côtés des sénateurs : un véritable Sénat Citoyen, enfin !

Rédigé par Stephen Boucher, le 5 Jun 2016, à 8 h 00 min

Les révolutions en France, Jean-Luc Wingert, s’y connaît : auteur du livre Le syndrôme de Marie-Antoinette, que faire lorsque les élites ont perdu la tête ?, dans lequel il s’insurgeait contre l’actuelle « déconnexion des élites de la réalité vécue par le peuple », il est aujourd’hui co-fondateur du mouvement « Sénat Citoyen : pour une révolution démocratique ».

Car, constate-t-il, « les médias font un traitement trop superficiel des questions politiques ». On manque donc d’un espace de délibération serein, « mais avec les citoyens au Sénat, on va pouvoir entrer dans le fond des questions ».

Comment fonctionnerait cette belle utopie ? Jean-Luc Wingert explique : « on tirerait au sort chaque année 1.000 personnes. Aujourd’hui, on a 348 sénateurs représentant les élus locaux.L’idée n’est pas de les supprimer mais de les remplacer par un échantillon représentatif de la population française, de toutes les catégories socio-professionnelles ». Des personnes représentatives de toute la population française donc, qui donneraient une année de leur vie, à temps plein pour « questionner, faire des propositions et contrôler ce pouvoir ».

Un Sénat citoyen pour « changer d’ère »

« Si la démocratie est encore ce que que nous avons inventé de mieux pour déployer les conditions favorables à la confiance et à l’intelligence collective », il considère toutefois qu’elle « doit être ré-oxygénée par une réforme radicale de nos institutions : les élites, qui, depuis les années 1970, ont progressivement laissé les clés du pouvoir réel au secteur de la finance, doivent être contrôlées plus étroitement. Cela appelle une véritable révolution avec un Sénat Citoyen tiré au sort et représentatif de la population. Il est temps de donner davantage de pouvoir au peuple en même temps que de donner davantage de sens à nos existences. »

En vidéo, c’est encore plus clair :

Les Français veulent du sang neuf et plus représentatif de la société

Il est important de rapporter que près de neuf citoyens sur dix estimeraient qu’il faut renouveler le personnel politique, tant au niveau de l’exécutif (90 %), que du parlement (89 %), que des institutions européennes (87 %)(1).

Comment ? Huit Français sur 10 pensent qu’il faut rompre avec les professionnels de la politique et sélectionner des candidats n’ayant jamais exercé de mandats électifs. Et qu’il faut des élus plus représentatifs du reste de la population, avec plus de femmes, de jeunes, et de personnes ayant travaillé en entreprise, surtout.

Ainsi, le Sénat Citoyen de Jean-Luc Wingert pourrait répondre aux attentes de la population. Un projet réellement révolutionnaire donc, et propre à faire peur à nos élus, car « l’objectif est bien de parvenir à une co-construction des politiques et des lois entre les citoyens et les élus ». De plus, « le contre-pouvoir du Sénat Citoyen sera réel puisqu’il pourra révoquer le gouvernement et dissoudre l’Assemblée Nationale, dans les cas extrêmes, notamment lorsque le dialogue ne serait plus possible ».

Jean-Luc Wingert tempère toutefois à l’oral cette ambition affichée dans le manifeste du mouvement : « les citoyens seront d’abord dans un rôle de questionnement, l’idée au départ n’est pas de sanctionner ».

Le Sénat Citoyen, synthèse entre démocratie des élus et des citoyens

Contrairement à ceux qui veulent remplacer tout le système actuel et les élus par un système fondé entièrement sur le tirage au sort de citoyens gouvernant la république, sur le modèle de l’agora antique, tel Étienne Chouard, qui appelle à la création d’une assemblée constituante tirée au sort, le système proposé par Jean-Luc Wingert est donc à mi-chemin entre la démocratie élective et la démocratie directe.

Moins radical donc. Mais est-ce plus réaliste pour autant ? Les questions quant à sa mise en oeuvre restent tout aussi épineuses : comment faire accepter un tel dispositif au système en place qui n’y aura pas intérêt ? Comment faire en sorte que les citoyens participants ne soient pas l’objet de l’influence des lobbies encore plus que ne le sont déjà les élus, car contrairement à ces derniers, les citoyens tirés au sort n’auraient pas de compte à rendre lors des élections suivantes ? Comment permettre à des citoyens dont la carrière ne peut être mise en suspens pendant un an – l’auteur de ces lignes, indépendant, pourrait ainsi difficilement quitter ses activités subitement – et faire en sorte donc que l’échantillon soit réellement représentatif ? Comment permettre à des citoyens non experts des questions de fond ni des arcanes du pouvoir d’être mis en capacité de contribuer de manière à être écoutés ? Le risque est qu’ils servent de faire valoir et soient manipulés par les différents acteurs du système, mieux armés.

Toutes ces questions, les militants du Sénat Citoyen comptent bien les aborder et les résoudre, par la base, à travers les ateliers de réflexion qu’ils organisent régulièrement. Rendez-vous donc au balcon de Marie-Antoinette : exprimez-vous et venez réfléchir avec Jean-Luc Wingert et les partisans du Sénat Citoyen, à ce projet éminemment… citoyen.

Pour en savoir plus et participer aux débats de réflexion :

Le site du Sénat Citoyen

Illustration bannière : Le Sénat dans les jardins du Luxembourg à Paris
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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

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