Dans la famille Biodiversité ordinaire, protégeons la rainette verte

Agir pour la biodiversité, ce n’est pas forcément envoyer des renforts à l’autre bout de la planète. Tout autour de nous, des espèces pourtant si communes, celles de la biodiversité dite ordinaire, ont besoin de nous. Comme c’est le cas de rainette verte…

Rédigé par Julien Hoffmann, le 12 May 2020, à 18 h 00 min

L’effondrement de la biodiversité est un phénomène désormais largement connu même s’il est encore difficile d’en comprendre les conséquences autant écologiques, économiques que sociale. Une chose est cependant certaine, il est plus que temps de mettre la main à la pâte pour limiter le phénomène et inverser la vapeur avec une espèce de nos campagnes à protéger : la rainette verte.

Mieux comprendre et connaître la biodiversité c’est se donner les moyens de mieux la protéger. La chose est vraie pour toutes les espèces, même pour la biodiversité ordinaire, pour laquelle on ne peut plus attendre qu’elle soit en danger pour agir.

Connaitre l’espèce pour mieux protéger la rainette verte

La rainette verte (Hyla arborea) est une espèce de grenouille (rainidés) qui ne dépasse pas les 5 cm de long… ce qui ne facilite pas son observation en milieu naturel. L’étude est aussi compliquée par son mode de vie principalement nocturne ; le jour, elle a tendance à rester totalement immobile en plein soleil pour se réchauffer.

Pour observer cette grenouille, il va falloir se rapprocher d’un point d’eau, dont elle a impérieusement besoin. Elle sera donc présente partout où il y a de l’eau peu profonde. Elle fréquente aussi les forêts (pas trop denses) mais également les parcs ou jardins, les cours d’eau, les mares ou encore les vergers… à partir du moment où l’endroit est ensoleillé pour ses bains quotidiens !

rainette verte

Mâle en plein chant ! © Rudmer Zwerver

Le chant des mâles est vraiment caractéristique et ressemble au son d’une clochette qui s’entend jusqu’à 100 mètres de distance.

Les services que nous rend la rainette verte

D’une certaine manière les rainettes vertes sont des travailleuses de l’ombre qui nous débarrassent de tout un tas d’indésirables ou tout du moins, en limitent le nombre.

Les têtards de rainettes vertes consomment principalement des algues ce qui peut déjà avoir du bon pour un bassin qui les accueillerait par exemple. Passé le stade têtard, les juvéniles basculent sur un régime alimentaire plutôt carnivore axé principalement sur les mouches et autres diptères.

Une fois arrivé au stade adulte, les rainettes vertes se nourrissent de tout type d’insectes terrestres et d’invertébrés aquatiques ainsi que parfois, d’alevins et de petits poissons.

Statut actuel de l’espèce

La rainette verte est classée en « Préoccupation mineure » sur la liste rouge de l’UICN. Toute destruction ou perturbation intentionnelle des oeufs et des animaux sont interdites par la loi à tous les stades de développement.
La protection de ses habitats (dont les lieux de reproduction) interdit toute intervention sur ces milieux particuliers à l’espèce et tout type de travaux susceptibles de les altérer ou de les dégrader.
Il est également interdit de détenir, de transporter ou de réaliser toute action commerciale avec des individus prélevés dans le milieu naturel.

Les menaces qui planent sur la rainette verte

La disparition des zones humides

Comme pour toutes les espèces évoluant dans les zones humides, les rainettes vertes sont sous pression de leur milieu de vie qui disparaît. Les zones humides ont une importance cruciale pour une gigantesque part de la biodiversité dans le monde, mais aussi en France.

rainette verte

Sans zones humides pas de rainette verte © Jiri Prochazka

Ceci est peut-être d’autant plus vrai pour les rainettes vertes qu’elles ont une réelle préférence pour les « points d’eau » de faible profondeur, donc de petits volumes, qui ont tendance à disparaître plus vite que les autres.

Le réchauffement climatique

Cette menace-ci rejoint le point précédent dans la mesure où les milieux de vie privilégiés par les rainettes vertes sont sensibles aux variations du climat. En temps de sécheresse par exemple, ces habitats disparaissent en premier.

Mais le réchauffement climatique réduit également la capacité des rainettes à se déplacer d’un site à un autre ou à disperser une fois devenues adultes. En effet, les grandes chaleurs ou les étendues sèches rebutent les rainettes qui ne prendront pas le risque de les traverser ne sachant pas ce qu’elles vont trouver de l’autre côté.

La dérive génétique

Fruit pourri de la disparition des zones humides et du réchauffement climatique, la dérive génétique résulte du fait que les populations ne se « brassent » plus autant qu’ils le devraient.

Ne se rencontrant plus, se croisant moins, ayant moins d’interactions de reproduction donc, les rainettes vertes voient leur capital génétique s’appauvrir et du même coup la capacité de l’espèce à faire face aux changements.

rainette verte

À préserver ! © Darkdiamond67

Introduction de poissons

Quand les rainettes vertes fréquentent des points d’eau de plus grande taille et que des poissons y sont introduits, notamment par des pêcheurs, la concurrence est souvent trop rude.
Les rainettes perdent un accès à la nourriture qui les pousse à quitter les lieux avec tous les risques que cela comporte. Le phénomène est le même avec les canards ou les cygnes.

La pollution

L’impact de la pollution – qu’elle soit due aux hydrocarbures dans les eaux d’écoulements qui se retrouvent dans les zones humides ou à l’utilisation de pesticides – est encore peu étudié : la chose est non seulement complexe mais demande aussi beaucoup de moyens, notamment en frais de laboratoire, que le domaine de la préservation des espèces n’a pas.

Il est cependant de notoriété publique que les rainettes vertes sont particulièrement sensibles aux diverses pollutions, notamment persistantes, de leur environnement.

Et le reste…

L’espèce ne se porte pas mal d’un point de vue global, mais localement la réalité est toute autre. En Bourgogne Franche-Comté par exemple, l’espèce à régressée de 10,4 % entre 1999 et les derniers comptages.

Collisions routières, piétinement des zones humides par le bétail, intensification agricole, arrachages de bosquets et de haies champêtres, etc. Les raisons peuvent être nombreuses et plus complexes à l’échelle locale.

Ne regarder que d’un point de vue général serait au demeurant une gigantesque erreur qui pourrait rapidement nous amener dans le mur avec une chute massive du nombre de rainettes sans pouvoir avoir assez de temps pour changer les pratiques au niveau local. Prenons donc les devants…

Lire aussi : Manger des cuisses de grenouilles, une menace pour la biodiversité ?

Comment aider et protéger la rainette verte

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, l’observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage est essentiel.

La rainette verte ne bénéficie cependant pas d’une association nationale qui se pencherait sur son cas tout particulièrement… À croire que la sauvegarde du panda à l’autre bout de la planète permet de drainer plus de fonds que la rainette au bout du chemin !

rainette verte

Comment ça je suis pas assez sexy ? © JaklZdenek

Localement, par contre, de nombreuses petites structures, souvent membres du réseau France Nature Environnement, sont au fait de ce qui se passe en région ou en département. Faire remonter des informations de présence, participer à des comptages ou montrer du doigt des destructions de milieux sont autant de petites actions auxquelles vous pouvez contribuer.

Illustration bannière : Rainette verte dans son milieu © Rudmer Zwerver
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